Fortis-Bois Sauvage : 5 personnes et 3 sociétés renvoyées en correctionnelle

Dans l'affaire du Bois Sauvage, la décision de la chambre du conseil de Bruxelles est tombée: ils sont tous renvoyés en correctionnelle pour cause de délits d'initiés dans le cadre de la chute de Fortis. Parmi eux, des pontes de l'économie belge: Luc Vansteenkiste, Vincent Doumier et Luc Willame.

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© Christophe Bortels
Jacques Laruelle

Délit d’initié : une expression au parfum de soufre dans les milieux financiers. Une infraction au sens pénal. Rarement décelée et poursuivie. C’est dire si la décision de la chambre du conseil de Bruxelles, que lalibre.be vous a communiquée en primeur, était attendue. Et c'est bien un renvoi devant le tribunal correctionnel de 5 personnes et 3 sociétés du monde financier belge qui a été décidé par la justice. Parmi eux, des pontes de notre économie: Luc Vansteenkiste, Vincent Doumier et Luc Willame. La justice leur reproche d'avoir vendu en urgence des paquets d'actions Fortis juste avant que le cours de ces dernières ne soit suspendu en bourse... et avant la dégringolade du titre quelques jours plus tard.

Piqûre de rappel : nous sommes le vendredi 3 octobre 2008. La tourmente financière fait rage. Le démantèlement de Fortis est décidé à la fine pointe de l’aube. Un conseil d’administration de Fortis Banque est convoqué peu après midi : 22 des 25 membres y assistent via une conférence téléphonique. Elle se termine vers 13h25. Le patron de Fortis Banque, Herman Verwilst, informe les administrateurs qu’après concertation avec les pays Benelux, la décision du démantèlement du groupe a été prise. Elle ne sera annoncée qu’après la clôture de la Bourse. Le cours sera bloqué. Pour ces hommes et ces femmes, la chute de Fortis, c’est un monde qui s’effondre.

Avant la clôture, le titre pouvait se négocier 5,40 euros. Après le week-end, il ne vaut plus que 1,50 euro. La CBFA, le gendarme des marchés financiers, enregistre un pic de vente : le holding Bois Sauvage a vendu 3,6 millions de titres, en trois lots, vendredi. Le premier d’un million l’a été dans la matinée. Les deux autres paquets (1 et 1,6 million) après 13h25. Bois Sauvage est amené à s’expliquer à la CBFA. Ses dirigeants parlent d’une "gestion intelligente" du portefeuille. La PJ enquête. Le dossier est confié au juge d’instruction Michel Claise, spécialiste des dossiers financiers. Il lance des perquisitions. Il ordonne des recoupements téléphoniques. Il effectue des auditions.

Et il découvre des éléments troublants : la trader de Bois Sauvage, de retour de son heure de table, le 3 octobre vers 13h30, a vu ses patrons affolés autour d’elle. On lui demande si elle a bien vendu le paquet d’actions décidé la veille. "Oui." Mais il faut vendre beaucoup plus. D’urgence. Ce sera fait. S’il y a procès, il serait intéressant d’entendre les enregistrements : une obligation légale pour les salles de marché.

Ce n’est pas tout : deux dirigeants de Bois Sauvage, Vincent Doumier et Yves Liénart, ont vendu l’après-midi une partie de leur portefeuille privé : 2 100 et 10 700 titres. Tout comme l’administrateur Luc Willame, qui s’est délesté de 625 000 obligations Fortis convertibles en Fortis Holding.

Ce déroulement sera contesté. Un procès-verbal du comité de marché de Bois Sauvage du 2 octobre 2008 à 15h30, au cours duquel aurait été décidée la vente, sera produit. Il atteste de la présence de la trader. Qui affirme qu’elle n’y était pas. Et il apparaît qu’un autre rendez-vous était prévu à 15h30. Pour le parquet et le juge, c’est donc un faux.

Les carottes sont cuites pour Vincent Doumier, administrateur délégué de Bois Sauvage. Nous sommes le 10 septembre 2009. Le juge d’instruction Michel Claise le place sous mandat d’arrêt. C’est un coup de tonnerre. Il reste une semaine en prison. Mais qui a bien pu l’informer ? Les résultats des recoupements téléphoniques tombent. Au parquet de Bruxelles, c’est la stupeur. Vincent Doumier a été appelé par Luc Vansteenkiste, administrateur de Fortis et de Bois Sauvage le 3 octobre 2008 à 13h25. Un appel de 4 minutes depuis Madrid. Que se sont-ils dit ? Les deux hommes ne se souviennent pas d’un tel appel. Ils contesteront ensuite avoir parlé du CA de Fortis Banque où M. Vansteenkiste s’était inquiété du sort des petits actionnaires. Le 22 septembre 2009, il prend à son tour, pour une semaine, la direction de la prison de Forest.


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