Perte du triple A: un boulet à traîner jusqu’à l’élection présidentielle ?

Selon les échos, la dégradation de la note de la France, vendredi, à 100 jours du premier tour de la présidentielle, a mis en colère Nicolas Sarkozy.

Bernard Delattre
Perte du triple A: un boulet à traîner jusqu’à l’élection présidentielle ?
©AFP Internet

Correspondant permanent à Paris

Selon les échos, la dégradation de la note de la France, vendredi, à 100 jours du premier tour de la présidentielle, a mis en colère Nicolas Sarkozy.

Dimanche, cependant, le chef de l’Etat n’a rien laissé paraître de cette fureur alléguée. Il n’a fait qu’allusion à ce AAA perdu : quand, sur un ton assez gaullien, il a loué la "vérité" et le "courage" dans l’"épreuve".

A Paris, depuis vendredi, politologues et commentateurs conviennent que c’est un coup dur pour le Président. Un de plus, pour lui qui pâtit déjà d’une impopularité record et de sondages d’intentions de vote alarmants. Pour autant, cela le condamne-t-il à l’échec, au printemps ? Si des analystes le jugent "envisageable", aucun n’y met sa main au feu.

Est certainement écornée l’image du chef de l’Etat, capitaine à la barre du pays dans la tempête. C’est "la fin du mythe du Président protecteur !", a exulté Marine Le Pen.

Les Français risquent de ressentir, et donc de peu apprécier, l’impact que pourrait avoir cette sanction sur leur vie quotidienne (hausse des taux d’intérêt, perpétuation d’un chômage élevé dû au renchérissement du crédit, etc.)

Et un éventuel troisième plan de rigueur, si proche du scrutin, pourrait être électoralement périlleux.

Mais le PS ne sera pas forcément servi par l’événement. Le centriste François Bayrou s’est chargé de le rappeler aux Français, s’ils l’avaient oublié : dans le passé, le parti à la rose a contribué lui aussi au surendettement du pays. Et son candidat à l’Elysée, François Hollande, pourra moins que jamais, désormais, promettre de raser gratis, s’il est élu en mai.

Une éventuelle acrimonie de l’opinion envers l’emprise de la finance et/ou la gouvernance de la zone euro servirait les candidats FN, souverainistes ou populistes. Mais, si les sondages montrent plutôt que l’opinion est affolée, elle pourrait juger que l’heure est désormais trop grave pour des votes présidentiels aventureux.

Enfin, l’électorat de droite pourrait être séduit, et donc remobilisé derrière Nicolas Sarkozy, si lui et l’UMP, comme ils en ont donné l’impression ce week-end, décident de s’afficher réformistes jusqu’au bout : "pour le bien du pays", et quel que soit le risque électoral de ce volontarisme.

Pas sûr, dès lors, que ce AAA perdu, s’il fragilise incontestablement la droite, la condamne irrémédiablement, au printemps.


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