Boire ou étudier ?

Le marché des vins et spiritueux a ses spécificités. Des écoles proposent de s’y former. Un exemple avec l’INSEEC à Bordeaux.

Solange Berger Éclairage
Boire ou étudier ?
©Christophe Bortels

Chaque secteur a sa culture propre, son vocabulaire, son marché, ses acteurs, Celui du vin et des spiritueux n’échappe pas à la règle. " On constate une volonté des entreprises d’avoir des acteurs spécialisés ", note Laurent Bergeruc, directeur MBA & Masters de l’Ecole de commerce française INSEEC. C’est pourquoi cette école basée à Bordeaux, et plus particulièrement son Bordeaux International Wine Institute (Biwi), propose des programmes destinés à former les futurs managers dans le domaine des vins et spiritueux. Trois types de formations sont possibles : un bachelor en un an - pour lequel il faut disposer d’une formation bac +2 validé -, un master en deux ans (bac +4) et un MBA (d’un an (bac +5). Quelque 200 étudiants, venant de plus de 20 pays différents, suivent cette filière.

Au programme : du marketing, de la technique de vente, du management, de la finance, du contrôle budgétaire, Les cours sont propres à cette filière. Même en finance. " Un banquier n’est pas confronté aux mêmes problèmes qu’un responsable de château. Il n’y a pas de cours généralistes" , note Laurent Bergeruc.

A côté de ces cours plus orientés "Economie", le Biwi donne à ses étudiants des compétences en œnologie, viticulture, culture du vin, connaissances historiques, " Le vin c’est aussi une culture. Il faut la transmettre. Boire du vin, ce n’est pas que boire du vin."

Tous les étudiants qui suivent la filière doivent déjà avoir une formation antérieure. En œnologie, par exemple. " Et ce sont des passionnés qui suivent cette filière car ils la connaissent déjà par des stages ou des formations et savent qu’ils veulent y travailler."

Les cours sont donnés par des professionnels, comme des négociants, des directeurs achats, des œnologues reconnus, des journalistes spécialisés, des responsables exportations,...

Dès la rentrée 2012, les étudiants qui suivent le MBA et se spécialisent en spiritueux auront la possibilité de suivre une partie de la formation à Londres, sur le campus de l’INSEEC à Marylebone, quartier du centre de la capitale britannique. " Le Royaume-Uni possède une véritable tradition et une expertise unique dans ce domaine, comme premier exportateur de gin et de whisky dans le monde, et les principaux producteurs y sont implantés" , note Laurent Bergeruc. La formation à Londres prévoit des cours sur la stratégie de marque, les fusions et acquisitions dans le secteur, le développement des marchés internationaux, le comportement des consommateurs ainsi que sur les relations publiques et avec les médias.

Près de 50 % des étudiants qui sortent de l’école partent ensuite à l’étranger. " En Chine notamment, gros pourvoyeur d’emplois. Ce pays est devenu un marché très important pour le vin français. La consommation de vin en Chine a progressé de 37 % entre 2010 et 2011. Les Chinois sont les premiers importateurs de grands crus classés." Autre destination : les Etats-Unis. " Pour la french touch ."

" On assiste à un véritable changement culturel , constate Laurent Bergeruc. Les entreprises doivent démarcher le client dorénavant. Avant, le Bordeaux avait une réputation telle qu’elle suffisait à faire venir les gens. Aujourd’hui, il faut se battre au niveau mondial. Même si on a un bon produit, il faut être capable de le vendre sinon on reste avec son produit. La concurrence est vraiment très forte, ce qui explique le développement de programmes comme le nôtre."

Le programme de l’INSEEC n’est pas unique. " Il existe 17 masters spécialisés dans les vins en France, dont quatre à Bordeaux. On en trouve aussi dans des villes comme Paris, Lyon, Cognac, Montpellier ou Angers. Les premiers programmes ont dû voir le jour au début des années 2000 , estime Laurent Bergeruc. Mais Bordeaux reste tout de même un lieu privilégié pour étudier le vin. C’est vraiment la capitale mondiale du vin, avec plus de 120 000 hectares de vignes, 12 000 producteurs et 400 maisons de négoce. Plus de 50 000 personnes travaillent dans ce secteur dans le Bordelais."

Des programmes semblables existent également à l’étranger. Aux Etats-Unis, au Canada et en Australie notamment. " Le programme Davies en Californie existe depuis plus de vingt ans , note Laurent Bergeruc. Les Américains commercialisent tout. En France, on commence à s’y mettre Les Américains sont très forts sur la commercialisation, la vente, Mais par contre, en termes d’expertise, nous sommes à un niveau au-dessus."

L’INSEEC propose également un MBA en Luxury Brand Management Food and Wine. Au programme : le luxe, la gastronomie et le vin. " On aborde les trois thèmes en même temps." Avec des possibilités de suivre des cours à Bordeaux, Paris ou Monaco. Un programme qui attire également des étudiants venus des quatre coins du monde.