Lippens assume son rôle de l’an dernier

Maurice Lippens a joué à cache-cache avec la presse, lundi. Et quand les journalistes l’ont localisé, il était trop tard : il s’était déjà réfugié dans le camp retranché du Parlement, à savoir la salle des Congrès, là où se tiennent les sessions de la commission spéciale chargée d’examiner la crise financière et bancaire.

Lippens assume son rôle de l’an dernier
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Philippe Galloy

Maurice Lippens a joué à cache-cache avec la presse, lundi. Et quand les journalistes l’ont localisé, il était trop tard : il s’était déjà réfugié dans le camp retranché du Parlement, à savoir la salle des Congrès, là où se tiennent les sessions de la commission spéciale chargée d’examiner la crise financière et bancaire. Le huis clos était de rigueur mais, comme souvent dans le monde politique, des langues finissent par se délier, au grand dam de bon nombre de parlementaires très attachés au black-out. Celui-ci se justifiait pleinement dans le cas présent car, selon le mot d’un commissaire, "jamais Maurice Lippens ne serait venu s’il n’avait pas eu la garantie de pouvoir s’exprimer à huis clos".

Mais, donc, on a tout de même appris hier que, devant les parlementaires de cette commission mixte (Chambre et Sénat), le comte Lippens est apparu relativement serein, même si "on voit qu’il a traversé une épreuve", selon la description de l’un des participants. "Je pense qu’il est en train de digérer ce qui s’est passé", ajoute-t-il. "Le fait qu’il ait accepté de venir ce lundi le montre, d’ailleurs. Il est capable aujourd’hui d’en parler, ce qu’il évitait depuis des mois."

Des pandores pour Lippens

Le quotidien "Le Soir" a affirmé lundi sur son site Internet que Lippens avait reconnu deux erreurs : la sous-estimation des conséquences de l’annonce de la suppression du dividende de Fortis l’an dernier et la décision de confier le poste d’administrateur-délégué à Herman Verwilst à titre temporaire au lieu de le confier directement à Filip Dierckx. "Effectivement, il reconnaît qu’il y a eu des erreurs", confirme un parlementaire. "Mais c’est symbolique car il y a des erreurs qui sont évidentes aujourd’hui et qui, à l’époque, passaient pour des décisions normales. C’est surtout une attitude humaine : il assume son rôle de l’époque. Mais ce n’est pas une information." Tout en refusant d’en dire plus, ce parlementaire affirme néanmoins avoir appris "beaucoup d’éléments nouveaux au cours de cette séance". "Ces auditions ont amené énormément d’informations essentielles", confirme un de ses collègues.

Avant et après sa prestation, qui a duré deux heures et demie, Maurice Lippens s’est fait fort discret. Une vingtaine de journalistes ont vainement fait le pied de grue pendant plusieurs heures à l’entrée de la salle de réunion de la commission, relégués dans un étroit couloir avec le mince espoir de voir ne fût-ce que passer l’ancien homme fort de Fortis. Peine perdue : l’ex-patron est entré et sorti par une porte dérobée, jalousement gardée - nous parlons d’expérience - par deux membres du personnel du Parlement, accompagnés - on ne sait jamais - de deux policiers militaires en armes !

Les pandores avaient des ordres formels : aucun contact entre le comte et la presse. Et si certains téméraires s’avisaient d’étudier les plans des lieux et de se placer habilement dans le couloir discret où devait nécessairement passer Lippens, ils se faisaient vite rembarrer. On ne plaisante pas avec la vie privée de l’ex-président de Fortis. Maurice Lippens a donc répondu aux questions du premier pouvoir, le législatif, avant peut-être de devoir répondre au troisième pouvoir, le judiciaire, à tout le moins aux Pays-Bas. Quant au quatrième pouvoir, la presse, il semble en être définitivement pour ses frais.

Après l’audition du comte Lippens, la commission a reçu trois autres pontes de Fortis : l’ex-patron du holding, Herman Verwilst, l’actuel, Karel De Boeck, et le patron de Fortis Banque, Filip Dierckx. Les trois larrons ont été entendus ensemble, se répartissant les questions selon leur rôle dans les affaires en débat devant la commission. Leur prestation collective a duré à peu près aussi longtemps que l’audition individuelle de Lippens. "Ils avaient chacun leur style", rapporte un parlementaire. "Certains sont un petit peu plus pointus, d’autres un petit peu plus acides mais dans l’ensemble, c’était un dialogue normal." Selon un participant, la commission a arrêté ses débats quand les parlementaires n’avaient plus aucune question. On suppose donc qu’ils ont obtenu les réponses qu’ils attendaient.