Le particularisme financier belge

Le Belge épargne. Ces dernières années, le niveau de cette épargne a même dépassé toutes les prévisions. Cette particularité belge pourrait être la clé pour renouer rapidement avec la croissance.

Le particularisme financier belge
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Il est difficile de passer une journée sans entendre parler de la crise financière; on en parle sous toutes ses formes et suivant des angles différents. La question est en fait plus fondamentale, et ne peut être résumée à un calcul de dette ou à une crise qui ne serait, par définition, que passagère. Si nous voulons garder en l’état, et même améliorer, la qualité de vie, au sens large, telle qu’elle nous est offerte, du moins dans les pays occidentaux, seule une croissance soutenue pourra y contribuer. Le point n’est donc pas de remettre en question les économies à réaliser, mais bien de savoir comment, en plus de ces nécessaires économies, renouer avec la croissance.

Nous le savons, la croissance provient de l’enchaînement créé par la vigueur des entreprises et de la profitabilité de celles-ci. L’accès au crédit est un facteur clé dans le développement des sociétés, et c’est ce facteur qui manque cruellement depuis quelques années. Cette situation affecte plus directement les petites et moyennes entreprises, celles-ci étant moins capitalisées que les gros groupes, et présentant de ce fait un niveau de risque supérieur à ces derniers. Par contre, ces mêmes PME sont un facteur de développement économique majeur en phase de croissance. Elles sont réactives, susceptibles de créer rapidement du profit et de l’emploi. Par contre, elles ne bénéficient pas de la variété de sources de financement de grands groupes. Par exemple, elles ne sont pas cotées en Bourse, n’émettent pas d’obligations et n’ont pas accès à des financements plus complexes ou structurés.

Ces PME dépendent uniquement des financements bancaires, de leurs actionnaires ou, éventuellement pour les plus innovantes, de capital à risque. Bien entendu, des principes d’aides régionales existent aussi, avec plus ou moins d’efficacité; mais clairement, ces systèmes de financement ne suffisent plus. Sans financement supplémentaire, ces PME continueront à stagner, et le nombre de faillites continuera à aller grandissant, allongeant les files de chômeurs et privant l’Etat de ressources fiscales.

Dans cet environnement sombre, la Belgique a une particularité essentielle, le niveau important de l’épargne privée. C’est un phénomène connu que le Belge épargne, mais ces dernières années, le niveau de cette épargne a dépassé toutes les prévisions en la matière. Cette particularité belge pourrait être une clé pour renouer rapidement avec la croissance. Pour un épargnant, l’investissement pertinent de son épargne est une vraie question.

Outre les investissements traditionnels, immobiliers ou par intérêt bancaire, la Bourse est un investissement classique, quoique plus risqué. Ce moyen permet, outre d’assurer le financement de la société investie, d’espérer réaliser des plus-values tout en ayant la possibilité de récolter quelques dividendes. Les Bourses ont toutefois aussi connu un phénomène de concentration extraordinaire n’octroyant désormais de visibilité qu’aux seules sociétés de taille mondiale. Le petit épargnant ne se retrouve plus parmi ces géants. L’acte d’investir dans une société nationale, dont on connaissait et appréciait les produits, est devenu un acte technique d’investissement dans des multinationales dont l’étude des résultats demande à elle seule un travail en profondeur. Ces investissements sont donc réservés à des opérateurs plus ou moins spécialisés, l’épargnant choisissant désormais plus volontiers des fonds pour gérer ses investissements.

Les Bourses n’ont pas toujours été centralisées à ce point. Au départ, l’idée d’une Bourse reposait sur un projet qui avait séduit les investisseurs. Par après, les Bourses se sont installées d’une manière régionales. Les épargnants investissant dans des entreprises de proximité qu’ils connaissaient, dont ils connaissaient les produits, et parfois même des membres de leur personnel ou leur direction. Ce lien "sentimental" avec l’investissement était donc réel et a totalement disparu aujourd’hui, entraînant avec lui l’intérêt des "petits" épargnants pour la Bourse. Le mot "petit" est mis entre guillemets, il représente, certes, le qualificatif utilisé dans ce cas, mais au niveau belge, il représente un potentiel de plus de 240 milliards d’euros.

Un pourcentage de ce montant serait amplement suffisant pour faire redémarrer la croissance. Le principe serait donc de (re)créer des Bourses régionales ou provinciales, dont l’accès serait réservé aux entreprises locales non côtées ailleurs. L’introduction de ces sociétés sur ces marchés se ferait suivant une forme simplifiée, du moins en comparaison avec les coûts et obligations d’une IPO sur d’autres marchés. La levée de fonds concernerait principalement une augmentation des moyens financiers, la vente d’actions ne devant y rester que marginale. Les banques joueraient le rôle de teneur de marché et en assureraient l’animation, avec l’obligation d’assurer les volumes quotidiens de transactions garantissant la liquidité et le dynamisme des titres.

Un système de motivation des épargnants à investir dans ces Bourses régionales devra être mis sur pied, afin de vaincre une certaine frilosité et d’assurer le bon démarrage du système. Ainsi un dégrèvement fiscal plafonné sera appliqué sur ces investissements pour peu que ceux-ci soient maintenus durant une durée à définir. Pour ceux qui s’en souviennent, un terme de cinq ans est réaliste, il avait déjà été utilisé en Belgique pour les investissements boursiers dans les années 80. D’une manière plus hardie, une amnistie fiscale pourrait aussi être offerte en tout ou en partie, pour le rapatriement de fonds "étrangers" investis durant la même durée dans ces Bourses. Un petit calcul simple démontre à suffisance l’intérêt de ce système, si dix pour cent de l’épargne était investie dans ces Bourses régionales, cela signifierait un financement additionnel de 24 milliards pour les seules PME’s belges, ceci sans compter les montants rapatriés et amnistiés de quoi assurer la croissance pour les années à venir et contribuer à créer et financer un nombre substantiel de nouvelles sociétés pour l’avenir.

Une opinion de Marc Weissberg, CEO BNL Food.


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