Enron: une bulle dopée à l’énergie

La faillite d’Enron constitue l’un des principaux scandales financiers de l’histoire des Etats-Unis. Pendant des années, la société texane a dissimulé ses pertes à l’aide de manipulations comptables.

Enron: une bulle dopée à l’énergie
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Laurent Lambrecht

La faillite d’Enron constitue l’un des principaux scandales financiers de l’histoire des Etats-Unis. Pendant des années, la société texane a dissimulé ses pertes à l’aide de manipulations comptables. Née en 1995 de la fusion entre les sociétés Houston Natural Gas et Internorth of Omaha, Enron a fait aveu de faillite le 2 décembre 2001. Enron a également entraîné dans sa chute le cabinet Arthur Andersen qui auditait ses comptes. Avant sa faillite, il faisait partie avec Deloitte, Ernest & Young, KPMG et PricewatherhouseCoopers des cinq plus grands cabinets d’audit du monde.

La Houston Natural était à la base un petit distributeur de gaz localisé au Texas. Après la fusion, Enron est passée au courtage d’électricité en Californie et au Texas. A l’échelle des Etats-Unis, le groupe contrôlera ensuite un quart des transactions de gaz et d’électricité. Au cours de son histoire, le groupe va également développer de nombreux produits financiers ainsi qu’une plateforme de trading. Enron va profiter de l’envolée de son action pour doper son expansion. En effet, l’entreprise a développé des mécanismes qui permettent de localiser ses dettes en dehors de son bilan. Tant que l’action monte, tout va bien Grâce à la création des structures financières, des millions de dollars de pertes vont être dissimulés.

Mais l’explosion de la bulle technologique va venir compliquer la donne. Quand l’action va commencer à baisser, les banques vont exiger qu’Enron rembourse ses prêts camouflés. Le 31 octobre 2001, la Securities and Exchange Commission, le gendarme boursier américain, lance une enquête sur les agissements d’Enron. Quelques semaines plus tard, une issue fatale viendra clore le dossier Enron. Acculée, la société doit se placer sous la protection du chapitre 11 de faillites. Pourtant, en 1999, Enron annonçait encore un chiffre d’affaires de 100 milliards de dollars et de gros bénéfices.

Cette débâcle a entraîné des poursuites à l’encontre des dirigeants d’Enron. En 2006, l’ancien PDG du groupe, Kenneth Lay, a été reconnu coupable pour sa responsabilité dans la faillite. Mais il est mort quelques semaines plus tard d’une crise cardiaque avant le prononcé de sa peine. Jeffrey Skilling, le numéro 2 du groupe, a été condamné à vingt-quatre ans de prison mais d’autres procès le concernant ont ensuite été lancés.

L’onde de choc qui a suivi la chute retentissante d’Enron a égratigné pas mal de professions concernées de près ou de loin par ce scandale. Les analystes financiers, les experts comptables, les agences de notation, les banques d’affaires et même la presse économique ont été critiqués dans cette affaire. Dans son "Antimannuel d’économie", l’économiste français Bernard Maris évoque les acteurs qui ont permis de rendre possible cette gigantesque fraude. Il rappelle qu’un conseiller financier d’UBS a été licencié après avoir recommandé de vendre l’action. Le lendemain, la banque suisse a transformé l’avis "vendre" en "forte recommandation d’achat". Bernard Maris rappelle également que le cabinet Arthur Andersen, qui auditait Enron, recevait à l’époque un million de dollars d’honoraires par semaine. Les banques d’affaires sont également pointées du doigt par l’économiste car elles ont gagné énormément d’argent grâce à Enron. En 1996, le marché des fusions-acquisitions a représenté 495 milliards de dollars, pour 1 740 milliards de dollars en 2000

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