Ugeux : "Le nouveau deal fragilise Fortis"

A moins de 48 heures de l’assemblée des actionnaires de Fortis, nous avons interrogé Georges Ugeux, candidat à la présidence du holding présenté par Deminor.

Ugeux : "Le nouveau deal fragilise Fortis"
©Christophe Bortels
ariane van caloen

A moins de 48 heures de l’assemblée des actionnaires de Fortis, nous avons interrogé Georges Ugeux, candidat à la présidence du holding présenté par Deminor.

Depuis l'annonce de votre candidature, avez-vous le sentiment d'avoir rencontré beaucoup d'opposition ?

Cela n’a certainement pas été une période facile dans la mesure où les relations ont été malheureusement conflictuelles.

Le plus important c’est de constater que nous avons perdu pratiquement un mois pour avoir une vraie négociation avec le gouvernement, qui aurait peut-être permis de dégager une solution et donc un vote positif.

Que pensez-vous de la transaction renégociée ?

La transaction qui vient d’être négociée l’a été avec beaucoup de bonne volonté. Je n’ai dès lors pas de reproche à faire au gouvernement. Il a pris en main les deux tiers des actifs toxiques, un tiers en provenance de BNP Paribas et Fortis Banque, l’autre tiers en provenance de Fortis SA. En plus il assure le financement de ce portefeuille. L’effort de l’Etat est donc incontestable.

Par contre l’opération assurance est un peu plus compliquée. Il s’agit d’une activité industrielle valable. Cela permet des ouvertures avec le gouvernement néerlandais pour pouvoir rassembler les pôles assurance des deux pays. Le fait que BNP ne rachète pas Fortis Insurance diminue les fonds propres de Fortis SA de 3,6 milliards et le cash de 5,5 milliards. Malgré toutes les bonnes volontés du monde, le nouveau deal fragilise d’une certaine façon Fortis et sa capacité de gérer le scénario du non.

En clair, le deuxième deal est moins bon...

Il est mixte. Sur le plan de véhicule des produits structurés notamment, un effort a été fait. Mais ce n’était pas nécessairement ce que nous cherchions. Par contre, sur le plan de l’assurance, Fortis se trouve dans une position moins favorable.

Et cet effort est fait par l'Etat belge et non BNP...

L’effort de BNP Paribas a consisté à ne garder que 10 pc de Fortis Insurance. En cash, les Français économisent 5 milliards d’euros. Ce qui est une très bonne chose pour eux actuellement.

On peut donc en déduire que BNP n'a pas lâché de lest...

Pour répondre à cette question, il faudrait connaître l’appétit véritable de BNP pour l’assurance.

N'avez-vous pas envenimé les discussions avec vos propos critiques envers le management de Fortis ?

Vous aurez constaté que j’ai passé l’essentiel des interviews à essayer de voir vers quoi va Fortis. En plus de tous les événements, nous avons eu deux incidents graves. Le premier : la perte de 293 millions d’euros au niveau de Fortis SA sur laquelle malgré toutes les demandes nous n’avons aucune explication. Deuxième incident : la perte de 4 milliards d’euros de Fortis Banque. Raison pour laquelle BNP Paribas a annoncé qu’il n’y avait plus de gain pour elle en termes de fonds propres.

La seule façon dont le monde financier parviendra à rétablir la confiance du public, des déposants, des actionnaires, c’est en mettant à sa tête des gens qui n’ont pas de responsabilité par rapport aux pertes colossales. Je savais qu’en disant cela, je risquais de provoquer une réaction négative. Ce n’est pas une attaque personnelle. C’est vraiment quelque chose d’assez cardinal. Je comprends que cela choque et que les Belges décident autrement. Dans ce cas-là, je partirai. Cela ne me pose aucun problème.

Vous montrez une motivation inhabituelle en Belgique....

Quelqu’un m’a dit quand j’ai fait mon commentaire sur la perte de change que je me trompais. Il m’a dit il n’y a pas de culture de leadership en Belgique. C’est vrai que je me suis comporté en leader dans ce cas-là.

En plus vous vous êtes attaqué à certains représentants de l'establishment comme Etienne Davignon ?

N’oubliez pas que le journaliste me demandait si j’avais fait un putsch. Et j’ai répondu que j’en avais arrêté un. Ce n’est pas la même chose. C’est important dans une affaire comme celle-ci de savoir d’où vient le coup. La volonté d’imposer la même équipe était vraiment une erreur grave de jugement par rapport à l’aspect financier et émotionnel des actionnaires.

Certains jugent votre motivation suspecte...

J’ai été extrêmement surpris de ce type de réaction. Je me rends compte maintenant que ma démarche est atypique en Belgique. Mais la démarche de proposer un conseil d’administration alternatif est aussi une première en Belgique. C’est lié à la gravité de la perte de valeur.

Cette perte n'est pas propre à Fortis...

Il est clair qu’aujourd’hui, quel que soit le type de société dont le conseil héritera, recréer de la valeur sera une chose étonnamment difficile et complexe. D’autant plus que depuis le début, j’ai dit que c’était une bonne chose pour Fortis Banque d’être reprise par BNP Paribas.

Mes réticences portaient sur les conditions. Mais je répète aujourd’hui encore que dans la situation actuelle, la meilleure solution stratégique pour Fortis Banque est d’être reprise par BNP Paribas.

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