Faut-il instaurer un contrôle des prix ?

Les consommateurs ont le sentiment que les prix augmentent rapidement et parfois fortement, sans commune proportion avec leur pouvoir d'achat. Comment lutter efficacement contre cet état de fait ? Une opinion de Philippe DEFEYT, Économiste

Faut-il instaurer un contrôle des prix ?
©Bernard Demoulin
Entretien : Jean-Paul Duchâteau

On note plusieurs augmentations de prix en ce 1er février. Etes-vous, de manière générale, favorable à l’instauration d’un contrôle des prix ?

Je suis pour une stratégie de maîtrise et de contrôle des prix. Il y a à mon sens cinq moyens d’intervenir sur les prix et donc l’inflation. Il y a d’abord la concurrence, et trois domaines essentiels où elle fait défaut : les médicaments, l’énergie et les télécommunications. Deuxième chose qu’on oublie souvent, on peut jouer sur les tarifs. Exemple : modifier la manière dont est calculé le prix de l’électricité pour les petits consommateurs ou les grands.

On pourrait aussi imaginer que dans le domaine télécom, il y ait - comme dans certains pays - des communications gratuites obligatoires pour les moins aisés. Trois, on peut intervenir sur ce qui concerne l’obsolescence des appareils, surtout quand elle est programmée, et la réparation. Il y a bien sûr le contrôle classique des prix tel qu’on l’a connu dans les années septante et qui existe encore aujourd’hui pour un nombre très limité de produits (le prix des maisons de repos, notamment). Enfin, tout ce qui touche les informations et les notices. C’est une autre manière de contrôler les prix. Je suis donc pour une stratégie globale dans laquelle il peut y avoir des éléments de contrôle des prix.

Les opposants à ce contrôle disent que cela ne fonctionne pas, et qu’on l’a abandonné presque partout. Votre réponse ?

Ils disent qu’il faut tenir compte des réalités économiques (augmentation des prix, des salaires, matières premières, etc.), qu’il y a des moyens d’échapper à ce contrôle, et c’est vrai que dans la complexité du système des prix, il n’est pas évident de les contrôler de l’extérieur. Néanmoins, je pense qu’il y a des domaines où on peut le faire, et notamment quand il y a des augmentations importantes qui ne sont pas justifiables. Une des modalités d’un contrôle plus classique serait par exemple de dire que, dès que l’augmentation dépasse 3 à 5 %, il y aurait automatiquement une instruction ouverte de la part du service concerné du SPF Economie. Rien que de savoir qu’il existe une telle instruction pourrait éventuellement calmer le jeu.

On dit aussi que l’indexation automatique des salaires contribue à l’augmentation de l’inflation…

On maintiendra d’autant plus facilement l’index que l’on s’inscrit dans une stratégie en matière de prix. Je reste un chaud partisan d’un système d’indexation parce qu’il fait partie de notre consensus social et qu’il contribue donc à la cohésion de notre société et au renforcement de la paix sociale. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de coût mais il faut mettre ces éventuelles conséquences en regard de ce que cela apporte en matière de consensus social.

Quant à un – voire plusieurs – sauts d’index ?

J’aurais tendance à dire qu’il n’y a pas de réponse absolue à la question de savoir si cela est bien ou pas. Mais s’il faut encore prendre des mesures, quelles sont les plus équitables en termes sociaux et de répartition et, d’autre part, quelles sont celles qui vont maintenir l’emploi dans les années qui viennent ? Sans dire que je suis partisan d’un saut d’index, je peux dire que je préfère des mesures qui maintiennent l’emploi, notamment dans le service public, quitte à ce qu’on fasse des efforts sur d’autres plans.