Le Mont-de-Piété, à l’image de la crise

Suranné, le Mont-de-Piété ? C’est tout le contraire. L’accentuation de la précarité du fait de la crise économique confère à l’institution un rôle social de premier plan. Sise en plein cœur des Marolles, rue St-Ghislain à Bruxelles, "Ma tante" affiche de surcroît une bonne "santé". Pour rappel, la maison - comme toutes celles qui ont poursuivi le même objectif dans le monde - doit ce joli sobriquet au prince de Joinville (1818-1900), fils du roi Louis-Philippe, qui déposa un jour sa montre au Mont-de-Piété parisien pour honorer une dette de jeu et qui préféra dire à sa mère qu’il l’avait oublié par mégarde... chez la sœur de celle-ci.

P.Lo

Suranné, le Mont-de-Piété ? C’est tout le contraire. L’accentuation de la précarité du fait de la crise économique confère à l’institution un rôle social de premier plan. Sise en plein cœur des Marolles, rue St-Ghislain à Bruxelles, "Ma tante" affiche de surcroît une bonne "santé". Pour rappel, la maison - comme toutes celles qui ont poursuivi le même objectif dans le monde - doit ce joli sobriquet au prince de Joinville (1818-1900), fils du roi Louis-Philippe, qui déposa un jour sa montre au Mont-de-Piété parisien pour honorer une dette de jeu et qui préféra dire à sa mère qu’il l’avait oublié par mégarde... chez la sœur de celle-ci.

Alors que l’activité du Mont-de-Piété bruxellois marquait curieusement le pas depuis 2008, le nombre de prêts sur gages est en progression constante depuis le début de cette année. Le stock d’objets, de l’ordre de 60 000 en rythme de croisière, a crû de mille unités en quelques mois alors que les utilisateurs fidèles sont au nombre de 15 000. "L’institution conserve toute sa pertinence. Elle revendique avec force son statut d’institution de crédit accessible à tous, aux plus démunis mais pas uniquement", déclare Etienne Lambert, directeur général.

Le mécanisme est simple. Les personnes dans le besoin apportent leurs objets précieux (bijoux de famille, montres, etc.) qui sont expertisés après qu’on se soit assuré qu’ils n’étaient pas contrefaits (une tendance hélas en hausse). Une fois le prix fixé en fonction du niveau de prix susceptible d’être atteint en salle de ventes, le prêteur perçoit en cash 70 % de la valeur de l’objet sur lequel il verse un intérêt semestriel. Depuis le 1er mars dernier, les frais de constitution des prêts qui couvrent les frais d’expertise, d’entreposage des gages et de réalisation du contrat de prêt ont été ramenés à 2 % contre 3,5 % précédemment. Un "geste" qui ne trompe pas.

La moyenne des crédits octroyés est de 310 euros par ménage ou individu isolé. Mais il n’est pas rare que l’institution prête moins, 30 euros au minimum. "Le plus souvent, la personne met en gage pour boucler une fin de mois difficile et dégage au début du mois suivant. Elle bénéficie en quelque sorte d’un crédit de soudure. Très souvent aussi, le prêt doit être reconduit car la situation de l’intéressé ne s’arrange pas", explique Etienne Lambert qui se souvient de ce diamant de quinze carats mis en gage il y a quelques années pour 75 000 euros ! A l’autre extrémité...

Depuis à peine une dizaine d’années, la procédure est informatisée et "robotisée". Les objets sont placés dans des boîtes frappées d’un code barre et acheminées mécaniquement dans les sous-sols. Il n’est pas si loin le temps où les magasiniers accomplissaient eux-mêmes le travail. Le processus a été en outre "sécurisé à l’extrême", dit Etienne Lambert qui garde en mémoire deux attaques à main armée mémorables dans les années nonante qui ont fait office de détonateur. "La Ville de Bruxelles a investi dans des travaux de rénovation importants. Notre maison est désormais blindée. C’est la Ville qui a ainsi assuré la pérennité de l’institution alors que les 29 autres que comptait la Belgique ont aujourd’hui disparu. Nous n’avons en effet pas d’autres subsides."

Une dizaine de fois par an, des ventes publiques sont organisées. Dès lors que les intérêts ne peuvent plus être versés, les objets sont proposés aux enchérisseurs comme dans les salles de ventes classiques après que la personne concernée en a été avisée. Le produit de la vente lui revient. Lorsque l’objet flambe au-delà de l’estimation, le surplus bénéficie au Mont-de-Piété.

Pour souvegarder sa viabilité financière, le Mont-de-Piété a ouvert récemment un bureau d’estimation, accessible à tous. Les objets de valeur quels qu’ils soient (tableaux, bijoux, etc.) peuvent faire l’objet d’une expertise orale et, dans un proche avenir, écrite. Quant aux grands lieux de stockage disponibles, il est désormais possible d’y entreposer des objets de valeur en lieu et place, par exemple, des traditionnels coffre-forts proposés ici et là en location. Ces services sont bien entendu payants et permettent au Mont-de-Piété qui emploie vingt-sept personnes d’équilibrer ses comptes.

"Nous sommes une institution à mi-chemin entre le commercial et le social. Nous avons une mission de service public et nous substituons à notre manière aux banques qui refusent de prêter aux personnes dans le besoin. Nous cherchons l’équilibre et pas le profit", déclare Etienne Lambert qui estime que le Mont-de-Piété n’exerce aucune concurrence déloyale vis-à-vis des salles de ventes. Et qui épingle l’"enthousiasme" de ses collaborateurs, acquis pleinement à la cause.

Pour marquer sa détermination à aller de l’avant, le Mont-de-Piété, fondé il y a près de quatre siècles, a dévoilé jeudi un nouveau logo épuré. On y reconnaît le griffon d’or, cet animal hybride de la mythologie grecque qui gardait les trésors d’Apollon. Un bien bel emblème...