Système d’alerte de crises financières

L’Union européenne pourrait se doter à brève échéance d’un système d’alerte précoce pour les crises financières. C’est l’une des recommandations du groupe conduit par Jacques de Larosière, qui a préconisé mercredi de mettre en place à cet effet un "Conseil européen du risque systémique". Edito - Crise : une occasion unique

Système d’alerte de crises financières
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L’Union européenne pourrait se doter à brève échéance d’un système d’alerte précoce pour les crises financières. C’est l’une des recommandations du groupe conduit par Jacques de Larosière, qui a préconisé mercredi de mettre en place à cet effet un "Conseil européen du risque systémique".

Ce groupe d’experts, dirigé par l’ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI), avait été mandaté par la Commission européenne pour ébaucher des solutions ambitieuses aux insuffisances de la supervision financière en Europe, que la crise actuellement en cours a révélées au grand jour.

Le rapport dévoilé mercredi distingue deux niveaux de supervision : le macro-prudentiel (c’est-à-dire la surveillance du système dans son ensemble) et le micro-prudentiel (la supervision des acteurs individuels). Au niveau "micro", le groupe de Larosière recommande de renforcer substantiellement les compétences des trois comités au sein desquels se concertent les régulateurs nationaux : le CEBS (banques), le CEIOPS (assurances) et le CESR (valeurs mobilières, présidé par le Belge Eddy Wymeersch). Ces trois entités informelles deviendraient de véritables "Autorités", qui pourraient par exemple avoir le dernier mot en cas de conflit entre deux pays sur le sort d’une banque. Elles pourraient aussi être dotées de pouvoirs de contrôle sur les agences de notation de crédit.

Mais pour éviter que se répètent les dérives des dernières années, une surveillance plus généralisée du système financier est nécessaire, selon le groupe de Larosière. C’est pourquoi il propose de créer un "Conseil européen du risque systémique" (ESRC, European Systemic Risk Council), placé sous la présidence de la Banque centrale européenne (BCE). Les banques centrales nationales - y compris la Banque d’Angleterre - participeraient aux travaux de cet organe, ainsi que les trois nouvelles Autorités de supervision. Ce Conseil serait chargé de collecter des informations sur les risques systémiques et d’émettre des avertissements en cas de problèmes dangereux, comme par exemple une bulle spéculative de trop grande ampleur ou des déséquilibres macro-économiques intenables. Les autorités pourraient se baser sur cette expertise pour prendre les mesures appropriées.

Maintenant ou jamais

La crise actuelle aurait pu être évitée si les signes avant-coureurs avaient été mieux analysés, a affirmé mercredi M. de Larosière lors d’une conférence de presse. "Il y a eu des avertissements" de plusieurs organisations internationales, mais ils "n’ont pas été pris en compte", a-t-il dit. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s’est quant à lui voulu confiant sur l’adoption des mesures préconisées par le groupe. "Si ce n’est pas maintenant, ce ne sera jamais", a-t-il dit.

La Commission doit présenter prochainement ses propositions formelles, qui devront être approuvées par les Etats membres. Ceux-ci peinent en fait depuis des années à s’entendre sur la réforme de la supervision. L’ampleur de la crise pourrait les amener à finalement accepter de partager davantage leurs prérogatives nationales, comme le préconisent les experts.

La remise du rapport intervient au lendemain du rapport intérimaire du groupe d’experts belges conduit par Alexandre Lamfalussy (voir notre précédente édition). (D’après Belga)