De Keuleneer: un fonds de 60 milliards est insuffisant

Economiste à l’Université libre de Bruxelles (ULB), Eric De Keuleneer juge sévèrement les mesures prises par l’Europe pour la Grèce.

Philippe Lawson
De Keuleneer: un fonds de 60 milliards est insuffisant
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Economiste à l’Université libre de Bruxelles (ULB), Eric De Keuleener juge sévèrement les mesures prises par l’Europe pour la Grèce.

Que pensez-vous du plan de la Commission européenne pour sauver la zone euro ?

Je ne crois pas qu’un fonds doté d’un montant de 60 milliards d’euros permettra de résoudre le problème actuel. Il est insuffisant pour faire face aux menaces des marchés sur d’autres pays de la zone euro. Quant à l’attitude la Grande-Bretagne qui refuse d’y participer, elle n’est pas tellement une surprise. De façon générale, la Grande-Bretagne n’est pas en faveur d’interventions dans les marchés et a fortiori, ce qui se passe dans la zone euro ne la concerne pas spécialement. Cette analyse étant faite, je crois qu’on peut se demander quel est le meilleur moyen d’éviter la contagion du problème grec à l’ensemble de la zone euro.

Y a-t-il d’autres alternatives devant une telle crise ?

Je crois qu’il faudrait envisager toutes les options, y compris celle dans laquelle une partie de la dette grecque fasse l’objet d’un rééchelonnement ou d’une restructuration de la dette, à tout le moins, un étalement dans le temps avec une réduction de taux. On peut tout aussi bien laisser la Grèce sortir de l’euro, dévaluer sa monnaie et d’ainsi négocier un rééchelonnement du remboursement de sa dette. Je crois qu’il faut penser prévoir une possibilité pour un pays de sortir de l’euro s’il est confronté à une grande crise. Aujourd’hui, on pense sauver la Grèce, mais ce sont plutôt les banques qui vont surtout bénéficier du mécanisme. Si à chaque fois qu’il y a des difficultés dans les marchés, les Etats interviennent pour éviter aux banques de devoir supporter les conséquences de leurs excès, elles n’apprendront jamais de leurs erreurs et on continuera d’aller de crise en crise.

C’est-à-dire…

Il y a deux ans, les banques ont pris les Etats en otage en les menaçant d’une catastrophe si on ne leur vient pas en aide. Aujourd’hui, il faut se rendre compte que la Grèce a trop emprunté sur le marché, mais c’est parce que les banques ont accepté de lui prêter de l’argent. Par conséquent, elles agitent encore la menace d’une catastrophe si l’Europe ne vient pas en aide à la Grèce. Tout le problème vient du mauvais fonctionnement des marchés, le système de discipline ne fonctionne pas et on veut que les Etats viennent résoudre ce problème en ouvrant leur portefeuille.