"Taxer les flux financiers"

Taxera-t-on bientôt les transactions financières? Le débat a été relancé, lundi, à Bruxelles, à l’occasion d’un colloque consacré à la spéculation. Cet événement a réuni une quinzaine de représentants du monde politique, des syndicats, des milieux académiques et de la finance du monde entier. Grèce : l’Europe discute sans décider

"Taxer les flux financiers"
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Philippe Galloy

Taxera-t-on bientôt les transactions financières? Le débat a été relancé, lundi, à Bruxelles, à l’occasion d’un colloque consacré à la spéculation. Cet événement a réuni une quinzaine de représentants du monde politique, des syndicats, des milieux académiques et de la finance du monde entier. C’était la première fois que des représentants d’autant de pays et d’organisations diverses se réunissaient pour plaider en faveur d’une taxe sur les transactions financières.

Leur message est simple: il faut introduire cet impôt maintenant. Les participants du colloque demandent au G20, l’instance qui réunit de façon informelle les dirigeants des pays les plus riches, d’inscrire la question d’une telle taxe au programme de sa réunion de juin 2010.

"Les réformes financières seront plus efficaces si elles se font à l’échelle de la planète", a souligné Richard Trumka, président de la fédération syndicale américaine AFL-CIO, qui assistait au colloque par vidéo depuis Washington. Et de plaider pour une taxe très faible - de l’ordre de 0,005 % ou 0,01 % - sur toutes les opérations de change des principales devises, ce qui générerait des rentrées fiscales estimées à plus de 30 milliards de dollars (22 milliards d’euros) par an. L’un des objectifs de ce prélèvement fiscal est de juguler la spéculation.

Pour venir à bout des dérives des marchés financiers, les progressistes proposent d’ailleurs d’élargir à terme la taxe à tous les types de transactions. Pour les spéculateurs, qui effectuent des milliers d’opérations à la minute grâce à des ordinateurs par le biais d’algorithmes complexes, cette taxe serait dissuasive. "Et cela n’aurait aucun impact sur les véritables investisseurs", affirme Richard Trumka. "Une taxe sur les transactions financières est une façon de s’assurer un avenir meilleur", a ajouté le Danois Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti socialiste européen (PSE).

Mardi dernier, le Parlement européen avait adopté une résolution réclamant que la Commission européenne procède à une étude d’impact de cette taxe ("LLB" 9/3). En septembre 2009, le G20 avait demandé au Fonds monétaire international (FMI) de préparer un rapport pour évaluer la façon dont le secteur financier pourrait contribuer aux efforts budgétaires des Etats qui avaient sauvé les banques à l’automne 2008. Ce rapport devrait être présenté en avril et comportera une analyse détaillée d’une taxation des transactions financières.

"Nous demandons que ces rapports soient présentés de façon neutre", a indiqué lundi Poul Nyrup Rasmussen. "Il n’y a pas d’arguments pour dire que cette taxe ne fonctionnera pas. Nous sommes des progressistes et pensons que la régulation est nécessaire."

Les syndicalistes américains sont du même avis. "Plusieurs dizaines de millions d’emplois directs ou connexes ont été perdus à cause de Wall Street", a lancé Richard Trumka. "Les spéculateurs doivent payer l’addition. Il faut qu’ils arrêtent de refuser de payer leur part dans les emplois perdus et qu’ils cessent de combattre la régulation."

L’un des principaux arguments en faveur de la taxe sur les transactions financières est le besoin d’argent pour relever le taux d’emploi dans le monde et pour financer l’aide aux pays en voie de développement. "Cette taxe permettra de générer des revenus très élevés" à cette fin, a affirmé Poul Nyrup Rasmussen. Richard Trumka a précisé qu’elle ne serait pas incompatible avec un impôt sur le bilan des banques.

L’un des problèmes de la taxe sur les transactions financières est qu’elle devrait idéalement être instaurée à l’échelle mondiale, ce qui semble difficilement réalisable. Quid si l’Union européenne faisait cavalier seul? Les capitaux fuiront-ils hors d’Europe? Les progressistes réunis lundi à Bruxelles sont convaincus que ce ne serait pas le cas. "Nous avons un avantage compétitif et même si une taxe de 0,01 % est décidée, il sera toujours très attrayant de rester ici", a souligné Poul Nyrup Rasmussen. Reste à voir si les majorités nécessaires se dégageront en faveur de cette taxe