Un manque à gagner de 91,7€

Des milliers de militants de la CSC et surtout de la FGTB arpenteront le pavé bruxellois ce jeudi matin. Ils veulent profiter du sommet européen qui s’ouvre pour réclamer une Europe plus solidaire et s’opposer aux politiques d’austérité budgétaire. Quatre cortèges distincts, deux concentrations La pagaille est garantie (voir carte ci-contre).

Vincent Rocour

Des milliers de militants de la CSC et surtout de la FGTB arpenteront le pavé bruxellois ce jeudi matin. Ils veulent profiter du sommet européen qui s’ouvre pour réclamer une Europe plus solidaire et s’opposer aux politiques d’austérité budgétaire. Quatre cortèges distincts, deux concentrations La pagaille est garantie (voir carte ci-contre). Les automobilistes devront prendre leur mal en patience. Et s’il leur prend l’envie de délaisser leur véhicule pour emprunter les transports en commun, ils pourraient bien devoir là aussi s’armer de patience. Certaines lignes de bus et de tram seront immanquablement perturbées par les cortèges syndicaux. Et des travailleurs de la STIB pourraient être tentés de rejoindre les manifestants.

Mais s’il y aura du rouge et du vert dans les rues bruxelloises, il n’y aura pas de bleu. Le syndicat libéral s’est retrouvé coincé entre la CSC et la FGTB qui ont joué les gros bras. La CGSLB ne pouvait évidemment pas choisir de participer à l’action de l’une sans se joindre à l’autre. Elle a dès lors décidé de ne prendre part à aucune des deux.

Elle ne restera cependant pas les bras croisés. Ce jeudi, les délégués du syndicat libéral feront de la sensibilisation dans les entreprises. La CGSLB annonce en outre l’organisation d’une action "sympathique" - sous-entendu, indolore pour les navetteurs - dans un avenir proche.

C’est que le syndicat libéral rejoint, sur le fond, les préoccupations de ses homologues chrétien et socialiste. Pour lui, le modèle de gouvernance économique qui se prépare lors du sommet européen du 24 et 25 mars fait la part belle à l’austérité et à la modération salariale. Et si les textes en préparation n’évoquent plus la suppression de l’indexation automatique des salaires, la menace pourrait revenir sous une autre forme. Ou plus tard.

Or c’est un scénario que la CGSLB, à l’instar des deux autres syndicats, ne peut accepter. Le syndicat libéral estime même qu’au lieu de supprimer le système d’indexation automatique des salaires en Belgique, il faudrait au contraire l’exporter dans les autres pays européens.

Dans un argumentaire circonstancié, la CGSLB expose que l’indexation automatique des salaires permet de préserver tant bien que mal le pouvoir d’achat. Le dispositif agit donc comme un amortisseur contre la pauvreté -d’autant qu’il s’applique également aux allocations sociales. Le système est aussi une garantie de paix sociale. Le caractère automatique de l’indexation permet en effet d’éviter, comme dans d’autres pays, d’interminables négociations salariales dans les secteurs et les entreprises.

Et puis, relève le syndicat libéral, l’indexation automatique des salaires permet de soutenir la consommation intérieure. Ce n’est sans doute pas pour rien que la Belgique est l’un des pays européens à avoir le mieux résisté à la crise financière.

Du reste, le syndicat libéral souligne que l’indexation automatique des salaires n’est pas aussi complète qu’on veut bien le dire. C’est que le mécanisme a été corrigé à plusieurs reprises, pour en neutraliser certains de ses aspects les plus erratiques. Un principe de "lissage" a notamment été instauré dans les années 80. Résultat ? Les salaires sont ajustés, en moyenne, tous les 12,6 mois alors que les prix le sont tous les 9,9 mois. Il y a aussi eu, dans les années 80, trois sauts d’index. Enfin, en 1993, le gouvernement a décidé de retirer du calcul de l’index certains produits comme l’essence ou le tabac : c’est le fameux indice-santé.

Le syndicat libéral a fait le compte. Si aucune correction n’avait été apportée au système, un employé de catégorie 3 gagnerait aujourd’hui 91,70 € de plus par mois (1100 € par an). Pour ce travailleur, le manque à gagner cumulé depuis 1996 s’élève à 2 5048,36 €. Ce qui n’est quand même pas rien.