Sarkozy pousse, Merkel freine

Rien de neuf sous le soleil. Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel sont toujours convaincus de l’opportunité d’instaurer une taxe sur les transactions financières (TTF), mais divergent toujours sur les modalités de la mise en place d’une telle mesure.

Sarkozy pousse, Merkel freine
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Rien de neuf sous le soleil. Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel sont toujours convaincus de l’opportunité d’instaurer une taxe sur les transactions financières (TTF), mais divergent toujours sur les modalités de la mise en place d’une telle mesure. La réunion de ce lundi à Berlin n’a pas contribué à rapprocher les positions de l’Allemagne et de la France sur ce sujet.

Le principe de cette TTF ne fait pas l’unanimité au niveau européen, comme on a pu le constater en novembre, lorsque les ministres des Finances de l’Union se sont penchés sur la proposition de la Commission européenne de mettre le secteur financier à contribution. Le Royaume-Uni, soucieux de protéger les intérêts de la place financière de la City de Londres, a dit et redit son opposition. "A moins que le reste du monde décide en même temps d’une telle taxe", a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron, qui ne prend pas de risque, vu le peu d’enthousiasme des autres acteurs mondiaux pour la TTF. La Suède, qui a tenté l’expérience dans les années 80 et l’a abandonnée en 1990, est dans la roue de Londres. Or, tout accord sur les matières fiscales requiert l’unanimité des Vingt-sept.

Qu’à cela ne tienne, pour Nicolas Sarkozy qui a fait savoir que la France était prête à adopter le projet de la Commission - un taux de taxation de 0,1 % pour toutes les transactions financières et un autre de 0,01 % pour les contrats dérivés - seule, s’il le faut. "Ma conviction, c’est que si nous ne montrons pas l’exemple, ça ne se fera pas" , a confirmé le président français, lors la conférence de presse commune avec Mme Merkel. Ce mouvement français - guidé, au moins en partie, par des considérations électoralistes, alors que le locataire de l’Elysée briguera sa réélection au printemps 2012 - est peu apprécié par Berlin.

Mme Merkel a certes qualifié de "bonne initiative pour passer de la parole à l’acte" , cette velléité française de cavalier seul, mais ne dévie pas de sa ligne pour autant : il faut un accord au niveau européen. La chancelière espère "avoir une déclaration d’intention des ministres des Finances d’ici début mars ". Sans se faire trop d’illusions, cependant, sur la possibilité d’embarquer Londres à bord.

Aussi a-t-elle glissé qu’elle pouvait "personnellement [ ] imaginer une telle taxe au niveau de la zone euro" . Son opinion, toutefois, n’est pas partagée par tous, au sein du gouvernement de coalition qu’elle dirige. La CSU bavaroise, alliée traditionnelle de la CDU de Mme Merkel, et les libéraux du FDP craignent en effet que la place financière de Francfort ne pâtisse d’une taxe dont serait exemptée la City de Londres. Il n’est pas non plus garanti que parmi les Dix-sept, tous soient enclins à instaurer une TTF au niveau de la seule zone euro - l’Irlande, notamment, est très réticente à s’engager, si les Britanniques ne bougent pas. Bref, hormis pour Paris, la TTF n’apparaît pas comme une criante priorité.

C’est que par ailleurs, les dossiers en souffrance ne manquent pas. "La priorité aujourd’hui, c’est la croissance, c’est l’emploi et c’est la compétitivité" , a martelé M. Sarkozy. Et le renforcement de la discipline budgétaire que doit garantir le traité intergouvernemental auquel vingt-six Etats membres se sont dits prêts à souscrire et que Merkozy voudrait voir signé "pour le 1er mars" , Nicolas Sarkozy dixit. Paris et Berlin veulent par ailleurs améliorer l’efficacité du Fonds européen de stabilité financière et plaident pour que la Banque centrale européenne contribue à cette amélioration en apportant son "savoir-faire" , selon Mme Merkel.

Enfin, la Grèce, au bord de la cessation de paiement, fait toujours l’objet de toutes les attentions. C’est sans nul doute un des sujets qu’abordera la chancelière avec la directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, ce mardi à Berlin.

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