Rififi surprise sur les votants

Cette fois-ci, sera-ce la bonne ? Voilà la question que tout le monde se posait hier à la veille de l’assemblée de Fortis qui doit notamment se prononcer sur l’adossement de Fortis Banque à BNP Paribas. Pour Jozef De Mey, président de Fortis Holding, le oui l’emportera.

AvC

Cette fois-ci, sera-ce la bonne ? Voilà la question que tout le monde se posait hier à la veille de l’assemblée de Fortis qui doit notamment se prononcer sur l’adossement de Fortis Banque à BNP Paribas. Pour Jozef De Mey, président de Fortis Holding, le oui l’emportera. "Cela nous paraît clair que la majorité des actionnaires votera en faveur de la proposition soumise", a-t-il dit lors d’une conférence de presse organisée hier.

Mais quand il a dit cela, il ne savait pas encore que, du côté des associations des actionnaires (Deminor, cabinet Modrikamen, Test-Achats, Adaf), on allait tout faire pour s’assurer que l’assemblée se déroulerait comme il se doit. Certains de leurs représentants ont ainsi passé une grande partie de la journée à vérifier la liste des actionnaires enregistrés. Il fallait vérifier que le camp du "oui" n’avait pas tout fait pour avoir le maximum de voix en sa faveur.

Fortis Holding a annoncé hier que 649 millions d’actions avaient été enregistrées, ce qui représente 25 pc du capital (dont un peu moins d’un pourcent pour BNP). C’est énorme et surtout c’est 50 à 70 millions de titres de plus que le chiffre indiqué à la veille du week-end. Me Modrikamen et Deminor ont découvert qu’environ 70 millions de titres avaient été déposés par des hedge funds basés dans des paradis du type îles Caïman et avaient donné procuration à Fortis. De quoi les intriguer et les pousser à introduire un référé contradictoire hier soir à 22h30 devant la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles. L’objet : bloquer les droits de vote sur minimum 169 millions de titres s’il s’avérait que ceux-ci n’ont pas été déposés en bonne et due forme. Reste à voir si on aura la réponse de Mme De Tandt pour ce matin.

Voilà donc un nouveau rebondissement qui risque de mettre encore un peu plus d’animation à cette assemblée organisée au Flanders Expo à Gand (faute de place au Heysel).

Cette AG aura, comme on l’a dit, à l’ordre du jour le nouvel accord conclu avec BNP. Accord qui a encore été défendu hier par Jozef De Mey et le CEO Karel de Boeck. "Il y a des progrès par rapport au premier accord conclu en octobre. C’est le jour et la nuit. En octobre, Fortis Holding avait surtout une participation très importante dans le véhicule de crédits structurés à risque. L’assurance en Belgique ne faisait plus partie du groupe. Aujourd’hui, il y a une compagnie d’assurance comparable à d’autres compagnies en Europe avec un bilan très solide", a souligné Jozef De Mey. "Nous avons fait ce qui était possible dans les limites imparties", a poursuivi K. De Boeck.

Pour les deux hommes, il est évident qu’en cas de vote négatif, on en reviendrait à l’accord d’octobre 2008. Avec pour conséquence que Fortis Holding serait davantage exposé aux actifs toxiques et qu’il aura moins de cash.

Karel De Boeck a réagi ferment à l’annonce de l’action en référé : "Il n’y a pas d’irrégularité. C’est du cinéma, a-t-il ajouté, nous sommes confrontés à un "contestataire" qui affirme des choses sans pouvoir les prouver".


Accord sur la bad bankFortis Holding a rendu public dimanche plus de détails à propos des accords de financement de la structure d’accueil Royal Park Investments (RPI), la société créée pour héberger les actifs toxiques. Il semble que la contribution de Fortis soit moins élevée que prévu, car 4 milliards d’euros seront recherchés auprès des investisseurs institutionnels. Conformément à la convention du 12 mars 2009 entre Fortis Holding, BNP Paribas et l’Etat belge, RPI acquerra une partie du portefeuille de crédits structurés de Fortis Banque pour un coût estimé à environ 11,4 milliards d’euros, correspondant à un montant nominal de 19,3 milliards, indique le communiqué. Le financement de RPI consiste en 1,7 milliard d’euros de capital et 9,7 milliards de dette. Les produits d’intérêts nets attendus contribueront positivement au résultat opérationnel net de RPI, affirme encore le communiqué. Fortis promet qu’elle publiera au moment du closing une mise à jour de la composition du portefeuille ainsi que les détails de la structure de financement définitive, en tenant compte des taux de change et des remboursements à la date de clôture, ainsi que des informations plus détaillées sur la gouvernance et le traitement comptable de RPI. Le montage de la structure RPI fait partie intégrante de l’accord présenté ce mardi. (Belga)