Relisez le chat sur les conséquences actuelles de la crise financière

Ambiance plombée, hier, à la Commission d’enquête du Sénat. Sur le banc des accusés, en rang d’oignons, les sept visages - certains encore poupins - des dirigeants de Goldman Sachs. Ariane van Caloen, journaliste économique, a répondu à toutes vos questions sur les conséquences actuelles de la crise financière Sondage: quel serait le meilleur moment pour recevoir une Newsletter Economie?

Stéphanie Fontenoy
Relisez le chat sur les conséquences actuelles de la crise financière
©Alexis Haulot

Ambiance plombée, hier, à la Commission d’enquête du Sénat. Sur le banc des accusés, en rang d’oignons, les sept visages - certains encore poupins - des dirigeants de Goldman Sachs. Le double de leur âge, le regard sévère sous ses petites lunettes, le président de la Commission, Carl Levin, interroge d’abord Dan Sparks, le responsable du département des crédits immobiliers jusqu’en 2008. La question: Goldman Sachs avait-elle le devoir d’informer sa clientèle sur la vraie nature des produits structurés qu’elle leur vendait, en particulier quand la banque misait en parallèle sur la chute de ces titres? Réponse très administrative de Dan Sparks: "Les clients qui ne voulaient pas participer à cette transaction n’y étaient pas forcés." Carl Levin précise alors sa pensée: "La banque n’avait-elle pas l’obligation éthique de prévenir ses clients?" "J’essaie de comprendre la question", répond Dan Sparks. Après plusieurs tentatives infructueuses, le président de la commission passe à autre chose, visiblement énervé. "Je pense que vous comprenez la question, mais que vous ne voulez pas y répondre. Vous n’allez pas répondre, c’est évident."

Durant un monologue de près d’une demi-heure, Carl Levin, Démocrate du Michigan, avait lancé la charge en ouverture de l’audition. Il a accusé Goldman Sachs d’avoir précipité la chute de l’économie, en misant sur son effondrement au détriment de ses propres clients. "Goldman Sachs a mis ses propres intérêts et son profit devant ceux de ses clients et de la communauté", a déclaré M.Levin, pour qui Goldman Sachs "voit souvent ses clients, non comme des interlocuteurs valables, mais comme des outils pour son propre profit". Poursuivant sa plaidoirie à charge, Carl Levin a également dénoncé les produits complexes élaborés par la banque d’affaires, estimant qu’ils étaient devenus "des jetons dans un casino géant, qui ne créait pas de croissance économique pendant son expansion mais a affaibli l’économie pendant sa chute".

La commission sénatoriale, qui enquête sur le rôle joué par Wall Street dans la dernière débâcle financière, va d’ailleurs plus loin que la plainte déposée contre Goldman Sachs par la Security and Exhange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine. Alors que cette dernière n’a isolé qu’un seul produit financier suspect, l’Abacus 07 AC-1 (!), les membres de la commission du Sénat mettent en cause une série de ces montages problématiques, dont les titres "Anderson Mezzanine" ou "Timberwolf" créés début 2007. Ceux-ci auraient permis à Goldman Sachs d’empocher des centaines de millions de dollars alors que le marché plongeait.

Après avoir prêté serment, les représentants de Goldman Sachs ont entamé leur défense. "La culture à Goldman Sachs est une de celles où l’excellence et l’intégrité sont requises", a affirmé Dan Sparks. Les représentants de la banque d’affaires a défendu son innocence dans les mois qui ont mené à la crise, faisant valoir qu’elle était aussi "inquiète" que n’importe qui d’autre face aux tumultes du marché des prêts immobiliers à partir de 2007. Dans une remarque diffusée avant son intervention, Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs, se défendait d’avoir joué un double rôle: "Nous n’avons pas parié massivement contre le marché du logement et nous n’avons certainement pas parié contre nos clients."

Très attendu, le jeune trader français Fabrice Tourre, au cœur de la plainte de la SEC contre Goldman Sachs, a pris la parole, sur un ton posé, clair et sûr de lui. "Mon travail était de créer des marchés pour des clients sophistiqués", explique-t-il. Sur la plainte qui le vise personnellement, il répond : "Je nie catégoriquement les allégations de la SEC. Et je me défendrai devant la justice contre ces fausses accusations." Sa ligne de défense: ses clients, des entités juridiques et non des particuliers, avaient une expérience des marchés suffisante pour comprendre la nature du marché qui leur était proposée. "Il n’y avait pas de motivation économique pour que ces transactions perdent de l’argent, bien au contraire", a-t-il argumenté.

Peu convaincu, le président Levin a exhorté le panel à tirer les leçons de la Grande Dépression, et de prendre exemple sur "un autre Congrès, qui, il y a 80 ans, avait mis en place des réformes pour faire la police à Wall Street".


 Ce mercredi, chattez de 14h15 à 15h avec Ariane Van Caloen, journaliste économique, sur les conséquences actuelles de la crise financière