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L'internaute détient un pouvoir dont il ignore la portée : le pouvoir du "clic". Cliquez sur ce titre et découvrez en quoi il consiste...

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©capture d'écran
E.P. (St.)

La méthode "A/B testing" consiste à tester deux versions différentes d'un même modèle au près d'un panel d'utilisateurs. Le modèle ayant enregistré le plus de "clics" est alors adopté.

Le site d'information en ligne américain Huffington Post utilise la méthode de l' A/B testing pour maximiser le potentiel attractif de ses titres. Le même article mais avec des titres différents est envoyé de manière aléatoire aux internautes abonnés du site. Huffington Post peut ensuite observer en temps réel quel est le titre qui enregistre le plus de "clics". Une fois les titres départagés, l'article se voit automatiquement attribué le titre le plus "cliquable".

A l'origine, cette méthode était utilisée par les spécialistes du marketing pour rester à l'écoute des utilisateurs et mieux comprendre leur comportements. Firefox s'est rendu compte que la nouvelle version de son logiciel était plus téléchargée lorsque la vignette comportait la mention "Download now - Free" plutôt que "Try Firefox". Amazon quant à lui, changeait les prix en fonction du rapport qualité/prix qui fonctionnait le mieux. Twitter aussi, a pu conclure que la formule "You should follow me on Twitter" (ndlr: vous devriez me suivre sur Twitter) produisait des résultats bien meilleurs que "Follow me on Twitter" (ndlr: suivez moi sur Twitter).

Si cette méthode est très efficace pour essayer de mieux vendre un produit on peut questionner la légitimité d'une telle pratique au sein d'une rédaction. Quel serait l'impact de cette méthode sur les choix éditoriaux d'une rédaction?

Le risque est évidemment de voir les sujets peu cliqués, être relégués en bas de page et de voir par conséquence des sujets plus aguicheurs investirent la une. Mais il convient de nuancer le titre du contenu. En observant le comportement des internautes face à un titre les journalistes peuvent alors jouer avec les éléments de la "titraille" (les titres le placement des images etc.) pour attirer l'attention sur des sujets par nécessairement accrocheurs.

Les titres ont toujours joué un rôle promotionnel dans la presse. C'est effectivement la première chose que l'on voit et qui permet de nous annoncer le contenu. Mais les auteurs des articles sont aussi des bons gages de crédibilité des contenus. Des journaux américains se sont rendus compte que mettre le nom de l'auteur à côté du titre attirait plus les lecteurs.

"Les journalistes vont-ils devenir des marques grâce à Internet?". Xavier Ternisen, journaliste au Monde se pose la question dans cet article et analyse le phénomène représenté par des Jean-Marc Morandini, chroniqueur sur Europe 1 qui possède son blog ou encore Jean-Michel Apathie, ancien journaliste dans la presse, converti au web et dont la bonne réputation l'a conduit sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus.

Les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook permettent à tout un chacun de créer sa vitrine personnelle pour vendre les éléments de sa personnalité. Les journalistes sont désormais obligés de recourir à ces procédés pour créer leur propre marque et survivre aux rédactions de presse qui deviennent de plus en plus instables. De la même manière que les journalistes sont devenus des marques, les articles sont-ils devenus des produits?

Une jeune étudiante à l'école de journalisme de Columbia a créé son blog sur lequel elle poste des articles sur l'actualité du monde des médias. Hier, elle a retranscrit un cours justement donné mardi dernier par les co-fondateurs du Huffington Post et de Buzzfeed (site répertoriant tous les buzz du net) qui utilisent tous les deux la méthode A/B testing. Comme l'explique Jonah Perreti, le co-fondateur du site "Buzzfeed", le contenu d'un article ne suffit pas pour qu'il soit lu ; il faut exploiter les réseaux : "si les entreprises technologiques sont plus grosses que les entreprises médias aujourd’hui, c’est parce que ces dernières n’ont pas encore trouvé la clé: comment créer un contenu qui contient sa propre viralité?". Ken Lerer, le co-fondateur de Huffington Post résume : "vous écrivez votre article parce que vous l’aimez et le trouvez important, et ensuite vous devez vous dire: comment est-ce que je peux le faire voyager?"

Le titre est en quelque la sorte la marque du contenu, elle le représente. Si le journaliste souhaite que son contenu circule et gagne une audience il doit donc soigner l'image de marque du titre. L'information journalistique peut-elle devenir un produit que l'on cherche à vendre, souvent au prix de titres provocateurs déformant l'information? A vous de cliquer.