Produits structurés pourris ? Rien n’a changé !

Les fabricants de produits structurés ont-ils tourné la page après la crise financière que vient de traverser le monde financier ? Sans doute certains acteurs du secteur ont-ils réfléchi, ou ont-ils adapté leurs pratiques, parfois sous la contrainte, mais ce n’est pas le cas de tous.

Patrick Van Campenhout

Les fabricants de produits structurés ont-ils tourné la page après la crise financière que vient de traverser le monde financier ? Sans doute certains acteurs du secteur ont-ils réfléchi, ou ont-ils adapté leurs pratiques, parfois sous la contrainte, mais ce n’est pas le cas de tous. En tout cas, si l’on en croit des exemples de produits complexes qui nous sont soumis, et qui arrivent de manière confidentielle sur le marché belge via des compagnies étrangères, par l’intermédiaire de courtiers en assurances. Ici, pas de contrôles aussi stricts que dans les banques, et surtout, un dédale d’intermédiaires dans lequel les particuliers ne peuvent pas se retrouver. Un exemple fort ? Le PEL Revival distribué par les courtiers affiliés à une compagnie d’assurances luxembourgeoise. Ce fonds est noyé dans une offre plus large qui contient des fonds de qualité. A la demande d’un courtier intrigué par la complexité du prospectus, nous avons interrogé un spécialiste des structurés. Après analyse, Jean-Marc Michelet (Eurinvest Partners) est stupéfait par le risque qui est pris par les clients acquéreurs de ce produit. "Notre service d’analyse a déterminé que la probabilité de perte sur ce produit est de plus de 99 % ! sur base de 1 000 simulations Montecarlo". Hallucinant. Pourtant le prospectus du PEL Revival évoque un montage rassurant au premier abord : la valeur du fonds suit celle de l’indice Eurostoxx, avec un plafond mensuel à 4 %. Et puis, l’investisseur perçoit la première année et le deuxième, un coupon de 4 % de la valeur nominale, soit environ 8 %. Ca, c’est clair, mais ensuite, tout se brouille pour un investisseur de base. Et, nous explique Jean-Marc Michelet, "c’est lié au plafonnement des performances mensuelles". Or, c’est ce plafond, ce cap, qui fait la différence entre un produit structuré à haute probabilité de rendement et une arnaque. Le cap pousse évidemment le produit à sous-performer l’indice puisqu’il ne peut franchir les hausses mensuelles de 4 %.

"Le produit est encore plus complexe avec un modèle dynamique basé sur la volatilité qui rajoute encore une inconnue de performance par rapport à l’Eurostoxx 50. Nous avons déjà testé ce type de produits sans succès par le passé".

L’ensemble des conditions imposées à l’acheteur font que ce produit vaut (à la construction) à peine la moitié du prix que paie l’acheteur. Lui qui rêve de doubler sa mise, sera finalement heureux de récupérer des miettes après 10 ans. Si le produit n’explose pas comme promis - avec un gain de plus de 100 % avec moins d’un pour-cent de chance de réalisation, il peut afficher une perte allant jusqu’à 15 % par an. Et ne plus rien valoir après 10 ans.

Emise en septembre de l’année passée à 450 euros (sans les frais), la part de ce fonds vaut, selon les cotations du site de la compagnie d’assurance, 432,3 euros. Soit un recul de 3,95 % pendant que l’Eurostoxx prenait 4,5 %. "Offrez une deuxième vie à votre épargne !", affirme le prospectus. Qui prend quoi dans cette opération ? "Compte tenu de la probabilité limitée par le cap, ce produit vaut environ 24 % de la valeur nominale. Il est vendu 45 % (plus les frais). C’est plus que de la gourmandise Le courtier prend une commission annuelle de 1,10 %, soit une dizaine de pour-cent sur la vie du placement, le reste va à la compagnie d’assurance et au "fabricant" de structurés", conclut Jean-Marc Michelet. Inutile de rappeler que la vigilance s’impose face à de telles propositions