Chrysler est parvenu à un accord avec Fiat

Barack Obama a annoncé jeudi la conclusion entre Chrysler et son concurrent italien Fiat d'un partenariat qui a "de grandes chances de réussite", le jour où était officialisé le dépôt de bilan du constructeur américain. Les conséquences de cette opération restent "incertaines" pour la Belgique. Chrysler a annoncé la suspension temporaire de sa production à partir de lundi prochain dans le cadre de son plan de restructuration.

Chrysler est parvenu à un accord avec Fiat
©AP
AFP

"Nous sommes parvenus à conclure une alliance avec Fiat, une alliance qui, croyons nous, fera de Chrysler une compagnie beaucoup plus forte à l'avenir, assurera sa viabilité et la ramènera parmi les premières entreprises de ce secteur", a dit un haut responsable.

Le PDG de Chrysler espère un retour à la normale dans les 45 à 60 jours

Le PDG de Chrysler Robert Nardelli a déclaré jeudi qu'il pensait envisageable que le constructeur automobile puisse sortir dans les 45 à 60 jours de la procédure de redressement judiciaire, engagée quelques minutes plus tôt avec son dépôt de bilan. "Ce qui rend (ce dépôt de bilan) différent, c'est que nous avons beaucoup de parties prenantes déjà engagées" dans le processus de redressement, a-t-il souligné, évoquant le soutien des syndicats, des gouvernements canadien et américain, des fournisseurs et des concessionnaires. "Il s'agit de réinsuffler de la vie à Chrysler", a-t-il dit sur la chaîne de télévision financière CNBC, estimant que le dépôt de bilan permettrait à la société "de ressortir très amincie, en laissant derrière elle son passif".

Chrysler dépose son bilan

Le président Barack Obama devait confirmer la nouvelle dans une déclaration prévue à 12H00 locales (16H00 GMT) à la Maison Blanche. "On ignore pour l'instant les conséquences de cette situation en Belgique", a pour sa part déclaré Marie-Lise Verchelden, attachée de presse de Chrysler Belgique-Luxembourg. "On ne peut pas se prononcer sur l'impact, à moyen terme, de ce dépôt de bilan et de cet accord avec Fiat", a-t-elle ajouté en rappelant que quoi qu'il en soit, "il ne s'agit pas d'une liquidation" de la société.

Chrysler Belgique-Luxembourg est l'importateur central de la marque dans ces 2 pays. Il emploie 32 personnes et compte une trentaine de distributeurs.

Après l'échec d'ultimes négociations mercredi à la veille d'une échéance fixée à ce jeudi, le gouvernement est arrivé à la conclusion que la meilleure solution pour Chrysler était de poursuivre son effort de restructuration en se plaçant sous le coup de la loi sur les faillites (le "chapitre 11" bien connu aux Etats-Unis), c'est-à-dire en déposant son bilan, a indiqué ce responsable sous le couvert de l'anonymat.

La restructuration pourrait passer par une prise de participation de l'Italien Fiat allant jusqu'à 35% dans le capital de Chrysler, une opération à laquelle pousse l'administration Obama.

En l'état actuel des plans gouvernementaux, l'Etat prendrait lui aussi des parts dans Chrysler, une intervention historique dans l'histoire automobile américaine, et injecterait encore des milliards de dollars dans l'entreprise. L'administration Obama a laissé entendre que l'opération avec Fiat restait d'actualité après l'échec des discussions de mercredi.

Le rejet par certains créditeurs d'une proposition que leur faisait le Trésor "ne diminue pas la valeur de ce qu'ont réalisé Chrysler, Fiat et les parties concernées, et n'empêche pas Chrysler d'avoir une nouvelle chance de se restructurer et de sortir de cette situation plus fort qu'avant", a dit le haut responsable de l'administration.

Le quotidien italien Corriere della Sera rapportait que Fiat et Chrysler étaient parvenus jeudi à un accord définitif. Chrysler, victime comme le numéro américain General Motors de la crise économique, de la chute de ses ventes et de ses erreurs stratégiques, se bat depuis des mois pour sa survie.

A la suite de l'administration Bush, le gouvernement Obama a accepté de le maintenir sous perfusions et, depuis décembre, Chrysler a reçu 4 milliards de dollars. En échange du maintien de l'aide fédérale, Chrysler et GM ont été sommés de soumettre des plans de restructuration drastiques. M. Obama a recalé les premières versions en mars, et donné jusqu'à ce jeudi à Chrysler, et un mois de plus à GM pour présenter des projets garantissant qu'ils reviendraient à la viabilité et n'auraient plus besoin de l'argent du contribuable.

Les syndicats ont fait des concessions. Mais, selon le haut responsable de l'administration, une partie des créanciers de Chrysler, auquel le gouvernement avait donné jusqu'à mercredi 18H00, ont refusé l'offre du Trésor de revoir à la baisse leur créance, de presque 7 milliards que leur doit le constructeur, à 2,25 milliards.

En poussant Chrysler au dépôt de bilan, l'administration Obama prend le risque du tort causé à la marque à l'étoile à cinq branches. Mais elle fait le choix de la restructuration ordonnée, assortie de certaines protections. "Le fait que les principaux créanciers semblent prêts à faire des concessions signifie que, même s'ils (Chrysler) finissaient par déposer son bilan d'une manière ou d'une autre, ce serait un dépôt de bilan très rapide, et ils pourraient continuer à produire et à sortir de cette situation dans de bien meilleures conditions", a dit M. Obama mercredi soir lors d'une conférence de presse.

