Un recteur, chasseur d’images

On imagine la demeure du recteur de l’université de Liège, comme celle de tant de professeurs de facultés, de chercheurs, d’intellectuels, remplie de livres et de dossiers. C’est le cas présentement avec Bernard Rentier.

Philippe Farcy
Un recteur, chasseur d’images
©JLWERTZ

On imagine la demeure du recteur de l’université de Liège, comme celle de tant de professeurs de facultés, de chercheurs, d’intellectuels, remplie de livres et de dossiers. C’est le cas présentement avec Bernard Rentier qui, à l’aune de tous ses confrères, accumule et conserve mille et un documents, livres, plaquettes, syllabi, dans une bibliothèque personnelle où les raretés se superposent comme les strates d’une couche géologique.

Bernard Rentier est virologue de métier, par envie, par curiosité cérébrale; il est surtout le grand patron d’une énorme maison de 20 000 étudiants et de 4 500 personnes salariées. Au-delà de ce travail absorbant et assurément fascinant, il y a une passion dévorante qui dure depuis plus de quarante ans, à savoir la photographie. "J’ai toujours eu un appareil photographique avec moi. Bien sûr, comme tant d’amateurs, j’ai suivi l’évolution des technologies et je me réjouis d’ailleurs de voir avec quelle facilité nous pouvons en 2011 prendre des milliers de clichés sans peine, ni encom brement. Jadis, il y a quarante ans, ce n’était pas aussi commode et le matériel était assez encombrant. Maintenant il y a l’iPhone et tout est plus simple, sans affecter la qualité de la prise de vue. Mon épouse, depuis si longtemps, fut exemplaire de patience, car quand on est dévoré par une telle passion, cela demande du temps. Ce n’est pas le temps de prendre le cliché qui est long, c’est celui où l’on attend que les éléments de la nature se mettent en place de façon spontanée."

Bernard Rentier est donc toujours "armé" et la chasse aux images ne s’arrête jamais. Observateur de la vie quotidienne et de la nature, il ne privilégie aucun sujet dès lors qu’il en émerge une part de beauté et de signification. Pour accomplir son travail d’esthète et de journaliste qui s’ignore, notre hôte avoue devoir être vif, toujours à l’affût. Un oiseau qui vole, une fleur qui émerge, deux amoureux qui se pâment, une belle demeure qui surgit ou survit, un paysage immense qui flirte avec l’infiniment grand alors que lui travaille sur l’infiniment petit, suffisent à son bonheur et mieux encore à construire celui-ci jour après jour. Sans doute la photographie est-elle une manière délicate d’arrêter le temps, de figer des souvenirs, d’échanger des émotions alors qu’au moment du petit clic la solitude est souvent parfaite.

"Au-delà de cette nécessité quotidienne qui semble exclusive, j’éprouve le besoin de partager avec des amis et collègues en cette passion si répandue, ce qui a provoqué chez moi l’envie de prendre une image. Un réseau social existe à partir du site Instagr.am, où l’on peut suivre les travaux de chacun." Bernard Rentier a participé à des expositions mises en œuvre par des jeunes de l’université, mais au-delà de cela il n’a jamais montré ses prises de vue. Par contre, au-delà de cette modestie qui l’honore, le recteur Rentier aime énormément se rendre dans les galeries d’art contemporain, là où l’on expose les épreuves des autres, les pros de la focale dont les valeurs sont souvent importantes.

Il n’y a pas une ville où il se rend qui ne l’ait vu franchir les portes d’une galerie ou d’un salon et presque mieux encore d’une exposition. Voilà donc de quoi le sortir de la grande affaire de sa vie qu’est "son" université, immense vaisseau dont le budget tourne autour des 350 millions d’euros, venus pour presque la moitié de la part de la Communauté française Wallonie-Bruxelles et pour la majorité de rentrées extérieures, souvent publiques quand même. Ces fonds majoritaires proviennent du fédéral, de l’Europe, de multiples conventions de recherche, de liens avec les entreprises industrielles ou non, avec les communes et diverses structures publiques. L’une des sources de revenus provient des brevets que l’on cède à des firmes. Par contre, les "spin-off" dont on peut penser qu’elles sont des vaches à lait, ne le sont pas, mais elles sont une mine pour l’emploi (plus de 1 500 personnes en direct, sans compter les emplois indirects) et l’image de marque d’une université. Image de marque, images tout court, pour Bernard Rentier il est vraisemblable que le poids des mots égale le charme des photos.