En Europe, l’auto verse dans le ravin

La rengaine est connue : toute crise économique montre, comme premiers signes, une chute de la construction immobilière et du marché de l’automobile. Et quand ces symptômes s’aggravent, docteur ?

Dominique Simonet
En Europe, l’auto verse dans le ravin
©AP

La rengaine est connue : toute crise économique montre, comme premiers signes, une chute de la construction immobilière et du marché de l’automobile. Et quand ces symptômes s’aggravent, docteur ?

Au sein de l’Union européenne, sur les neuf premiers mois de l’année, le marché automobile a reculé de 7,6 % en volume, avec un total de 9368327 immatriculations, soit 765796 de moins que les 10134123 voitures répertoriées de janvier à septembre 2011. Et la marche arrière s’accélère car, en septembre, la chute est plus importante encore, à - 10,8 % : d’un an sur l’autre, on est passé de 1232840 à 1099264 unités, soit 133576 voitures de moins.

Le score de septembre est d’autant moins bon qu’il s’agit, en général, d’un mois de relance, avec l’apparition de nouveaux modèles dans les différentes gammes et le renouvellement des flottes d’entreprises. Avec mars, mai et juin, c’est l’un des quatre mois les plus importants de l’année pour les concessionnaires.

Par elle, la crise a commencé; du coup, l’on s’était fait à l’idée que l’Europe méridionale trinquait. De ce côté-là, rien ne s’arrange : Portugal -30,9 %; Espagne -36,8 %; Grèce -48,5 %. Grand pays producteur, la France ne va guère mieux (-17,9 %) et, hors Union européenne, la Suisse dérape de -20 % !

Mais la plus mauvaise surprise de septembre, c’est la contagion de la crise à l’Europe septentrionale. Depuis la fin des primes environnementales et le rush de fin d’année 2011, on sait la Belgique sur une mauvaise pente, à -18,7 %. Comme les Pays-Bas (-27,7 %) ou la Suède (-17,5 %). Mais l’un des derniers bastions de la résistance, l’Allemagne, est pris par la contagion et encaisse un vilain -10,9 % en septembre. Elle rejoint la liste largement majoritaire des pays où les ventes d’autos dégringolent depuis le début de l’année: -1,8 %, ce n’est pas encore dramatique, mais faute d’un redressement peu probable, ce serait la fin des haricots.

Seul un archipel résiste à la tendance générale, la Grande-Bretagne, où les ventes augmentent sensiblement, +8,2 % en septembre et +4,3 % sur neuf mois. Score non négligeable car, en volume, c’est le marché le plus important de l’Union, tournant autour des deux millions d’immatriculations par an. Ce marché revient de loin. Après une année 2009 catastrophique (-6,4 %), un léger redressement grâce à une prime à la casse en 2010 et une rechute en 2011 (-4,4 %), ce redémarrage est logique. Il l’est d’autant plus que, dans ce pays hors zone euro, la fiscalité sur l’auto est avantageuse et que l’industrie automobile y est en très forte croissance : plus de 6 milliards de livres y ont été investis sur deux ans. Pas seulement dans le haut de gamme (Rolls, Bentley, Aston, McLaren) et le luxe (Mini), mais aussi chez les généralistes comme Nissan et Toyota.

La situation en Europe continentale est d’autant plus inquiétante que, confrontés à des stocks excédentaires, les marques et les distributeurs se sont lancés dans une impitoyable guerre des prix. Une spirale infernale, bien sûr, qui atteint aussi l’Allemagne où s’étend la pratique de la vente "zéro kilomètre". En réalité, des véhicules ayant entre 3 et une centaine de kilomètres au compteur, respirant encore le neuf, mais disponibles au rayon occasions. Avec un substantiel rabais de 15 à 25 % selon les modèles. Le phénomène ne touche pas les marques de luxe, qui commencent, elles aussi, à souffrir (voir ci-contre), mais il ne laisse rien augurer de bon.

Pour résorber les épineuses surcapacités, à côté des fermetures programmées d’usines (PSA à Aulnay-sous-Bois, GM-Opel à Bochum), de nombreuses unités de production tournent au ralenti ou sont carrément à l’arrêt partout en Europe. En France (chez Renault), en Grande-Bretagne (Ellesmere Port et Luton, GM-Vauxhall), en Italie où le boss de la Fiat, Sergio Marchionne, grand dénonciateur des surcapacités devant l’Éternel, songe sérieusement à fermer des usines. Ce qui est déjà prévu pour cinq sites de la filiale utilitaires Iveco, mais ça, c’est une autre histoire, pas plus drôle d’ailleurs.