Les marchés restent de marbre face aux agences

Les marchés sont restés de marbre lundi après la dégradation de neuf pays européens par l'agence de notation Standard and Poors, dont la France qui a perdu son triple A, une décision anticipée mais qui vient rappeler que la crise dans la zone euro est encore loin d'être réglée.

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Les marchés restent de marbre face aux agences
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Les marchés sont restés de marbre lundi après la dégradation de neuf pays européens par l'agence de notation Standard and Poors, dont la France qui a perdu son triple A, une décision anticipée mais qui vient rappeler que la crise dans la zone euro est encore loin d'être réglée.

L'agence Moody's a d'ailleurs conforté quelque peu les marchés lundi matin en laissant de son côté pour le moment la note triple A de la France, la meilleure note possible, dans un rapport attendu depuis mi-octobre.

Moody's prolonge son examen de la perspective, actuellement "stable" de cette notation, renvoyant sa décision sur ce point dans le courant du premier trimestre 2012. Cela signifie qu'elle n'envisage toujours pas d'abaisser la note de la France, du moins dans l'immédiat, même si elle juge son triple A "sous pression".

Signe des tensions persistantes en zone euro, les banques ont déposé 493,27 milliards d'euros auprès de la Banque centrale européenne (BCE) ce week-end, un nouveau record absolu. C'est pour certains analystes le signe de la réticence des banques à se prêter de l'argent entre elles ou à financer l'économie réelle (prêts aux entreprises et aux ménages notamment), ou encore à acheter des obligations d'Etats de la zone euro.

Un haut responsable du Fonds monétaire international (FMI) a quant à lui jugé lundi indispensable une action audacieuse pour éviter que l'Europe ne s'enfonce dans une "spirale négative", qui pourrait conduire l'économie mondiale à la catastrophe.

C'est dans ce contexte que le président français Nicolas Sarkozy est attendu lundi à Madrid où il sera reçu par Mariano Rajoy, le chef du nouveau gouvernement conservateur, dont le pays a aussi vu sa note abaissée.

Cette réunion est la première rencontre entre responsables européens depuis les sanctions de SP. Les deux dirigeants devraient notamment échanger sur la gouvernance européenne et la modification des traités.

Le mini-sommet prévu vendredi à Rome sur la crise de la dette entre le chef du gouvernement italien Mario Monti, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy devrait être de son côté reporté. "Il est probable que le sommet soit repoussé", le président français ayant un "engagement de politique intérieure imprévu", a indiqué à l'AFP une source gouvernementale italienne tandis que l'Elysée confirmait, sans autres détails, que cette rencontre pourrait être "décalée" pour des "raisons d'agenda".

La tension dans la zone euro reste d'autant plus sensible que le dossier grec est revenu sur le devant de la scène, avec un risque accru de défaut de paiement incontrôlé.

Pour l'heure suspendues, les négociations avec les banques sur l'effacement de la moitié de la dette grecque qu'elles détiennent, doivent reprendre mercredi. La veille, la troïka Commission européenne-BCE-FMI est attendue à Athènes pour évaluer les efforts du gouvernement pour assainir le pays.

Les places boursières ne tremblaient cependant pas lundi matin et s'incrivaient même en hausse pour certaines. Vers 12H35 (11H35 GMT), la Bourse de Paris perdait 0,04% et Madrid 0,22% tandis que Francfort prenait 0,46% et Milan 0,02% et Londres était à l'équilibre.

Cette relative sérénité des investisseurs s'expliquait également par la fermeture des marchés américains lundi en raison d'un jour férié. "L'annonce de vendredi a probablement été anticipée par les investisseurs. Cependant, il est évident qu'elle ne rend pas plus simple le règlement de la crise", indiquent les économistes du bancassureur néerlandais ING.

La France et l'Autriche ont perdu un cran et se trouvent privées de leur triple A, tandis que l'Italie et l'Espagne ont vu leur note abaissée de deux crans. L'Allemagne en revanche a été épargnée et conserve son AAA.

L'euro de son côté était stable lundi à la mi-journée. Vers 12H30 (11H30 GMT), l'euro valait 1,2672 dollar contre 1,2677 dollar vendredi vers 22H00 GMT. Comme les places boursières, le marché de la dette des Etats en Europe était quasiment stable lundi matin, témoignant du calme des investisseurs. Les taux d'emprunt des principaux pays de la zone euro évoluaient dans de très faibles marges, sauf l'Italie où la tension était plus sensible.

Les prochaines émissions de dette en zone euro seront scrutées, à commencer par un emprunt de court terme de la France dans l'après-midi.

La décision de S&P fait figure de piqûre de rappel pour la zone euro, alors que les premières émissions de dette de l'année, ainsi que les prêts exceptionnels aux banques de la BCE avaient rassuré et redonné un peu d'espoir.

La conséquence la plus immédiate concerne le Fonds européen de stabilité financière (FESF), principal outil pour venir en aide aux pays en difficulté et qui emprunte à bon compte grâce à son triple A.

Cette note ne tient plus qu'à un fil après la dégradation de la France, un des plus gros contributeurs du FESF, alors que plusieurs pays s'interrogent désormais sur son renflouement, d'autant plus que l'Allemagne refuse de remettre au pot.


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