L’Europe en crise veut parler de relance

En quelques semaines, pas mal de tabous ont volé en éclat. La rigueur, l’austérité, l’orthodoxie budgétaire ne sont plus la seule "règle d’or". Désormais, on parle relance, on se souvient que l’austérité sans perspective de croissance n’a pas beaucoup de sens. Au contraire, la rigueur extrême est destructrice de progrès et donc d’espoir. La Grèce est là chaque jour pour en témoigner. C’est au point que désormais, l’idée même de faire sortir la Grèce de la zone euro n’est plus incongrue. Le tabou a sauté même s’il y a des milliers de bonnes raisons pour éviter qu’on en arrive à un tel scénario.

Yves Cavalier

Éclairage En quelques semaines, pas mal de tabous ont volé en éclat. La rigueur, l’austérité, l’orthodoxie budgétaire ne sont plus la seule "règle d’or". Désormais, on parle relance, on se souvient que l’austérité sans perspective de croissance n’a pas beaucoup de sens. Au contraire, la rigueur extrême est destructrice de progrès et donc d’espoir. La Grèce est là chaque jour pour en témoigner. C’est au point que désormais, l’idée même de faire sortir la Grèce de la zone euro n’est plus incongrue. Le tabou a sauté même s’il y a des milliers de bonnes raisons pour éviter qu’on en arrive à un tel scénario.

Dans les jours qui viennent, nous nous efforcerons de comprendre pourquoi ce rêve européen d’union et de solidarité est en train de se fissurer pour une banale question d’argent Pourtant l’Europe avait pris ses précautions. Depuis le Traité de Maastricht, on savait qu’il était indispensable de prévoir aussi un programme de stabilité pour éviter les distorsions économiques entre membres de la zone euro. On était tellement certain d’être dans le bon que nulle part on n’a prévu qu’un Etat puisse quitter la zone euro même en cas de crise grave. De deux choses l’une : soit on a négligé le risque d’une crise fatale, soit on a délibérément voulu éviter que l’euro ne vole en éclats, même en cas de crise dramatique.

Cette dernière hypothèse aurait pu se justifier à condition que l’Europe ait parfaitement intégré le principe de solidarité : tous unis par une monnaie commune, pour le meilleur et pour le pire.

Les axes de croissance ont également déjà été identifiés et définis dans le cadre de ce qu’on appelle la Stratégie de Lisbonne (et non le Traité institutionnel de Lisbonne) : l’innovation comme moteur de changement, l’économie de la connaissance Telles étaient les lignes directrices d’un projet commun qui aurait dû atteindre son apothéose en 2010. Mais on sait qu’entre-temps, Lehman Brothers est passé par là, comme pour préparer le terrain à la crise financière puis à celle de la dette souveraine qui se cristallise autour de la Grèce.

Le débat sur la croissance de la "Vieille Europe" ne date donc pas d’aujourd’hui. L’Europe a toujours œuvré pour cette politique au niveau de l’Union mais sans doute moins au niveau de chaque Etat. Il est vrai que crise mondiale aidant, la tentation était grande de la jouer "individuelle", chacun se repliant sur ses propres atouts. Une attitude qui a eu pour effet de creuser plus encore les écarts entre le nord et le sud de l’Europe, avec les facteurs de distorsion qui ont mené à la crise de confiance.

C’est tout cela qui sera à l’ordre du jour de ce pré-sommet, un dîner informel de mercredi. Les convives devraient y baliser le sommet des 28 et 29 juin prochain à Bruxelles en énumérant les différentes pistes qui permettraient de lancer ce fameux "pacte de croissance" si cher à François Hollande.

Tout cela se déroule évidemment dans une ambiance très tendue. Entre la Grèce qui tiendra tout le monde en haleine au moins jusqu’aux nouvelles élections législatives du 17 juin prochain et l’Espagne qui vient d’administrer un remède de cheval à son secteur bancaire au bord de l’implosion, la marge de manœuvre est étroite. D’autant que les marchés financiers eux, veillent au grain également. Et ces derniers restent bien plus menaçants que les agences de notation qui ont déjà fait leur part du travail.

Le plus difficile sera de convaincre chacun que malgré la Grèce, l’Europe est capable de trouver une solution durable à une crise qui ne s’arrêtera pas le lendemain du sommet de Bruxelles. Il ne s’agit pas d’enterrer un problème, mais de préparer un avenir.

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