La face cachée du Win for Life

Cela paraît simple à première vue. Le gagnant du Win for Life 75, dont le tirage est prévu ce soir, recevra 75 euros par jour, à vie, soit 2 281 euros par mois. De là à imaginer que la Loterie Nationale mettra chaque mois la main à la poche pour verser ces 2 281 euros, il n’y a qu’un pas, assez logique, à franchir.

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P.D.-D.

Cela paraît simple à première vue. Le gagnant du Win for Life 75, dont le tirage est prévu ce soir, recevra 75 euros par jour, à vie, soit 2 281 euros par mois. De là à imaginer que la Loterie Nationale mettra chaque mois la main à la poche pour verser ces 2 281 euros, il n’y a qu’un pas, assez logique, à franchir.

Pourtant, le mécanisme financier du produit Win for Life est bien plus compliqué qu’un simple versement mensuel : âge du gagnant, table de mortalités et futures participations bénéficiaires sont les maîtres mots du Win for Life, lancé à la fin des années 90.

Et ce n’est même pas la Loterie nationale qui verse, chaque mois, cet argent !

"La Loterie n’est pas une société d’assurance. Dès lors, elle ne peut pas prendre d’engagements sur la vie", explique Francis Balthazar, directeur financier. "Il faut pour cela être assureur. Nous pourrions l’être. Mais nous devrions adapter notre structure." Ce n’est pas à l’ordre du jour.

Or, la philosophie du Win for Life est justement un engagement à verser une rente à vie à la personne qui présente un billet gagnant.

C’est pourquoi la Loterie confie à une compagnie d’assurance le soin d’organiser le paiement de cette rente.

Pour les quatre prochaines années, c’est Allianz qui a, fin 2009, décroché le contrat à l’issue d’un appel d’offres obligatoire puisque la Loterie nationale est une entreprise publique.

Divers critères sont analysés. Il y a bien entendu le capital à verser par la Loterie pour garantir cette rente à vie au vainqueur du jour.

Ce capital varie d’une compagnie à l’autre en fonction de la table de mortalité utilisée, mais aussi du taux minimum garanti proposé. Plus le taux garanti est élevé, moins le capital à débourser par la Loterie est élevé. Avec la baisse des taux, la Loterie sent d’ailleurs la différence lorsqu’elle doit passer à la caisse

Or, les sommes à verser pour chaque gagnant sont élevées. Il faut, en moyenne, tabler entre 500 et 600 000 euros par gagnant pour lui assurer une rente à vie.

Pour l’année 2009, il y a eu par exemple 22 gagnants, soit un capital à verser de plus de 11 millions d’euros.

A lui seul, le futur gagnant du Win for Life 3 000, dont le tirage est prévu fin mars, coûtera plus de 800000 euros en capital à la Loterie. "Il faut compter que nous versons environ 270000 euros en capital par tranche de 1000 euros de gain", note le directeur financier de la Loterie.

D’autres critères sont pris en compte, comme l’importance des frais de gestion et le service offert. C’est un actuaire indépendant qui passe en revue les diverses offres et remet un avis transmis au comité de direction de la Loterie.

L’offre la plus intéressante ne décroche pas forcément le gros lot. "Nous ne sommes pas obligés de prendre le moins cher", précise Francis Balthazar. Ce qui peut paraître surprenant.

En fait, la Loterie va aussi s’intéresser aux perspectives de participations bénéficiaires que pourront dégager les placements du capital. "La nature du placement sous-jacent est importante pour savoir ce que les capitaux investis vont produire." Et pour cause : dans le cadre de ce contrat de rente finalement classique, les participations bénéficiaires reviennent en effet à celui qui a versé le capital, à savoir la Loterie nationale. "Ces participations bénéficiaires sont en fait libérables après huit ans", explique le directeur financier de la Loterie nationale.

La Loterie Nationale a donc tout intérêt à ce que les gagnants du Win for Life vivent longtemps afin d’augmenter les perspectives de participations bénéficiaires. D’autant qu’en cas de décès d’un gagnant quelques mois ou quelques années après le début du versement de la rente, la Loterie ne reverra pas la couleur de son capital. "En cas de décès, le capital qui n’a pas été utilisé revient à l’assureur", souligne Francis Balthazar.

Si le gagnant devait par contre épuiser tout le capital versé en fonction de son espérance de vie théorique, l’assureur sera tenu de poursuivre le versement de la rente en puisant dans ses propres fonds.

Chaque année, la compagnie d’assurance présente un rapport de gestion. La Loterie, on s’en doute, sera très attentive aux participations bénéficiaires évoquées.


Un gagnant sur deux a entre 26 et 45 ansVous l’aurez compris, avec une rente à vie à la clé, le gagnant a tout intérêt à être jeune. Sur les 329 gagnants enregistrés depuis le lancement du jeu en 1998, un sur deux est d’ailleurs âgé de 26 à 45 ans, soit, en moyenne, deux par mois. Sur ces 329 gagnants, 164 sont des hommes et donc...165 sont des femmes. La Loterie ne cherche pas à savoir si la personne venant revendiquer le gain est bien celle qui a acheté le billet à gratter, et non son père ou son grand-père. " Pour nous, le porteur du billet est par définition le gagnant", explique Francis Balthazar. Tous les gagnants ne sont pas forcément jeunes. "Nous avons déjà eu un gagnant âgé de 76 ans." Pour ce soir, 40 personnes seront en compétion pour remporter la rente de 75 euros par jour lors d’un tirage spécial. Ce sera aussi le dernier jour de vente des billets Win for Life 3 000. En milieu de semaine, plus de 1,1 million de billets avaient été commercialisés (sur 1,6 million) et quelque 32 personnes ont déjà gagné le droit de participer au tirage de la fin mars. Vu les ventes enregistrées, les candidats à la rente à vie sont nombreux !