Est-on parti pour dix ans de crise ?

Ce n’est pas une décennie perdue mais il faudra une décennie pour que l’économie mondiale se retrouve dans un bon état", avait averti la semaine passée le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), Olivier Blanchard. Les statistiques du FMI publiées hier vont dans le même sens.

L.Lam (avec AFP)
Est-on parti pour dix ans de crise ?
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"Ce n’est pas une décennie perdue mais il faudra une décennie pour que l’économie mondiale se retrouve dans un bon état", avait averti la semaine passée le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), Olivier Blanchard. Les statistiques du FMI publiées hier vont dans le même sens. Pour la deuxième fois depuis le mois d’avril, le Fonds a réduit ses prévisions de croissance de l’économie mondiale. A l’échelle planétaire, l’activité économique ne devrait progresser que de 3,3 % en 2012, le plus mauvais résultat depuis l’année 2009, marquée par une contraction de 2,2 %. La plupart des Etats ont vu leurs prévisions réduites, que ce soient les économies développées ou les pays émergents.

La zone euro est une nouvelle fois le mauvais élève de la classe, avec une contraction du PIB estimée à 0,4 % en 2012, avant une légère croissance de 0,2 % en 2013. Le FMI pointe l’assainissement budgétaire parfois douloureux, un système financier qui reste fragile et l’incertitude qui pèse sur l’activité économique. "Même si la réduction des déficits est nécessaire, il ne fait aucun doute qu’elle pèse sur la demande, explique Olivier Blanchard. Tout était affaire de rythme. C’est un marathon, pas un sprint. Il ne faut pas agir trop vite ni trop lentement". Selon le chef économiste de la Banque Degroof, Etienne de Callataÿ, il ne faut cependant pas trop se focaliser sur les chiffres du déficit public. "Le plus important est d’engager les réformes qui amélioreront le potentiel de croissance, explique-t-il. En Espagne, par exemple, il ne faut pas uniquement augmenter la TVA mais aussi réformer l’enseignement, la fonction publique, le marché du travail ou la sécurité sociale".

En ce qui concerne la Belgique, le FMI prévoit une croissance nulle cette année, avant une légère progression de 0,3 % en 2013. Une performance inférieure à celle de l’Allemagne (+0,9 %) mais supérieure à la moyenne de la zone euro (-0,4 %). "On ne peut pas se contenter de ce résultat, avertit Etienne de Callataÿ. Si on se repose sur nos lauriers, nous risquons de nous retrouver à la place des pays faibles qui sont en train de se réformer".

Les autres pays développés comme le Japon (+2,2 %) ou les Etats-Unis (+2 %) devraient mieux s’en sortir que la zone euro cette année. Le FMI met néanmoins les Etats-Unis en garde contre la menace que représente le plafond de la dette. En l’absence d’accord entre la Maison-Blanche et le Congrès en vue de relever ce plafond, des coupes budgétaires seront automatiquement opérées. Selon le FMI, cette éventualité pourrait se traduire par une stagnation de la croissance économique.

Les marchés émergents continuent également à souffrir de la faiblesse de l’économie européenne. En Chine, la croissance devrait être de 7,8 % au lieu de 8 % en 2012 et de 8,2 % au lieu de 8,5 % en 2013. Le Brésil semble également loin des performances réalisées par le passé. La progression du PIB brésilien devrait être d’1,5 % en 2012, une performance inférieure à celle des Etats-Unis.

"La question-clé est de savoir si l’économie mondiale traverse simplement une nouvelle zone de turbulences ou si le ralentissement actuel pourrait durer", souligne le FMI. Selon le Fonds, la réponse est maintenant entre les mains des gouvernements en Europe et aux Etats-Unis. L’Union européenne doit rapidement "mettre sur pied" son fonds de secours, encore embryonnaire, faire avancer "une union bancaire", actuellement balbutiante, et amorcer "une plus grande intégration budgétaire".L. Lam. (avec AFP)