Fortis commence à enrichir BNP Paribas

Le vilain petit canard est devenu un très beau cygne. D'après les chiffres trimestriels de BNP Paribas, publiés mardi à Paris, Fortis Banque, au bord de la faillite l'automne dernier, a contribué au bénéfice net du groupe français à concurrence de 261 millions d'euros. Fortis "dans la bonne direction" Des résultats trimestriels salués par les analystesPDF: les résultats trimestriels de BNPPDF: les résultats trimestriels de BNP (suite)

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© AP
Philippe Galloy, à Paris

Le vilain petit canard est devenu un très beau cygne. D'après les chiffres trimestriels de BNP Paribas, publiés mardi à Paris, Fortis Banque, au bord de la faillite l'automne dernier, a contribué au bénéfice net du groupe français à concurrence de 261 millions d'euros. Et il y a mieux : la banque belge, dont BNP est l'actionnaire à 75 % depuis le 12 mai 2009, est inscrite dans les comptes pour un montant de 7 milliards d'euros, soit 815 millions d'euros de plus que son prix d'acquisition. En effet, au printemps dernier, BNP Paribas avait émis des actions pour un montant de 6,2 milliards d'euros pour rémunérer les Etats belge et luxembourgeois en actions, afin d'obtenir une participation majoritaire dans Fortis Banque.

Cette prime de 815 millions d'euros, que BNP Paribas appelle pudiquement le "badwill", est un élément exceptionnel qui vient gonfler le compte de résultat du groupe français au deuxième trimestre. Cette somme représente-t-elle ce que BNP Paribas a gagné dans la négociation au détriment de l'Etat belge ? "Il ne faut pas voir le badwill comme cela , a répondu Baudouin Prot, le directeur général de BNP Paribas, lors d'une conférence de presse organisée mardi à Paris. C'est simplement une différence comptable. On ne peut pas considérer cela autrement. On ne peut pas dire qu'il s'agit d'une plus-value. Très clairement, l'opération de rapprochement entre Fortis et BNP Paribas est une opération de partenariat majeur avec les Etats belge et luxembourgeois. Ils ont acheté des actions BNP Paribas et ils participeront donc directement à la création de valeur liée à cette opération."

Il n'empêche que ce "badwill" montre que la transaction a eu lieu à un moment qui était loin d'être idéal... pour le vendeur. Comme l'explique Philippe Bordenave, directeur financier de BNP Paribas : "Le goodwill est l'écart entre le prix que l'on a payé et la situation nette. Pourquoi y a-t-il un écart ? Parce que l'on n'achète pas une entreprise pour vendre ses actifs, mais pour ce qu'elle rapportera dans l'avenir. Si le marché est pessimiste à cause de la crise, le prix est plus bas, en fonction des perspectives d'avenir qui ne sont pas très roses."

Or, ce futur annoncé comme morose au moment de l'acquisition de Fortis s'est finalement révélé rémunérateur. Au deuxième trimestre, BNP Paribas a obtenu un résultat net de 1,6 milliard d'euros, contre 1,51 milliard un an plus tôt, soit une hausse de 6,6 %. L'agence Dow Jones Newswires avait interrogé sept analystes avant la publication de ces chiffres : en moyenne, ils tablaient sur un bénéfice net de 1,36 milliard d'euros (- 9,9 %). Le groupe français a donc dépassé les attentes à cet égard. Par contre, il a légèrement déçu au point de vue du produit net bancaire, attendu à 9,29 milliards d'euros en moyenne (+ 24 %), toujours selon les sept analystes interrogés. D'avril à juin, BNP Paribas a dégagé 9,044 milliards d'euros de produit net bancaire, soit une hausse de 20,1 % par rapport aux 7,52 milliards d'euros obtenus au deuxième trimestre 2008.

Mais ces chiffres-ci ne tiennent pas compte de l'intégration de Fortis, qui a évidemment dopé les résultats trimestriels du groupe français, ce qui biaise la comparaison avec la même période de l'année dernière. La direction de BNP Paribas préfère donc se focaliser sur les chiffres hors éléments exceptionnels et hors Fortis Banque.

Et là, on constate que le coût du risque du groupe financier a nettement grimpé au deuxième trimestre 2009 : il a atteint 144 points de base (rapport entre les dotations nettes et les actifs), contre seulement 49 points de base un an plus tôt. Mais, entre-temps, il y a eu la crise financière qui a fait exploser le coût du risque de toutes les institutions financières. BNP Paribas préfère donc comparer ce ratio à celui qui a été relevé au dernier trimestre 2008, à savoir 180 points de base.

Et la petite hausse de 16 points de base par rapport au premier trimestre de cette année ? Rien de grave, assure Baudouin Prot. Elle est davantage due aux activités de crédit qu'aux marchés de capitaux, où le coût du risque se stabilise. Et côté portefeuille de crédit, le rythme de la hausse s'est ralenti et "on peut s'attendre à ce que le coût du risque reste aux alentours de 122 points de base" , précise Baudouin Prot.

Il n'empêche, les dirigeants de BNP Paribas restent extrêmement prudents. La preuve : ils se refusent toujours à émettre la moindre prévision pour l'exercice en cours...

© La Libre Belgique 2009


Accord BNP-Intesa En même temps que ses chiffres trimestriels, BNP Paribas a dévoilé mardi un accord conclu avec l'italien Intesa Sanpaolo. Ce dernier va vendre Findomestic au groupe français. Cette filiale conjointe (à 50 %) des deux groupes est spécialisée dans le crédit à la consommation. BNP Paribas prendra ainsi le contrôle de Findomestic et entend "continuer de développer son modèle de banque intégrée en Italie". D'autres acquisitions sont-elles encore attendues du côté de la rue d'Antin ? "Il n'est pas dans les priorités du groupe d'étendre son périmètre", répond Baudouin Prot, patron de BNP Paribas. "Nous sommes déjà très occupés à réaliser l'intégration de Fortis Banque, qui est une opération sensiblement plus lourde que l'intégration de Paribas il y a dix ans."

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