La France a perdu son "AAA"

Coup de tonnerre dans le ciel de l’Hexagone : Standard & Poor’s a annoncé vendredi soir, la dégradation de la note de la France qui perd ainsi son précieux "triple A" et ce, à quelques mois seulement de l’élection présidentielle. Le rating de la France est ainsi ramené de AAA à AA+, perdant ainsi un cran.

Yves Cavalier
La France a perdu son "AAA"
©AP

Coup de tonnerre dans le ciel de l’Hexagone : Standard & Poor’s a annoncé vendredi soir, la dégradation de la note de la France qui perd ainsi son précieux "triple A" et ce, à quelques mois seulement de l’élection présidentielle. Le rating de la France est ainsi ramené de AAA à AA+, perdant ainsi un cran.

Il s’agit bien d’un coup de tonnerre même si l’hypothèse d’une dégradation de la France était évoquée avec de plus en plus d’insistance dans les marchés. Pour certains analystes, cette décision était déjà " dans les cours ". Etienne de Callataÿ, l’économiste en chef de la Banque Degroof, estime quant à lui qu’indépendamment du calendrier choisi par S&P, " il y a une certaine logique dans cette décision. Les fondamentaux de la France sont moins bons que ceux de l’Allemagne tant sur le plan budgétaire que sur le plan de la balance commerciale. Il est donc logique que ces deux Etats ne bénéficient plus du même rating et qu’on acte une différence de qualité entre les deux emprunteurs ".

Toutefois, l’économiste insiste aussitôt : " Mais qu’on ne s’y trompe : même si une dégradation n’est pas une bonne nouvelle, on n’annonce pas pour autant une faillite de la France."

Et il est vrai que finalement, on a peut-être échappé au pire. La rumeur a commencé à circuler en mileu d’après-midi en Europe. Il se disait alors que l’agence de notation Standard & Poor’s serait sur le point d’annoncer la dégradation de la note de plusieurs Etats de la zone euro. L’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg seraient épargnés mais par contre la France, notamment, n’échapperait pas à un ajustement à la baisse de son rating.

Ces rumeurs dont certaines agences de presse attribuaient la paternité à " un haut fonctionnaire européen " ont fait l’objet d’un simple " no comment " de la part de Standard & Poor’s que nous avions contacté vers 16 heures. Par contre, elles ont été prises très au sérieux par les marchés qui ont brutalement viré au rouge.

Les bourses européennes ont commencé à battre en retraite et sur les marchés des changes, l’euro qui s’était rétabli à plus d’1,28 dollar la veille, est brutalement retombé dans la zone d’1,26 dollar.

Si les indices boursiers ont finalement pu se rétablir très prudemment, la monnaie européenne, elle, est bien restée sous pression tandis que les marchés américains prenaient le relais de l’Europe en fin de journée.

C’est qu’indépendamment de l’impact que peut avoir la dégradation de la France pour le pays lui-même, il faut également craindre des dégâts collatéraux : " Un problème peut se poser pour la zone euro, explique encore Etienne de Callataÿ . En perdant son triple A, la France sort du club des premiers de classe de la zone euro. Ce qui veut dire que c’est un peu le rating du Fonds européen de stabilité financière qui est affecté. Or, si ce fonds ne dispose plus des meilleures garanties, il risque de devoir emprunter plus cher sur les marchés ."

Ce qui risque de créer de nouvelles tensions en Europe, alors qu’on sait que chacun n’est pas sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la mise en œuvre et le financement du mécanisme de stabilité.

Pourtant, on peut aussi voir dans cette décision de Standard & Poor’s, quelque chose de positif : finalement, c’est plutôt une bonne nouvelle pour les pays qui ne sont pas dégradés. Une sorte de bénéfice par défaut : " Comme dans une course cycliste, lorsqu’il y a une défaillance d’un coureur qui fait la course en tête, forcément tous ceux qui sont derrière gagnent une place. Sans forcément être meilleurs pour autant ", analyse encore l’économiste de la Banque Degroof.

En ce qui concerne la Belgique donc, même si on ne peut pas parler d’une bonne affaire pour le gouvernement Di Rupo, on peut considérer que l’agence de notation a plutôt écouté Melchior Wathelet qui demandait plus de sévérité envers la France, que Paul Magnette qui plaidait pour moins de rigueur européenne

Reste à voir maintenant si les ajustements en cascade qui vont logiquement suivre la dégradation de la note française vont affecter la capacité d’emprunter des institutions publiques et parapubliques françaises. Avec un impact immédiat sur la charge de l’Etat. Pour les analystes, une mise en difficulté du président Sarkozy à quelques semaines d’un scrutin capital augmente la probabilité de faire basculer le pays à gauche. Ce qui risque de déplaire aux marchés. La réponse dès lundi prochain.

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