Dette américaine : rien ne va plus

Un super échec du super comité. Ainsi se résume le fiasco à Washington sur la gestion du déficit public américain. En août dernier, le Congrès avait voté la création d’une commission parlementaire bipartisane de 12 sages chargée de trouver des solutions pour sortir le budget fédéral américain du rouge.

Dette américaine : rien ne va plus
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Correspondante aux Etats-Unis, Stéphanie Fontenoy

Un super échec du super comité. Ainsi se résume le fiasco à Washington sur la gestion du déficit public américain. En août dernier, le Congrès avait voté la création d’une commission parlementaire bipartisane de 12 sages chargée de trouver des solutions pour sortir le budget fédéral américain du rouge. Son échéance avait été fixée au 23 novembre à minuit.

Trois mois de discussions ont été vains. Lundi, deux jours avant la date butoir, les membres du super comité, six Démocrates et six Républicains, ont confirmé l’impasse. "Après des mois de travail acharné et de délibérations intenses, nous sommes arrivés aujourd’hui à la conclusion qu’aucun accord bipartisan ne sera en mesure d’être annoncé avant la date limite du comité", ont annoncé en début de semaine ses deux co-présidents dans un communiqué commun.

Le super comité portait en lui les espoirs de réduire le gouffre de la dette américaine, qui vient de crever un nouveau plafond à 15 000 milliards de dollars, soit 99% du PIB américain. Pour remettre les comptes du pays dans le vert, les 12 élus devaient se mettre d’accord sur un plan de réductions budgétaires de 1 200 milliards de dollars (890 milliards d’euros) sur dix ans, en plus des 1 000 milliards d’économies déjà avalisées par le Congrès l’été dernier, lors d’un accord à minima.

Comme auparavant, les débats ont buté sur la répartition du fardeau : les Démocrates veulent compenser le déficit en taxant davantage les riches tandis que les Républicains proposent des économies importantes dans les services sociaux comme les retraites et les programmes de santé et rejettent toute augmentation d’impôts conséquente. Dans une atmosphère extrêmement polarisée au Congrès, aucun compromis n’a pu être trouvé, chaque parti se renvoyant la responsabilité de l’échec.

Le président Obama a montré du doigt les Républicains, qui, dit-il, "refusent d’entendre les voix de la raison et du compromis". Le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a fustigé les Démocrates qui "refusaient toute proposition qui n’aurait pas élargi la taille du gouvernement et puni les créateurs d’emplois". Barack Obama a cherché à rassurer les marchés financiers et les agences de notation, malgré ce nouveau blocage. En l’absence d’accord du super comité, la loi passée en août dernier lors du relèvement in extremis du plafond de la dette prévoyait toute une série de coupes automatiques concernant le budget de la défense et les programmes sociaux, comme le salaire des fonctionnaires, le programme de santé Medicaid, les dépenses d’infrastructures et d’investissement. Le Président américain a prévenu que la réduction du déficit aurait lieu, "d’une façon ou d’une autre", la seule question étant de savoir si les coupes se feraient "à la hache ou au scalpel".

Or, cette cure annoncée doit entrer en vigueur en janvier 2013, après les élections présidentielles, et est déjà remise en question par les Républicains qui veulent modifier la loi. Autant dire que le problème du déficit américain est loin d’être réglé et que tout peut encore arriver. Chaque parti espère exploiter une victoire aux urnes pour imposer sa volonté. Jamais un Congrès américain n’a autant été décrié : seulement 9% des Américains approuvent actuellement son travail. A titre de comparaison, c’est moins que le niveau de soutien au président Richard Nixon pendant le Watergate ou à British Petroleum lors de la marée noire dans le Golfe du Mexique.