Merkel: "Réparer les imperfections de l'euro, maintenant ou jamais"

La chancelière allemande Angela Merkel a estimé mercredi qu'il fallait "remédier aux imperfections" de l'union monétaire européenne "maintenant ou, je le dis, jamais".

Merkel: "Réparer les imperfections de l'euro, maintenant ou jamais"
©Photo News
AFP

Le pessimisme s'est installé mercredi sur les chances de voir le sommet de la zone euro apporter la réponse d'envergure promise à la crise de la dette du fait de divergences persistantes, alors que la Chine et d'autres pays émergents pourraient apporter leur aide.

Deux réunions cruciales sont programmées. Les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays de l'Union européenne se réunissent d'abord à partir de 18H00 (16H00 GMT) à Bruxelles pour parler de la recapitalisation des banques. Objectif: leur permettre d'amortir le choc. Ce point ne fait plus vraiment débat. Un montant nécessaire de quelque 108 milliards d'euros est accepté.

Le plat de résistance suivra lorsque les dirigeants des dix-sept pays de la seule zone euro se retrouveront en conclave jusque sans doute très tard dans la soirée ou dans la nuit.

Les grandes lignes d'un accord ont été tracées. Il s'agit de stabiliser la Grèce en convainquant les banques créancières de renoncer à la moitié au moins de la dette qu'elle détiennent - 100 milliards d'euros environ - et d'empêcher la contagion de l'incendie à l'Italie via un renforcement du pare-feu de la zone euro.

Et là, selon des diplomates, les choses s'annoncent beaucoup plus compliquées, alors même que le monde entier attend des actes, craignant sinon un embrasement financier.

Pour cela, les Européens ont d'abord besoin mercredi du feu vert des députés allemands qui se réunissent pour donner un mandat de négociation à la chancelière Angela Merkel.

Cette dernière a estimé qu'il fallait "remédier aux imperfections" de l'Union monétaire européenne en matière de discipline budgétaire, "maintenant ou, je le dis, jamais", y compris via un changement de traité européen.

Il s'agit toutefois d'un chantier de long terme. Dans l'immédiat, l'urgence est d'abord un accord avec les banques créancières de la Grèce. Or, les négociations ne sont pas encore bouclées car ces dernières renâclent à accepter des pertes supérieures à 50%.

Le gouvernement allemand pousse pour un chiffre maximal car il refuse que les Etats remettent au pot pour Athènes. La France, soutenue sur ce point par la Banque centrale européenne, prône la prudence de crainte de déstabiliser le secteur financier.

Enfin les détails du FESF restent encore flous. Au nom de l'indépendance de la BCE, l'Allemagne s'est opposée à un projet de déclaration du sommet de la zone euro encourageant l'institut monétaire à continuer de soutenir l'Italie et l'Espagne sur les marchés. Ce qui la met potentiellement en porte-à-faux avec la France. Des négociations entre hauts fonctionnaires de la zone euro vont se tenir jusqu'au début des sommets. Mais selon des diplomates, la probabilité que les détails d'un compromis soient renvoyés à des réunions ministérielles ultérieures grandit. Des rumeurs, non confirmées, d'un nouveau sommet ont aussi circulé.

Dans ce contexte, la Commission européenne a lancé un rappel à l'ordre. "Nous avons besoin d'un accord ce soir", a estimé un de ses porte-parole, Olivier Bailly, "nous avons besoin d'une réponse politique crédible aux questions-clé qui sont sur la table".

Un montant d'au moins 1.000 milliards d'euros pour la capacité d'intervention du futur FESF est envisagé. "C'est l'objectif qu'on a en tête", confie un négociateur. Mais il est peu probable qu'un chiffre précis sortira du sommet car les formules retenues pour augmenter la puissance de feu du FESF via des "effets de levier" ne permettent pas de le faire à ce stade.

La première option est un système d'incitation à prêter de l'argent aux pays fragiles: une assurance-crédit garantissant aux investisseurs le remboursement d'une partie de la dette. La deuxième passe par un ou plusieurs dispositifs spéciaux, adossés au FESF ou au Fonds monétaire international et ouverts à des investisseurs extérieurs.

Des négociations ont du reste commencé avec les grands pays émergents des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), selon un diplomate.

Pékin a d'ores et déjà accepté de contribuer. "La Chine est pour", a indiqué à l'AFP une source diplomatique, "mais pas encore le Brésil, la Russie, l'Inde et l'Afrique du Sud". Le directeur du FESF doit se rendre à partir de vendredi en Chine puis au Japon.

Reste le problème de l'Italie. Craignant une contagion de la crise de la dette à ce pays, les dirigeants européens font pression sur le chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, pour qu'il leurs donne des garanties sur la baisse de sa dette et la réforme de son économie, en échange de leur solidarité.

Le Cavaliere est parvenu in extremis mardi soir à un accord a minima sur la réforme des retraites avec son allié de la Ligue du Nord.

Selon la presse italienne, il compte présenter à Bruxelles une lettre dans laquelle il s'engage à effectuer des réformes et à prendre des mesures de relance de la croissance promises depuis cet été. Mais il n'est pas garanti que cela suffise à ses partenaires.

Sur le même sujet