Endettés, les Hongrois sont frappés par ricochet par la crise de la zone euro

Katalin Hajos, 35 ans, est interprète. Sans enfant, elle vit avec son compagnon. Son statut assez confortable l’a incitée en 2007 à emprunter 73 000 francs suisses, remboursables sur trente-deux ans pour acheter un appartement à Budapest. Problème : la crise de l’euro provoque une montée en puissance de la monnaie helvétique, qui s’est renchérie de 25 % contre le forint, la monnaie hongroise, depuis janvier.

Christine Dupré

Correspondante en Europe centrale

Katalin Hajos, 35 ans, est interprète. Sans enfant, elle vit avec son compagnon. Son statut assez confortable l’a incitée en 2007 à emprunter 73 000 francs suisses, remboursables sur trente-deux ans pour acheter un appartement à Budapest. Problème : la crise de l’euro provoque une montée en puissance de la monnaie helvétique, qui s’est renchérie de 25 % contre le forint, la monnaie hongroise, depuis janvier.

Katalin, qui avait emprunté à un taux de 1 franc suisse pour 149 forints, se retrouverait normalement à devoir acquitter des remboursements à un taux de 1 pour 260. En quatre ans, son crédit a "pris" 110 000 francs suisses de plus. Un million de ménages hongrois sont dans cette situation, eux qui avaient été fortement encouragés depuis le début des années 90 par les gouvernements de droite et de gauche à devenir propriétaires, pour (déjà) mieux faire front aux serrages de ceintures successifs, au renchérissement du coût de la vie et à la montée du chômage. Les banques du pays, dont les capitaux sont aujourd’hui à 80 % entre des mains étrangères, avaient ouvert largement leurs portes aux candidats à l’accès au crédit. Aujourd’hui, la multiplication (de 5 000 à 6 000 en plus par mois) d’emprunteurs incapables d’assurer leurs remboursements a conduit en septembre dernier le Parlement contrôlé aux 2/3 par le parti conservateur du Premier ministre Viktor Orban à adopter la loi dite "sur la protection des ménages".

Selon ce texte, les emprunteurs en francs suisses auraient la possibilité de rembourser à un taux "préférentiel" et fixe, jusqu’en 2014, de 1 franc suisse pour 180 forints. Les banques devraient elles même trouver les moyens pour "effacer" la différence. Les banques étrangères détentrices des crédits ont hurlé. La filiale hongroise de la Volksbank autrichienne a même décidé de contourner la loi, en obligeant les nouveaux emprunteurs hongrois à s’engager à rembourser eux mêmes la différence entre le prêt au tarif préférentiel et le taux du marché. Viktor Orban n’en a cure. " Les banques étrangères ont des maisons mères pour les renflouer , a-t-il martelé. Moi, je demande des comptes aux banques hongroises !" Katalin Hajos voit dans cette gesticulation " un cadeau empoisonné " pour les emprunteurs les plus pauvres.

La dette des particuliers et des collectivités locales envers les banques suisses est estimée à un cinquième du PIB du pays. Elle plombe une croissance qui ne dépassera pas cette année les 1,8 %, rendant impossible la réduction à moins de 3 % du déficit des finances publiques. OTP, la première banque d’affaires du pays, menace déjà de ne plus pouvoir octroyer de crédits aux entreprises si elle doit faire face à la baisse du taux des remboursements hypothécaires des particuliers. " Orban fait tout et n’importe quoi", analyse Peter, universitaire, professeur d’économie qui participe régulièrement aux manifestations dirigées contre le style de plus en plus autoritaire du gouvernement Fidesz. Comme lui, les opposants à Viktor Orban sont convaincus que des jours très noirs se profilent pour le forint, les banques (déjà dégradées par les agences de notation) et l’économie hongroise. Pire, " les préoccupations vis-à-vis de la Grèce privent l’Union européenne de toute capacité à réagir contre les atteintes à la démocratie dans notre pays ", constate István, décorateur de théâtre. Pour beaucoup de Hongrois qui, comme lui, ont voulu adhérer à l’Union européenne pour écarter à tout jamais le risque d’un retour d’une dictature, c’est aujourd’hui le ricochet le plus triste de la crise de la zone euro.