British Petroleum s’est englué dans sa marée noire

Depuis quelques années, British Petroleum tentait de se façonner une image "propre", embrassant le slogan "Beyond Petroleum", "au-delà du pétrole". Englué dans sa marée noire, le géant pétrolier s’est tiré lui-même une balle dans le pied. Mardi, après l’annonce de l’échec de la tentative de cimentage du puits, connue sous le nom de "Top Kill", l’action BP a dévissé à la bourse de Londres, perdant 14 % au cours de la journée. Depuis l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon le 20 avril, la société BP a perdu le tiers de sa valeur, soit 67 milliards de dollars. Avant l’accident pétrolier, la capitalisation de la société atteignait près de 183 milliards de dollars.

Stéphanie Fontenoy

Depuis quelques années, British Petroleum tentait de se façonner une image "propre", embrassant le slogan "Beyond Petroleum", "au-delà du pétrole". Englué dans sa marée noire, le géant pétrolier s’est tiré lui-même une balle dans le pied. Mardi, après l’annonce de l’échec de la tentative de cimentage du puits, connue sous le nom de "Top Kill", l’action BP a dévissé à la bourse de Londres, perdant 14 % au cours de la journée. Depuis l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon le 20 avril, la société BP a perdu le tiers de sa valeur, soit 67 milliards de dollars. Avant l’accident pétrolier, la capitalisation de la société atteignait près de 183 milliards de dollars.

Avec la colère qui monte, de la part de l’administration Obama mais aussi du public, les actionnaires prennent peur. "Le marché ne sait pas encore évaluer l’ampleur de la responsabilité de BP", explique Adrian Jackson, gérant de portefeuilles pour la société Investec Asset Management, à Londres. Le PDG de British Petroleum, Tony Hayward, n’a pas arrangé le tableau, accumulant les bourdes. Il a d’abord déclaré que la marée noire "était modeste" comparée au golfe du Mexique. Puis qu’il voulait "retrouver sa vie d’avant", une remarque jugée insensible par les habitants des côtes souillées et qui ne sont pas prêts, eux, de sortir du pétrin. Face à la dégringolade de l’action BP, le même Tony Hayward a lancé une offensive de charme envers les actionnaires. Les inquiétudes sur le bilan de BP sont "complètement infondées", a déclaré début juin le patron de la compagnie pétrolière au "Daily Telegraph" de Londres. "Nous avons une grosse marge de sécurité. Les doutes sur les dividendes sont exagérés."

Il est vrai que British Petroleum a de quoi voir venir. Troisième plus grosse compagnie pétrolière du monde, BP est la première compagnie britannique. Elle a des liquidités importantes, et des résultats annuels largement bénéficiaires. En 2009, la société a engrangé un bénéfice de près de 17 milliards de dollars. Elle a annoncé qu’elle distribuerait comme prévu cette année 8,3 milliards d’euros de bénéfices à ses actionnaires, ce qui a provoqué un tollé chez quelques élus démocrates aux Etats-Unis. Plus le temps passe sans que la fuite ne soit colmatée, plus le désastre écologique qui en découle laissera des traces indélébiles sur l’avenir de BP et sa réputation. Son image est déjà passablement ternie outre-Atlantique suite à une série d’accidents et de bavures. En 2005, une explosion dans une raffinerie BP à Houston au Texas avait fait 15 morts et plus de 170 blessés. Des experts avaient décelé plus de 270 violations des règles de sécurité. En 2006, BP constate une fuite sur son oléoduc de Prudhoe Bay, en Alaska. Enfin, en décembre 2009, dix ouvriers tombés malades suite à une fuite dans une raffinerie BP au Texas ont eu gain de cause devant la justice. Ses ennuis ne sont pas finis. BP pourrait perdre son contrat de 2,2 milliards de dollars par an avec le Département de la Défense américain, si la compagnie est condamnée par la justice américaine. BP pourrait aussi devenir la cible d’une reprise par un rival, Shell ou Exxon Mobil par exemple, si son action continue sa chute libre. Ce scénario relève encore largement de la fiction, précisent les analystes. Bien réelle celle-ci, la plus grosse menace pèse sur Tony Hayward, qui joue actuellement sa survie à la tête de BP.