Cependant, M. Obama, confronté à la pire récession depuis les années 30, est déjà accusé par ses adversaires politiques d'un interventionnisme sans précédent dans les affaires économiques.

Alors que l'Etat pourrait entrer dans Chrysler, "je pense que notre premier rôle, en tant qu'actionnaires, doit être de chercher à sortir de là. Vous savez, je n'ai pas envie de diriger les compagnies automobiles", a-t-il dit, conscient des risques politiques.

Rappel des faits

Les discussions entre le département du Trésor américain et les créanciers de Chrysler ont échoué mercredi soir, rendant presque certain le dépôt de bilan du constructeur automobile américain, affirme jeudi le Wall Street Journal.

Selon des responsables de l'administration américaine, cités par le quotidien économique, "toutes les pièces sont en place" après cet échec des discussions pour que Chrysler se place sous la protection de la loi sur les faillites. Le département du Trésor a proposé mercredi aux créanciers une somme au comptant de 2,25 milliards de dollars pour qu'ils acceptent d'abandonner quelque 6,9 milliards de dollars de leurs créances sur Chrysler, a indiqué le WSJ en citant des sources "proches des discussions".

La banque JP Morgan Chase, qui dirige le groupe de créanciers, a donné 90 minutes aux 45 autres banques et fonds d'investissements pour voter sur cette proposition, mais "un nombre important des fonds a voté non", précise le journal.

Le président américain Barack Obama a donné jusqu'à jeudi soir au troisième constructeur automobile américain pour présenter un plan de retour durable aux bénéfices. Sinon, ce sera le dépôt de bilan.

"La question essentielle, à présent, c'est: est-ce que les détenteurs de titres, les prêteurs, ceux qui ont l'argent sont prêts à faire des sacrifices eux aussi? Cela, nous ne le savons pas encore", avait dit mercredi M. Obama lors d'un déplacement dans le Missouri (centre des Etats-Unis).

Le président américain s'était alors montré confiant dans l'avenir du constructeur automobile. "J'ai en fait plus d'espoir qu'il y a trente jours dans le fait que nous puissions trouver une solution qui maintienne la compagnie Chrysler viable", avait-il affirmé.

Une source proche du dossier avait indiqué mercredi à l'AFP que des créanciers importants avaient accepté l'offre de restructuration financière de Chrysler --JPMorgan Chase, Citigroup, Morgan Stanley et Goldman Sachs, qui possèdent à eux quatre 70% de la dette garantie du constructeur--, mais qu'il restait un autre groupe de créanciers plus réticents: des banques plus petites et des fonds d'investissements.

Chrysler, en très graves difficultés financières, a axé ses efforts de restructuration sur trois plans: un plan industriel (un partenariat avec Fiat pour combler les carences de sa gamme), un plan social (pour réduire ses coûts de fonctionnement) et un plan financier (pour alléger le coût de sa dette). C'est ce dernier plan qui pose le plus de problèmes.

Les salariés de Chrysler ont voté mercredi en faveur d'un accord d'alliance entre leur société et l'Italien Fiat, a annoncé le syndicat automobile UAW.


La loi américaine sur les faillites Le Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, qui va régir la vie du constructeur automobile Chrysler, permet à une entreprise en difficulté financière de continuer à fonctionner normalement, tout en lui laissant le temps de chercher un accord avec ses créanciers. La protection du Chapitre 11 peut être demandée soit par l'entreprise en difficultés, soit par un de ses créanciers. Cette procédure de dépôt de bilan doit permettre de restructurer l'entreprise, sous le contrôle d'un tribunal. Elle diffère en cela essentiellement de celle prévue par le Chapitre 7 de la même loi, qui implique une liquidation de la société concernée. Un administrateur judiciaire est alors nommé pour vendre les actifs et organiser la répartition entre créanciers des sommes ainsi récupérées. Le Chapitre 11 permet au débiteur, dès l'instant où il s'est placé sous sa protection, de rester en possession de tous ses actifs, de s'opposer aux demandes de ses créanciers, de repousser les échéances de ses paiements et même de réduire unilatéralement le montant de sa dette. En contrepartie, il oblige l'entreprise qui l'invoque à informer régulièrement et de façon détaillée le juge des faillites du déroulement des transactions avec ses créanciers. La société qui demande cette protection doit également préparer un dossier très détaillé informant le juge et ses créanciers de sa situation financière et de ses perspectives. Si les transactions se passent bien, l'entreprise obtient du juge et des créanciers un plan de réorganisation dans un délai pouvant aller jusqu'à plusieurs mois. Il s'agit d'un contrat stipulant la manière dont l'entreprise va rembourser ses dettes et d'où proviendra l'argent à cet effet. La réforme de la loi menée en 2005, dont le but était de tenter d'enrayer les faillites à répétition et les abus, a durci les conditions du Chapitre 11, en limitant notamment la période pendant laquelle les entreprises peuvent elles-mêmes fixer les modalités de leur plan de réorganisation. La réforme restreint aussi la possibilité de verser des primes aux dirigeants ou salariés pour les retenir. Ces dernières années, plusieurs très grands groupes américains ont demandé à bénéficier de la protection du Chapitre 11 de la loi sur les faillites, comme la banque d'affaires Lehman Brothers, les compagnies aériennes United Airlines, US Airways, Delta Air Lines et Northwest, le courtier en énergie Enron, le groupe de télécommunications WorldCom, le groupe de distribution Kmart ou encore l'équipementier automobile Delphi. Certains ont été finalement liquidés (comme Lehman ou Enron), d'autres sont revenus à une situation normale.