Didier Bellens inculpé par la Justice

L'administrateur-délégué de Belgacom, Didier Bellens, a été inculpé dans le cadre d'une enquête sur la vente de terrains entre la Loterie nationale et Belgacom, un dossier que la Justice carolorégienne a commencé à examiner dans le contexte de ses investigations sur les agissements d'Edmée De Groeve.

Didier Bellens inculpé par la Justice
Martin Buxant

Belgacom se démène. Alors qu’un conseil d’administration tendu s’annonce pour l’entreprise publique ce jeudi, un nouveau ressac est à craindre. C’est que le CEO de l’opérateur télécoms Didier Bellens a été entendu à deux reprises par les enquêteurs de la police de Charleroi. Dans la foulée, il a été inculpé en tant que personne physique par la juge d’instruction France Baeckeland, laquelle travaille sur les ramifications de l’affaire Edmée De Groeve.

Rappel. Cette haute fonctionnaire PS, présidente de Charleroi Airport, a été inculpée de faux et usage de faux, détournement par fonctionnaire et escroquerie - notamment pour des "frais croisés" entre la SNCB et Charleroi Airport. Mais Edmée De Groeve était également présidente du CA de la Loterie nationale... Les enquêteurs de Charleroi - où Didier Bellens s’est rendu à deux reprises (une fois, il y a trois mois et une seconde, il y a trois semaines) - travaillent sur certaines ventes de terrains et bâtiments qu’ils jugent suspectes entre la Loterie nationale et Belgacom... Selon nos informations, le dossier devrait être renvoyé en correctionnelle à la rentrée. Contacté mercredi soir, le porte-parole de Belgacom, Haroun Fenaux, n’a pas souhaité émettre de commentaire sur nos informations.

Deux autres responsables du "top management" de l’entreprise ont également été présents lors de ces auditions de Didier Bellens : Conchetta Fagard, l’ex-bras droit de M. Bellens, et Pierre-Eric Evrard, qui est passé en avril dernier de Belgacom à la filiale Internet Scarlet. A la suite des auditions, seul M. Bellens a été inculpé.

Contacté mercredi par "La Libre", le président du conseil d’administration, Théo Dilissen, s’est refusé à tout commentaire sur cette enquête judiciaire touchant l’entreprise publique (l’Etat est actionnaire majoritaire à hauteur de 53 %). Reste que les membres du comité de direction ainsi que le président du conseil d’administration ont bel et bien été notifiés de cette enquête en cours.

Et c’est un coup de tonnerre pour l’opérateur et une secousse supplémentaire pour le CEO Didier Bellens - déjà fragilisé par des départs en cascade dans son entourage. M. Bellens a été parrainé à deux reprises par le Parti socialiste pour décrocher ce job très convoité qu’il occupe depuis mars 2003 - date à laquelle il était arrivé de RTL Group. C’est dans la foulée d’un "deal" conclu entre le président du PS Elio Di Rupo et le ministre des Entreprises publiques de l’époque, le SP.A Johan Vande Lanotte, que Didier Bellens avait pu prendre les commandes de Belgacom tandis que le VLD Théo Dillisen devenait président du conseil d’administration. Il apparaît aujourd’hui que le Parti socialiste ne pourra plus défendre très longtemps le CEO de Belgacom contre ses adversaires. Le PS, dont l’un des chevaux de bataille est la lutte contre les bonus excessifs, est en effet gêné par le salaire et intéressements octroyés à Didier Bellens. Celui-ci est sujet à la critique alors que les chiffres et prévisions du groupe sont attendus avec pessimisme par les analystes ce vendredi. En outre, les problèmes de rotation intempestive des cadres du groupe ajoutent au malaise ambiant.

Reste que Belgacom est aujourd’hui au cœur d’une bataille budgétaire qui s’annonce âpre dans les mois à venir : faut-il, oui ou non, que l’Etat se déleste d’une partie de ses actifs dans l’opérateur ? "Est-ce que Bellens est encore à même de mener ce débat s’il est fragilisé à ce point ?", se demande une source sous couvert d’anonymat. Une autre s’interroge : "Didier Bellens est désormais dans un étau, coincé entre de nombreux problèmes. Comment va-t-il faire ?"

Mercredi, le CEO de Belgacom n’a pas donné suite aux appels de "La Libre".

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