Faire la grève: tout n'est pas permis

Les décisions prises par le gouvernement sont loin de recueillir l’aval des travailleurs. Pour montrer leur mécontentement, de nombreux secteurs ont appelé à la grève générale.

Solange Berger
Faire la grève: tout n'est pas permis
©BELGA

Enquête

Les décisions prises par le gouvernement sont loin de recueillir l’aval des travailleurs. Pour montrer leur mécontentement, de nombreux secteurs ont appelé à la grève générale. "C’est incontestable : les travailleurs ont le droit de faire la grève", précise d’emblée Kris de Schutter, avocat chez Loyens & Loeff. "Que ce soit pour une grève générale annoncée depuis un certain temps - avec ou sans préavis - ou pour une grève plus spontanée. Lorsque des travailleurs partent en grève spontanément, suite à un licenciement collectif ou à un accident arrivé à l’un d’entre eux, ils sont dans leur droit. Ce sont les émotions qui parlent et génèrent le mouvement. Il est important d’exprimer ses émotions."

Mais cela ne veut pas dire que toute action est permise. Quelques exemples : si, dans une entreprise de 150 travailleurs, seuls dix veulent faire la grève et décident de bloquer l’entrée des bureaux aux 140 collaborateurs qui veulent travailler, l’employeur est en droit d’aller au tribunal pour demander l’arrêt de cette action. "Les travailleurs ont le droit de faire la grève, mais ceux qui veulent travailler ont aussi le droit d’aller travailler", note l’avocat qui donne un autre exemple. Si le management d’une entreprise est sur le site de l’entreprise et que ce dernier est bloqué, des actions peuvent être entreprises pour le libérer. "On peut aussi avoir le cas de camions qui bloquent l’accès à un site industriel, que ce soient ceux de l’entreprise même ou d’autres, il y a toujours la possibilité pour un employeur d’aller en justice et de se faire aider de la police pour libérer le site."

Mais qu’en est-il de leur salaire ? "Il est clair que les grévistes ne travaillent pas le ou les jours de grève. Ils n’ont donc pas droit à un salaire. Par contre, en général, les syndicats ont des caisses qui permettent de donner des contributions aux grévistes membres chez eux", explique Kris De Schutter. "Les travailleurs qui sont sur le site et qui ne peuvent pas accéder à leur poste de travail n’ont pas non plus droit à un salaire. Mais ils peuvent demander un jour de chômage. Par contre, s’ils sont dans l’impossibilité de venir travailler, parce qu’ils ne savaient pas qu’il y avait grève; alors, ils ont droit à leur salaire. Dans le cas de ce lundi, il sera difficile à des travailleurs de dire qu’ils n’étaient pas au courant qu’il y avait grève ! A eux de prendre les mesures nécessaires pour rejoindre leur lieu de travail." Ils doivent, par exemple, partir plus tôt, faire du covoiturage, travailler de chez eux, prendre un jour de congé, "Ce n’est pas à l’employeur d’organiser du covoiturage, par exemple, même si dans la pratique, certains le font."

Les entreprises peuvent cependant se préparer à la grève. "On peut imaginer le cas d’une entreprise qui donne un bonus - 50 euros, par exemple - à ses employés qui viennent travailler pour les dissuader de partir en grève", déclare Kris De Schutter. Une mesure qui a fait polémique cette semaine (cas de la société limbourgeoise Veldeman Bedding). "L’employeur peut aussi contacter les syndicats et leur demander de s’organiser pour qu’il n’y ait pas 50 % du personnel en grève, mais seulement 30 %, par exemple. Le dialogue est toujours important."

Et puis, dans certains secteurs, un service minimum est obligatoire. C’est le cas des hôpitaux, par exemple. "On ne peut pas laisser les patients. C’est illégal", explique Christine Thiran, directeur des ressources humaines des Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles (voir ci-dessous). "La règle diffère, entre autres, si la grève dure plus ou moins de 24 h. Et pour une grève de moins de 24 heures, il faut encore distinguer les lundis et lendemains de jours fériés des autres jours de la semaine. Le week-end, nous avons déjà une activité réduite. Si nous sommes en grève le lundi, cela signifie qu’il y a trois jours d’activité réduite, ce qui est inacceptable pour les patients." Dans les autres cas, un service minimum doit être assuré. "Mais que signifie le service minimum ? C’est difficile à dire. Certains patients sont en soins intensifs, d’autres en dialyse, d’autres encore attendent une opération depuis six mois " Le comité de grève se réunit, notamment, pour désigner les travailleurs qui doivent absolument venir. "Et s’il y a un piquet de grève, il faut les laisser passer", précise Christine Thiran.

Si une grève est décidée un lundi ou le lendemain de jour férié, c’est plus qu’un service minimum qui doit être prévu. Les traitements et diagnostics doivent être assurés. Les opérations et consultations doivent avoir lieu. "C’est contraignant, mais rassurant pour les patients."

Les règles particulières concernent également, entre autres, les centrales énergétiques, la sécurité aérienne, les pompiers, "Dans des situations qui peuvent être dangereuses", note Kris De Schutter , "il faut qu’il y ait toujours un minimum de travailleurs présents".


Ce lundi, dès 5h, suivez l'info-trafic en direct sur lalibre.be