Beau ou bon parleur ?

Deux personnes sont face à face. Elles doivent toutes deux raconter une histoire et parlent en même temps. Le but de l’exercice : arriver à faire "décrocher" l’autre en arrivant à la captiver par son récit.

Solange Berger
Beau ou bon parleur ?
©Clou

Eclairage

Deux personnes sont face à face. Elles doivent toutes deux raconter une histoire et parlent en même temps. Le but de l’exercice : arriver à faire "décrocher" l’autre en arrivant à la captiver par son récit. Captiver - du moins intéresser - l’autre, voilà qui n’est pas toujours facile, et d’autant plus quand l’autre parle en même temps. Retenir l’attention de son public, toute personne amenée à faire un discours, une présentation y est confrontée.

"Quand on prend la parole, c’est souvent face à un public passif. Alors, on se contente de peu. Or, prendre la parole, c’est un sport. Si, après une heure, l’intervenant n’a pas transpiré, c’est qu’il n’est pas un bon communicant", explique Jean-Gilles Barbier, comédien, formateur et consultant chez Symbiosis, une société qui propose différentes formations, notamment sur la prise de parole en public. "Et aujourd’hui, il faut être encore plus impactant qu’avant, car les gens sont devenus des zappeurs. Lors d’une conférence, il est frappant de voir comme les gens sortent et rentrent dans la salle. Même chose au théâtre. Les gens quittent la salle si la pièce ne leur plaît pas. Idem avec la télé : avant, il n’y avait qu’une chaîne. Maintenant, on en a cent, alors, on passe de l’une à l’autre. Cette évolution fait qu’il est plus difficile de capter l’attention des gens qu’avant."

Jean-Gilles Barbier note une autre évolution : "Il y a 25 ans, quand on parlait de prise de parole en public, c’était plutôt élitiste. Aujourd’hui, cela touche toutes les couches de l’entreprise. Les gens prennent conscience que si l’on veut réussir dans le monde du travail, il faut être charismatique, que ce soit auprès de son équipe, des clients, "

Il faut alors se préparer et se former. "Le bon communicant est celui qui gère tout. Sa gestuelle, notamment. Tant que je ne suis pas connecté à ce que je fais, cela ne marchera pas." Mais il faut éviter les tics gestuels d’autoassurance, "car cela parasite ce que l’on dit", note Jean-Gilles Barbier qui donne l’exemple de la personne qui se frotte les mains.

Sourire est essentiel. Même quand on annonce une mauvaise nouvelle. "Les gens ont plutôt envie d’entendre une mauvaise nouvelle d’une personne qui leur est sympathique. Cela peut être un sourire de compassion, mais c’est un sourire quand même."

Le déplacement a son importance. "Chacun est libre de bouger ou non pendant sa présentation. Ce qui est important, c’est de ne pas bouger tout en parlant. Sinon, cela fait très fouillis. Il faut se déplacer pendant un "blanc" que vous créez vous-même, à la fin d’une phrase ou même au milieu d’une phrase pour mettre un point en évidence. Faire deux pas et reprendre le fil de son discours permet, notamment, de respirer. Cela impressionne aussi le public qui se dit que l’orateur improvise. Les gens ont souvent peur du silence. Et pourtant, si on l’accepte, il se passe plein de choses pendant ces quelques instants", note le formateur qui raconte une anecdote à propos de Marlon Brando. "En apparaissant à l’écran, il avait toujours les yeux baissés, et puis il levait la tête avec un certain regard avant de lancer sa réplique. En fait, il vérifiait juste s’il était bien sûr la marque sur le sol où on lui avait dit de s’arrêter pour la prise de vues. C’était tellement assumé que cela passait très bien. Cela devenait même une marque de fabrique."

S’il est intéressant de bouger, il ne faut pas le faire n’importe comment. "Imaginez qu’à la fin de votre présentation, vous demandiez : "Avez-vous des questions ?", et que, en même temps, vous reculiez d’un pas. Cela montre que vous avez peur des éventuelles questions. Et du coup, il y en a dix fois plus "

Et pour se déplacer correctement, il ne faut pas négliger les chaussures ! "Certaines donnent une démarche molle. De plus, bien souvent, sur les plateaux des centres de convention, ce n’est pas du tapis plain qu’on trouve au sol."

Quant à se mettre derrière un pupitre, c’est une "erreur. Il faut se mettre en danger. Derrière son pupitre, on se verrouille. On est plus impactant quand on se déplace".

Autre élément important : la voix qui a plusieurs composantes. "Le volume : il faut l’adapter à son auditoire. On peut moduler le ton : plus grave ou plus aigu. La diction est fondamentale : on est plus impactant en surarticulant. Il ne faut pas négliger le débit et respecter des moments de silence." Enfin, il y a le timbre. "C’est ce qui personnalise la voix. C’est la seule chose sur laquelle on ne peut pas travailler, sauf, si l’on est imitateur."

Il peut être intéressant aussi de s’imposer des contraintes. "J’ai eu le cas d’une personne qui avait une très belle voix, mais qui ne savait jamais quoi faire de ses mains. Pendant un exercice, alors qu’elle parlait, un bruit de perceuse à commencer à se faire entendre. La personne a dû pousser le volume sonore. Mais cela ne suffisait pas. Et comme par hasard, ses mains sont sorties de ses poches", raconte le comédien qui donne encore un autre exemple. "J’avais suggéré à quelqu’un, lors d’une présentation importante, de mettre des confettis à différents endroits sur le sol pour se déplacer de l’un à l’autre afin de ponctuer son discours. Le problème, c’est qu’il avait choisi des confettis gris et que le sol était noir. En fait, pendant sa présentation, il a cherché ses confettis. Mais cela ne se voyait pas. Les gens se disaient qu’il improvisait et le fait de s’arrêter lui donnait une classe folle."

Avant de se lancer, il est également important de répéter. "C’est indispensable, mais il ne faut surtout pas le faire devant un miroir, car quand on se regarde dans la glace en général, on ne s’aime pas. Or, on a besoin de s’aimer pour parler en public", note Jean-Gilles Barbier.

Et tout cela s’apprend. "Il n’y a pas de personne plus douée que d’autres. Il n’y a pas de prédisposition. Tout est une question de travail. Et si certains ont l’air plus doués que d’autres, c’est parce qu’ils ont travaillé plus. Parfois, sans en être vraiment conscients, mais dès l’âge de trois ans avec des parents qui leur ont donné confiance en eux. Dans certaines cultures également, une place plus importante est donnée à l’expression orale, mais cela reste une question de travail", explique Jean-Gilles Barbier qui évoque les formations de Symbiosis : "Nous travaillons toujours en positif et poussons les gens à s’appuyer sur leurs points forts et non sur leurs axes de progrès comme cela se fait souvent. Les formations sont interactives, se passent dans un théâtre et sont animées par un comédien. La notion de plaisir y est importante. Cela permet de grandir plus et plus vite."