500 milliards pour sauver l’euro ?

C’est dans une course contre la montre qu’étaient engagés, dimanche, les ministres de l’Economie et des Finances des Vingt-sept dimanche, à Bruxelles. Course dont l’enjeu consistait à présenter à l’issue du Conseil Ecofin extraordinaire un plan crédible de stabilisation de la zone euro. Et cela, avant l’ouverture des marchés asiatiques, dans la nuit de dimanche à lundi, de manière à couper l’herbe sous les pieds des spéculateurs et rassurer les investisseurs sur la stabilité de la zone euro dont plusieurs dirigeants ont admis vendredi qu’elle traversait "une crise systémique".

Olivier le Bussy
500 milliards pour sauver l’euro ?
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C’est dans une course contre la montre qu’étaient engagés, dimanche, les ministres de l’Economie et des Finances des Vingt-sept dimanche, à Bruxelles. Course dont l’enjeu consistait à présenter à l’issue du Conseil Ecofin extraordinaire un plan crédible de stabilisation de la zone euro. Et cela, avant l’ouverture des marchés asiatiques, dans la nuit de dimanche à lundi, de manière à couper l’herbe sous les pieds des spéculateurs et rassurer les investisseurs sur la stabilité de la zone euro ­ dont plusieurs dirigeants ont admis vendredi qu’elle traversait "une crise systémique".

La course avait été lancée, dans la nuit de vendredi à samedi, par les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro qui, rassemblés en urgence à Bruxelles, avaient annoncé la création d’un tel plan, à mettre en œuvre au cas où un voire plusieurs Etats de la zone venaient à se trouver à court de liquidités.

Dès samedi et dans la matinée de dimanche, la Commission a élaboré des propositions sur la forme de ce mécanisme, soumises dans l’après-midi de dimanche aux ministres des Vingt-sept. Des Vingt-sept et non des seuls Seize, puisque ce mécanisme étant communautaire, il devait recevoir l’approbation de tous les Etats membres, à la majorité qualifiée ou, idéalement, par consensus.

Tout sauf une formalité. "Soyons très, très clairs", déclarait à son arrivée à Bruxelles le ministre des Finances britannique, Alistair Darling : "S’il y a une proposition de créer un fonds de stabilisation pour l’euro, cela doit être du ressort des pays de l’Eurogroupe". Comprendre : pas question pour le Royaume-Uni d’y prendre part. En revanche, la Suède, qui n’a pas adopté la monnaie unique non plus, n’excluait pas d’y participer. "Nous devons réaliser des progrès aujourd’hui, nous ne pouvons nous permettre de décevoir les marchés", justifiait le ministre des Finances suédois Anders Borg.

Les négociations, multi et bilatérales, n’ont rien eu d’un fleuve tranquille et se prolongeaient tard dans la soirée. Mais pour éviter que la zone euro soit dès demain la cible de choix des marchés, les Vingt-sept devaient arriver à un résultat, coûte que coûte. Aux environ de minuit, on s’orientait vers la solution suivante, mais aucun accord n’était encore annoncé. La Commission européenne lèverait, très rapidement, 60 milliards d’euros, en mettant son budget en garantie. Un tel mécanisme de 50 milliards d’euros existe déjà pour les Etats membres hors zone euro (la Roumanie, la Hongrie et la Lettonie y ont eu recours).

Reste que ce montant serait largement insuffisant, s’il apparaissait qu’un ou plusieurs Etats de la zone euro devaient effectivement être secourus -­ à titre d’exemple, le plan d’aide UE-FMI accordé à la Grèce, validé vendredi par les Seize, s’élève déjà à 110 milliards d’euros.

Aussi, pour permettre à la Commission d’emprunter des montants plus importants, la présidence espagnole de l’Union, par la voix de la ministre espagnole de l’Economie et des Finances Elena Salgado a demandé aux Etats de la zone euro de s’engager à hauteur de quelque 440 milliards d’euros, sous formes de prêts bilatéraux ou de garanties des Etats de la zone euro. Soit un montant pharaonique et inédit de 500 milliards, pour mettre la zone euro à l’abri des spéculateurs.

On évoquait une contribution du Fonds monétaire international, ni confirmée, ni chiffrée à l’heure de boucler cette édition, même si circulait le chiffre de 100 milliards d’euros.

Conformément au message délivré dans la nuit de vendredi à samedi par les chefs de l’Eurogroupe Seize, tout Etat membre qui bénéficierait de solidarité européenne devrait, comme la Grèce, suivre une cure drastique de rigueur budgétaire ­ avec une réduction du déficit public de 1,5 % en 2010, de 2 % l’année suivante.

Sur le nom des pays qui pourraient faire appel aux fonds, les Européens se taisent dans toutes les langues, pour ne pas alimenter de sentiment de panique. Mais les regards se tournent notamment vers le Portugal et l’Espagne en raison de la santé précaire de leurs finances publiques et/ou de la lourdeur de leur dette souveraine. Elena Salgado assurait toutefois dimanche que Madrid "n’envisage pas d’avoir recours à ce fonds".