Près de 20 000 emplois sacrifiés en 2012

Et on parle d’emplois nets, soit déduction faite des créations de poste. C’est le premier recul depuis 2009 et qui confirme que la récession est proche.

Près de 20 000 emplois sacrifiés en 2012
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Y.C. et R.Me.

Licenciements chez HP (voir ci-contre), Thomas Cook ou Arcelor Mittal : les annonces de restructurations des entreprises se conjuguent au quotidien. On a même le sentiment d’une accélération. D’après plusieurs estimations, 2012 devrait être un des plus mauvais crus de ces dernières années.

Selon Philippe Ledent, senior economist chez ING, le cap des 20 000 pertes d’emploi risque d’être atteint à la fin de cette année. Et l’économiste parle bien en emplois nets : il prend en compte les emplois créés et en déduit les emplois supprimés. "A la fin du premier semestre, nous avions déjà enregistré un recul de 12 100 emplois par rapport à fin juin 2011. Et tout porte à croire que la tendance ne va pas s’améliorer pour le semestre en cours. D’ici à fin décembre, notre fourchette va de -5 000 à -10 000. Disons qu’on atteindra le cap des 20 000 emplois perdus en 2012", confirme Philippe Ledent.

Pourquoi ce pessimisme ? "Nous considérons que lorsque l’activité économique ralentit, l’impact sur l’emploi se produit 6 à 9 mois plus tard", explique l’économiste.

Donc si effectivement, le chiffre de fin 2012 est bien inférieur de quelque 20 000 unités par rapport à celui de 2011, ce serait la preuve criante d’une profonde dégradation de l’emploi car les deux années précédentes avaient réussi à se solder par un chiffre positif (60 000 emplois nets créés en 2010 et 51 100 en 2011). "Mais en trois trimestres sur la période à cheval entre 2008 et 2009, l’emploi s’était là aussi contracté de 27 000 unités", rappelle l’économiste d’ING. De là à dire que nous sommes revenus à une situation de crise très similaire à celle de 2008, il n’y a qu’un pas que Philippe Ledent ne franchit pas. Pourtant, le parallélisme est frappant, inquiétant même.

D’autant que pour 2013, le prévisionniste n’est pas très optimiste : "En admettant que l’on retrouve une croissance de l’ordre de 0,3 %, on pourrait repasser dans le vert mais les créations d’emplois ne devraient dépasser les 10 000 unités."

Les prévisions de l’analyste se basent sur trois indicateurs. Le baromètre Federgon, qui traduit l’évolution du marché de l’interim. C’est en quelque sorte l’outil de "flexibilité" de l’employeur. Il est en baisse de 6,4 % sur un an. Autre indice, les intentions d’embauche relevées par la Banque nationale : là aussi la tendance est négative. Et puis, il y a enquête auprès des consommateurs interrogés sur leur sentiment à propos de l’évolution du chômage. "Assez curieusement, c’est un des indicateurs les plus fiables", insiste l’analyste. Mais malheureusement, ce "sixième sens" du consommateur est négatif lui aussi : la crainte par rapport au chômage est en hausse ! A cela s’ajoutent évidemment les chiffres du chômage mais Philippe Ledent retient plutôt le chiffre des demandeurs d’emploi inoccupés (qui reprend donc également les chômeurs non indemnisés, voir graphique).

Voilà pour l’approche macroéconomique. Difficile de pousser l’analyse plus loin car il est très compliqué d’obtenir des chiffres à jour concernant les pertes d’emploi mais aussi ceux des créations d’emploi et a fortiori par secteurs d’activité (voir ci-dessous).

Par contre on peut mettre en évidence l’impact des faillites d’entreprises sur l’emploi. Le bureau Graydon estime ainsi que sur l’ensemble des trois premiers trimestres de cette année, 7959 entreprises belges ont dû refermer leurs livres de compte, entraînant la suppression de 16000 emplois, soit une augmentation de 14 % par rapport à la même période en 2011. Attention, il s’agit ici de pertes d’emploi brutes et de licenciements uniquement liés à ces faillites.

Beaucoup de pertes d’emploi, surtout dans les petites sociétés, ne sont pas encore répertoriées. "Seules les entreprises qui ont recours à la procédure Renault (NdlR : licenciements d’au moins 10 % du personnel ou d’une unité entière) d oivent le publier officiellement", explique-t-on à la Setca. Or, nous recevons de plus en plus de dossiers de petites restructurations. Si on additionne ces licenciements, souvent inconnus du grand public, on arrive à des chiffres importants."

Y.C. et R.Me.

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