Suinen : "De Wever a des arguments racistes"

Pour le patron de l’Awex, la sortie de Bart De Wever contre la “wallonisation” de l’économie est infondée. En Wallonie, on fait tout pour les entreprises, dit-il.

Suinen : "De Wever a des arguments racistes"
©Christophe Ketels
Frédéric Chardon

Entretien

Entre Bart De Wever qui parle de "wallonisation" de l’économie flamande et le Voka (organisation patronale flamande) qui en a remis une couche sur le gouvernement fédéral qui freinerait la prospérité et la "gauche" (lisez : le PS) qui serait inefficace, le week-end a été bien chargé sur le front communautaire belgo-belge Bien entendu, ces propos ont fait suite à l’annonce de la fermeture de Ford Genk. Mais, en Wallonie, ces attaques ont ému le patron de l’Awex (Agence wallonne à l’exportation), Philippe Suinen.

Selon Bart De Wever, l’économie flamande se “wallonise”… Vous êtes d’accord ?

S’il y a bien un endroit où l’on fait tout ce qu’on peut pour les entreprises et où on s’en préoccupe vraiment, en termes d’incitants financiers, de soutien administratif, c’est bien la Wallonie. Des déclarations pareilles ne reposent sur rien. On offre bien plus aux entreprises en Wallonie qu’en Flandre. Le rôle que joue l’Awex est sans équivalent.

Mais on sent bien que Bart De Wever et le Voka ciblent surtout, directement ou indirectement, le PS, qui reste quand même dominant en Wallonie…

En Belgique, il existe en effet des partis politiques de sensibilités différentes et, parmi eux, il existe un centre gauche représenté, notamment, par le PS. Mais le PS est beaucoup plus proche des entreprises, les comprend bien mieux qu’on le pense ! Malgré cela, je constate cette persistance d’un certain langage politique qui continue à cibler des boucs émissaires.

Ces critiques sont donc sans fondement ?

La réalité ne correspond absolument pas à ce discours. On a connu une période où on disait qu’il n’y avait pas de gouvernement fédéral alors que c’était faux. Malgré ces propos inquiétants, les investisseurs étrangers n’ont pas été impressionnés. Mais ces nouvelles attaques contre la Wallonie de la part notamment du futur bourgmestre d’Anvers donnent l’impression que le pays n’en finit pas de finir Et là, par contre, cela pourrait décourager les entreprises de venir en Belgique.

Pourquoi le leader de la N-VA s’en prend-t-il à l’économie wallonne, alors ?

Ses arguments sont purement politiques. Et racistes, en plus De Wever vit par phrases : d’un côté, il dit regretter le coup médiatique où il avait envoyé des camions chargés de faux billets aux ascenseurs à bateaux de Strépy pour symboliser le transfert d’argent du nord vers le sud. Et, de l’autre, il propage maintenant un discours haineux

Quand il évoque la “wallonisation”, ne cible-t-il pas simplement le risque de désindustrialisation de la Flandre ?

Qu’il ne parle pas trop de désindustrialisation On rencontre ce phénomène partout en Europe, y compris en Flandre. La Flandre est le troisième investisseur en Wallonie. Si la situation était si mauvaise, les entreprises flamandes ne viendraient pas chez nous...

Mais, en même temps, Bart De Wever n’a pas tout à fait tort : la Wallonie ne redécolle pas, les patrons sont pessimistes, les exportations sont en reflux, de grandes entreprises ferment boutique…

La Wallonie est dans une phase charnière. On y voit l’éclosion de beaucoup de spin-off. N’oublions pas que des sociétés telles qu’IBA ou Mithra étaient des spin-off à la base ! Ce sont aussi des "industries". Tout un pan traditionnel de l’industrie faiblit, c’est vrai, mais ce phénomène est lié à un rajeunissement de l’économie wallonne. Tout le monde dit, en Flandre comme en Wallonie, que le plan Marshall marche bien.

Et le Voka ? L’organisation patronale flamande vise surtout le gouvernement fédéral et la “gauche”. Et en fait surtout Elio Di Rupo. Comment expliquer ces propos ?

Le Premier ministre joue le jeu pour l’ensemble du pays, son action n’est pas critiquable. Je crois qu’il y a un effet pervers au niveau médiatique : les personnes interviewées ont le sentiment qu’elles ne sont pas prises en considération si elles ne tiennent pas des propos percutants et conflictuels Les entreprises wallonnes, mais aussi flamandes, ne méritent pas un tel discours de la part du Voka.

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