La BCE au secours de la zone euro

Tous les regards étaient braqués jeudi sur la Banque centrale européenne (BCE), qui réunit son conseil des gouverneurs, dans l'espoir qu'elle aide à apaiser la crise de la dette en zone euro qui touche désormais l'Italie et l'Espagne. Elle a par ailleurs sans surprise laissé son taux directeur inchangé à 1,50%.

La BCE au secours de la zone euro
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Tous les regards étaient braqués jeudi sur la Banque centrale européenne (BCE), qui a laissé jeudi son taux directeur inchangé à 1,5%, dans l'espoir qu'elle aide à apaiser la crise de la dette en zone euro qui touche désormais l'Italie et l'Espagne.

Elle doit prendre "des mesures plus sérieuses pour repousser les spéculateurs, via un achat de bons et d'actions de manière concertée avec d'autres banques centrales (...) ou envoyer un message pour dire que cela ne peut pas continuer", estime Angel de Molina Rodriguez, analyste chez Tressis. Nuria Alvarez, analyste pour la maison de courtage espagnole Renta 4, juge pour sa part "incompréhensible" que la BCE n'ait plus appliqué ce programme depuis 18 semaines.

C'est donc autour de ce programme de rachat d'obligations sur le marché secondaire, là où s'échangent les titres déjà émis, que devrait tourner en grande partie la conférence de presse qui suit la réunion de la BCE, n'en déplaise à son président Jean-Claude Trichet.

La BCE avait accepté, à contre-coeur, de s'acquitter de cette tâche au printemps 2010, pour tenter d'enrayer la crise de la dette grecque et éviter, déjà, un effondrement de la zone euro.

Mais elle ne le met plus en application depuis 18 semaines, une manière de renvoyer les gouvernements à leurs responsabilités. Le 21 juillet, lors d'un sommet à Bruxelles pour adopter un nouveau plan de sauvetage d'Athènes, la BCE a obtenu que le Fonds européen de stabilité financière (FESF), mis en place pour prêter aux Etats en difficulté de la zone euro, puisse la relayer.

Mais le FESF ne pourra sans doute pas intervenir avant fin septembre au plus tôt et sa taille - 440 milliards d'euros de capacité de prêts - est jugée insuffisante par certains intervenants sur les marchés pour pouvoir s'adresser aux problèmes de l'Italie et de l'Espagne.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso vient de prôner une réévaluation des capacités du Fonds, y compris de sa taille, dans un courrier daté de mercredi adressé aux dirigeants de l'Union européenne. Madrid a émis jeudi pour 3,311 milliards d'euros d'obligations à 3 et 4 ans, à des taux d'intérêt en forte hausse par rapport aux dernières émissions similaires, au lendemain d'une journée de crise.

L'Espagne et l'Italie ont été la cible des attaques des marchés mardi et mercredi, contraignant leurs deux gouvernements à monter au créneau. Jeudi matin, les marchés étaient tendus quoique légèrement orientés à la hausse, dans l'attente de la réunion de la BCE, avant un nouvel accès de fièvre à la mi-journée.

De fait, celle-ci "reste le seul rempart crédible à une panique", estime Christian Schulz, de Berenberg Bank.

"Comme à chaque fois, les seuls pompiers vraiment efficaces qui sont capables de sortir de la caserne à toute vitesse, c'est la Banque centrale européenne, qui depuis le début de la crise a joué un rôle admirable pour calmer les marchés", a renchéri Jean-Michel Six, économiste en chef de Standard and Poor's pour l'Europe, interrogé jeudi sur France Inter.

Les économistes de RBS estiment que la banque centrale européenne va être "obligée de reprendre ses achats avant la fin de l'année".

Toutefois, elle vendra cher son intervention, juge Gilles Moëc, de Deutsche Bank, l'expérience du printemps dernier l'ayant échaudée. En acceptant d'intervenir sans condition, les gouverneurs de l'institution monétaire de Francfort estiment "que cela a retardé les ajustements nécessaires dans certains pays périphériques". La BCE pourrait ainsi réclamer une garantie du FESF pour toutes les obligations rachetées, selon lui. Mais les espoirs d'une décision importante risquent déçus.

"Il n'est pas évident que (M. Trichet) fasse des annonces fracassantes. La réaction des marchés pourrait être négative à ce discours", a estimé Christian Parisot, économiste pour le courtier Aurel.

Au mieux, selon Gilles Moëc, il pourrait répéter que la BCE "+est prête à utiliser l'un des moyens à sa disposition+ pour sauvegarder la stabilité financière de la zone euro".

Quant à son taux, le scénario d'une nouvelle hausse en octobre, qui avait jusqu'ici les faveurs des économistes, paraît obsolète. de Trichet lors de la conférence de presse qui doit débuter à 12H30 GMT.

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