Crise de la dette: comment en est-on arrivé là?

D'abord limitée à la Grèce, la crise de la dette a gagné ensuite toute la zone euro, ses banques aujourd'hui, et inquiète le monde entier. Retour sur un mini-séisme financier qui met à mal la monnaie commune depuis deux ans.

Crise de la dette: comment en est-on arrivé là?
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D'abord limitée à la Grèce, la crise de la dette a gagné ensuite toute la zone euro, ses banques aujourd'hui, et inquiète le monde entier. Retour sur un mini-séisme financier qui met à mal la monnaie commune depuis deux ans.

Comment est née la crise de la dette ?

"Tout le système repose sur le postulat selon lequel un Etat ne peut pas faire faillite, ce postulat est aujourd'hui fragilisé", résume un responsable d'une grande agence de notation sous couvert d'anonymat. L'ensemble des pays développés, Etats-Unis comme zone euro, se sont habitués à vivre à crédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, accumulant de dettes représentant désormais près de 100% de la richesse qu'ils produisent chaque année. Frappés par la crise financière de 2008, ils ont dû s'endetter encore un peu plus pour aider leurs banques jusqu'à des seuils jugés désormais difficilement compatibles à terme avec leur croissance. La sanction est à présent tombée. En zone euro, la situation est considérée particulièrement inquiétante car le dynamisme économique y est jugé inférieur aux Etats-Unis.

Pourquoi parle-t-on de crise grecque ?

La Grèce a fait office de détonateur en révélant fin 2009 que l'ampleur de ses déficits avait été cachée pendant des années et devait être revue à la hausse. Du coup, les taux exigés par les banques sur les marchés pour lui prêter de l'argent frais se sont envolés. Le robinet s'est tari. Rapidement, le pays a dû demander une première aide financière à ses voisins européens et au Fonds monétaire international (FMI), au printemps 2010, pour éviter la faillite. Une rallonge est aujourd'hui prévue. En échange de quoi, il s'est engagé à adopter une cure d'austérité drastique.

Pourquoi le sort de la Grèce n'est-il pas réglé ?

Le premier plan d'aide à la Grèce a permis de parer au plus pressé. Mais depuis, la récession s'est aggravée et la dette qui avoisine les 350 milliards d'euros a continué de croître. D'où la nécessité de lancer un second plan d'aide qui passera par une restructuration lourde de la dette nationale.

Quel est le lien avec la crise bancaire ?

Après s'être étendue à d'autres pays fragiles (Irlande, Portugal), la crise de la dette s'est propagée durant l'été aux banques qui détiennent en grand nombre des titres de dette d'Etats en difficultés, donc dévalorisée. Cette situation a asséché les liquidités dans le circuit: craignant de découvrir des cadavres dans les placards du voisin, les banques réduisent les prêts qu'elles se font entre elles, au risque de gripper le système et de menacer le financement des ménages et entreprises au final. Dexia en a déjà fait les frais. Il faut aujourd'hui recapitaliser les établissements fragiles pour qu'ils résistent au choc.

Pourquoi le sommet de mercredi est-il tant attendu ?

Le monde entier exige désormais une réponse, à commencer par le forum G20 qui se réunit début novembre à Cannes. Il faut stabiliser la Grèce, installer un pare-feu convaincant - le FESF renforcé - pour éviter la contagion et les attaques contre l'Italie ou l'Espagne, renflouer les banques.

Ce sommet va-t-il marquer un tournant dans la crise?

Pas sûr. Les dirigeants européens, souvent divisés, ont agi depuis le début de manière parcellaire et ce rendez-vous pourrait confirmer cette tendance. Les options retenues pour renforcer le FESF impliquent des négociations dans les semaines à venir avec des investisseurs privés ou publics extérieurs. Tout ne sera donc pas immédiatement bouclé.

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