Entre les deux géants commerciaux, le transport par camion va deux fois plus vite que le bateau

Il faut désormais 16 jours pour relier par camion Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan, au port d’Anvers, et cela ira encore plus vite quand la route de la soie aura été complétée et surtout, quand les temps d’arrêt aux frontières auront été raccourcis.

Ch. Ly.

Il faut désormais 16 jours pour relier par camion Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan, au port d’Anvers, et cela ira encore plus vite quand la route de la soie aura été complétée et surtout, quand les temps d’arrêt aux frontières auront été raccourcis.

Tel est l’avis de l’Union internationale des transports routiers (Iru), basée à Genève, qui suit depuis près de 20 ans ce dossier. L’Iru fait circuler sur les itinéraires des "caravanes pilotes" qui testent les obstacles à la fluidité du trafic. Si l’état des routes en est encore un sur certains tronçons, si les stations-service, hôtels et restoroutes manquent cruellement, le principal obstacle est les frontières. "Avec nos caravanes pilotes, on a constaté que 40 % du temps était perdu aux frontières", souligne Juliette Ebélé, porte-parole en chef. "Sans cela, il ne faudrait que 8 jours et demi pour relier Tachkent à Anvers". Du coup, l’Iru encourage les pays d’Asie centrale à adopter les conventions internationales.

Un autre point sur lequel l’Iru insiste est que le projet n’encourage pas les camionneurs à faire d’une traite 15 000 km mais plutôt à créer une chaîne logistique entre l’Europe et la Chine. Celle-ci permettrait par exemple à un produit d’être manufacturé en Chine, fini en Turquie, puis vendu en Europe de l’Ouest. L’inverse est possible également. Pour le moment, les transporteurs européens qui se risquent sur la route de la soie viennent surtout d’Europe de l’Est ou sont des aventuriers fascinés par le potentiel asiatique. Chez Febetra, la Fédération royale belge des transporteurs, on souligne que les sociétés belges ne sont plus compétitives pour ce genre de marché international. "C’est surtout le coût salarial qui fait la différence", explique Isabelle De Maegd, la porte-parole. "Rien qu’au sein de l’Union européenne, le coût salarial d’un chauffeur belge, charges sociales comprises, est de 6 637 euros par mois alors que le coût d’un chauffeur slovaque n’est que de 2 487 euros."

Il n’empêche : la réouverture de la route de la soie va accélérer le commerce entre l’Europe et la Chine puisqu’il faut un mois environ pour acheminer par bateau des containers de Shanghai à Rotterdam. La globalisation est à deux sens puisque l’Union européenne (UE) est le principal destinataire des exportations chinoises et le deuxième fournisseur de la Chine, après le Japon. "Depuis l’établissement des premières relations bilatérales entre l’UE et la Chine, il y a de cela 37 ans", soulignait en septembre la Commission européenne, avant le sommet EU-Chine, "les relations commerciales sont passées de 4 milliards d’euros en 1978 à 428 milliards d’euros en 2011". Et ce flux commercial ne peut qu’augmenter : deux tiers de la population mondiale se trouvent désormais en Asie.