Comment la SNCB en est-elle arrivée à une ardoise de 4 milliards d'euros ?

On file vers 4 milliards de dette ? Comment est-ce possible ? La SNCB Holding, dans sa note confidentielle, a analysé la descente aux enfers financiers du rail belge.

F.C.
Comment la SNCB en est-elle arrivée à une ardoise de 4 milliards d'euros ?
©Jean-Luc Flémal

On file vers 4 milliards de dette ? Comment est-ce possible ? La SNCB Holding, dans sa note confidentielle, a analysé la descente aux enfers financiers du rail belge. Cela n’était pourtant pas si mal parti En effet, après la création du groupe SNCB à trois branches (Infrabel, SNCB, SNCB Holding) tel qu’on le connaît actuellement, l’équilibre financier a été très vite atteint : dès 2007, l’Ebitda (bénéfice d’exploitation) ayant atteint 150 millions d’euros, la dette nette consolidée du groupe était en diminution.

Toutefois, les résultats ont commencé à se dégrader fin 2008 et surtout en 2009 et la dette a d’abord cessé de diminuer puis a augmenté sous l’effet du relâchement de la discipline budgétaire (effectif de personnel et charges externes). " On rappellera que la crise qui a touché l’activité fret a amplifié la dégradation mais que la dégradation a aussi touché l’activité voyageurs nationale ", précise l’analyse réalisée par la SNCB Holding.

En fait, la dette totale a surtout augmenté du fait d’opérations de financement réalisées sur demande de l’Etat (préfinancements, TGV, matériel roulant TGV, divers conclaves budgétaires, etc.). C’est assez flagrant : la dette liée à la simple mise en œuvre du contrat de gestion à la fin 2011 est quasi stable par rapport au 1er janvier 2005, alors que la dette totale, du fait de ces préfinancements, est de 1 milliard euros plus élevée qu’au 1er janvier 2005.

Le document financier s’en prend aussi aux dysfonctionnements du modèle mis en place en 2005, en remplacement de l’ancienne société de chemin de fer "unitaire". " Ce modèle comprenait une hiérarchie limitée en matière financière. On s’est donc retrouvé dans la situation où la Holding devait assumer toutes les responsabilités financières (financements pour compte des pouvoirs publics, couverture des cash drain (cash-flow négatif, NdlR) de la SNCB) sans disposer des instruments permettant d’assurer l’équilibre financier. Les ‘garde-fous’ n’ont pas fonctionné ."

Étape supplémentaire dans la dégradation de la dette globale du groupe ferroviaire : la rupture, en 2011, des engagements pris en 2010 pour retrouver l’équilibre financier. " A l’occasion de la discussion des avenants des contrats de gestion, en 2012, les CEO d’Infrabel et de la SNCB ont exprimé leur volonté de supprimer les engagements pris quant à la stabilisation de la dette. "

Dernier facteur qui a achevé de plomber les comptes : " La situation dégradée du secteur fret où, d’une part, la SNCB Logistics génère des cash drain supérieurs au scénario le plus pessimiste et où, d’autre part, les activités de support maintenues au sein de la SNCB génèrent des pertes importantes amplifie le retard dans le retour à l’équilibre. "

Tout ceci explique les 3 milliards de dette fin 2011 et l’évolution vers 4 milliards pour la fin de cette année. Avec la suppression de la SNCB Holding, Infrabel et la SNCB devront se partager sa part de la dette globale soit 2,74 milliards d’euros fin de l’année dernière C’est tout le débat actuel.