Holding Bois Sauvage: Vincent Doumier en prison

Dans le monde des affaires, c’est la surprise - et c’est d’ailleurs une première belge pour une telle matière : Vincent Doumier, l’administrateur-délégué du holding belge "Compagnie du Bois Sauvage", s’est vu décerner jeudi en fin de journée un mandat d’arrêt par le juge d’instruction financier bruxellois Michel Claise. Pour protéger l’instruction ou pour faire pression ?

Holding Bois Sauvage: Vincent Doumier en prison
©Photo News
AvC et R.P.

Dans le monde des affaires, c’est la surprise - et c’est d’ailleurs une première belge pour une telle matière : Vincent Doumier, l’administrateur-délégué du holding belge "Compagnie du Bois Sauvage", s’est vu décerner jeudi en fin de journée un mandat d’arrêt par le juge d’instruction financier bruxellois Michel Claise.

Il est inculpé pour délit d’initié ainsi que pour faux et usage. Plusieurs autres administrateurs ont également été entendus, mais laissés libres et sans inculpation, malgré une piètre collaboration avec la justice. Le risque de déperdition de preuves était en revanche bien trop grand pour M. Doumier, se disait-il jeudi soir dans les milieux d’enquête.

La transaction litigieuse avait eu lieu le vendredi 3 octobre 2008. Le holding vendait, avec une moins-value à la clé, 3,6 millions d’actions Fortis, soit une très large partie de sa participation, au cours de 5,40 €/action. En août 2008, il avait déjà vendu 1 million de titres, à 9,6 €.

Le groupe n’avait pas caché cette transaction. Un communiqué était tombé le 5 octobre, au moment où les Français de BNP Paribas annonçaient l’accord sur le rachat d’une grande partie des actifs belges et luxembourgeois de Fortis.

Mais qu’est-ce qui avait poussé Bois Sauvage à vendre à ce moment-là ? "Nous avons analysé ce que nous pouvions attendre de Fortis, nous en avons conclu : plus grand-chose. Le dossier est devenu de nature plus politique", nous disait alors M. Doumier. Et "quand on est obligé de vendre, cela ne se fait jamais au meilleur prix", ajoutait-il. Il avait été bien inspiré puisque, après l’annonce du dépeçage du groupe, l’action était tombée à 1,5 €

Mais cette "inspiration" était-elle bien naturelle ? Ou plutôt, comme l’inculpation autorise chacun à se le demander, a-t-elle été nourrie de manière illégale et de surcroît au détriment d’acheteurs bernés ? C’est toute la question.

Toujours est-il que notre observateur évoque une bonne douzaine d’indices qui mettraient le financier dans le collimateur de la justice. Alibi de chronologie truqué, PV trafiqué, fausse signature, etc., au menu !

Si M. Doumier, certes présumé innocent, a toujours fait valoir qu’il n’avait rien à se reprocher, notamment à la faveur de perquisitions menées fin mai dernier au Bois Sauvage, le voilà donc malgré tout dans les rets de Thémis.

Filets qui pourraient s’étendre car, si le parquet et le juge d’instruction devaient avoir raison, il faudrait bien que quelqu’un ait prévenu l’intéressé. Et cet inconnu pourrait du reste en avoir alerté d’autres.

En tout cas, l’action Bois Sauvage, alors en baisse de 1 %, a été suspendue jeudi à 16 h 07. Elle devrait reprendre sa cotation ce vendredi.


Un holding proche de l'establishment belge Portrait . Compagnie du Bois Sauvage est un holding coté sur Euronext Bruxelles. Il est présent dans plusieurs secteurs : la finance (avec une participation de 16,29 % dans Banque Degroof). Il est aussi l’actionnaire de Neuhaus (100 %) et de Recticel (polyuréthane) avec 28 %. Il détenait aussi des valeurs bancaires comme Fortis cataloguées dans les placements de trésorerie. Bois Sauvage était déjà un actionnaire historique de la Générale de Banque (avant le rachat par Fortis). Il avait vendu un gros paquet de titres (environ 4 millions) en août et septembre 2008. Son président (et aussi actionnaire principal) est l’homme d’affaires wallon Guy-Marie Paquot. Dans le conseil d’administration, on trouve quelques personnalités connues comme Luc Willame (ancien patron de Glaverbel), Luc Vansteenkiste, patron de Recticel et ancien président de la FEB (Fédération des entreprises belges). A noter qu’il est aussi administrateur de Fortis Banque. AvC La cotation de l'action Bois sauvage restera suspendue jusque mardi, a confirmé vendredi matin la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA). La société avait elle-même indiqué jeudi soir la prolongation de la suspension jusque lundi inclus. La suspension de la cotation fait suite à l'arrestation de l'administrateur délégué de la société Bois Sauvage, Vincent Doumier. Il est suspecté de faux en écritures et de délit d'initié. Les suspicions portent sur la vente de 3,6 millions d'actions Fortis le 3 octobre 2008 avant le deuxième week-end de sauvetage de la banque, lorsque le gouvernement Leterme avait conclu un accord avec BNP Paribas. Vendredi matin, le parquet de Bruxelles n'a pas fourni de plus amples détails sur le dossier.

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