Cerexhe: "Bruxelles est en meilleure santé que la Belgique"

Un risque de "wallonisation" de l’économie belge. La petite phrase de Bart De Wever (N-VA) a fait sortir de ses gongs le ministre bruxellois de l’Economie Benoît Cerexhe.

Cerexhe: "Bruxelles est en meilleure santé que la Belgique"
©Stephanie Lecocq
Raphaël Meulders

Un risque de "wallonisation" de l’économie belge. La petite phrase de Bart De Wever (N-VA) a fait sortir de ses gongs le ministre bruxellois de l’Economie Benoît Cerexhe. " Ce sont des termes caricaturaux par rapport à la Wallonie et tous les efforts qu’elle fait pour se redresser économiquement", explique l’élu CDH, agacé que M. De Wever oublie "une fois de plus" Bruxelles "dans son raisonnement". " Il nie le fait qu’elle est la troisième région à part entière dans ce pays. Je voudrais rappeler au leader de la N-VA que Bruxelles produit 20 % de la richesse nationale, que Bruxelles est le premier bassin d’emploi du pays avec 700 000 personnes qui y travaillent quotidiennement. Quand il parle de transferts, car c’est l’un de ses sujets favoris, il doit savoir qu’ils vont plutôt de Bruxelles vers les autres régions que l’inverse."

Et, d’après M. Cerexhe, Bruxelles est même actuellement "en meilleure santé que la Belgique", si l’on prend les chiffres en matière d’exportation. "Ces chiffres sont importants : en période de crise, nos espoirs de croissance reposent en grande partie sur les exportations. Et à Bruxelles, beaucoup d’entreprises l’ont compris. Depuis 2009, nos exportations sont en progresssion constante", poursuit le futur bourgmestre de Woluwe Saint-Pierre (du moins si les recours introduits par M. Draps ne l’empêchent pas d’accéder à ce poste).

Ainsi, selon les statistiques publiées par l’institut des Comptes nationaux, (qui concernent exclusivement les marchandises), les exportations bruxelloises ont augmenté de près de 17 % par rapport aux sept premiers mois de 2011. Or, l’ensemble des exportations belges s’est tassé sur cette même période (- 0,04 %, avec une croissance de 1 % pour la Flandre et une régression de 4,6 % pour la Wallonie). Autre constat : Bruxelles exporte de plus en plus loin. Désormais un quart des exportations de la capitale vont vers des pays "hors Europe des 27".

La Chine est l’un des principaux clients avec un fort attrait pour l’Audi A1 assemblée à Forest. Viennent ensuite la Russie, les Etats-Unis, le Canada et le Brésil, pourtant en recul par rapport à 2011. "Les autorités brésiliennes viennent d’augmenter leur niveau de taxation d’importation sur les voitures, ce qui explique ce chiffre. Mais il existe de très grandes opportunités pour les entreprises bruxelloises à l’approche de la Coupe du Monde (2014) et des Jeux olympiques (2016) prévus au Brésil." La Région bruxelloise va d’ailleurs détacher prochainement un représentant à Rio de Janeiro pour y favoriser les contacts.

A noter également, une forte progression des exportations vers les pays d’Afrique, essentiellement due au "boom" des exports de voitures d’occasion ou du matériel électrique. Reste que, selon les statistiques de l’ICN, Bruxelles ne pèse que pour 2,5 % de l’ensemble des exports belges. Un chiffre quasiment insignifiant. "Ces statistiques sous estime considérablement la part de la Région bruxelloise" , conteste le ministre. Il s’en explique.

"Tout d’abord cette source ne tient pas compte des exportations de services. Or, Bruxelles est avant tout une région productrice de services : 85 % de son économie sont orientés vers ce secteur." Un groupe de travail a d’ailleurs été constitué au sein de la Banque nationale pour évaluer le poids de chacune des régions en termes d’exportations de services. " A l’heure actuelle, le moins mauvais indicateur dont nous disposons sont les statistiques TVA. Or, la part des exportations bruxelloises de biens et services dans le total belge s’approche sensiblement de la part de notre région dans le PIB national, à savoir 20 %." Et là aussi d’après M. Cerexhe, les exportations croissent "plus fortement à Bruxelles qu’ailleurs".

Autre grief du ministre : il y aurait un "effet de porte", qui favorise la Flandre dans les statistiques de l’ICN. " Souvent le volume d’exportation d’une entreprise est attribué non pas à la région de production ou de commercialisation du bien, mais à la région d’expédition. A savoir pour les entreprises bruxelloises, très souvent l’aéroport de Zaventem ou le port d’Anvers. Donc quand la Flandre évoque son poids de 80 % dans les exportations belges, elle triche."

Certes, Bruxelles exporte mieux, mais son taux de chômage (plus de 20 %) bat toujours des records en Belgique. "C’est l’un de mes regrets", explique celui qui tirera sa révérence le 1er décembre après huit ans à ce poste. " Ce taux de chômage s’explique en grande partie par l’explosion démographique à Bruxelles. Aucune ville européenne ne connaît une telle augmentation de population, aussi rapidement." Mais M. Cerexhe admet que "trop de jeunes viennent sur le marché de l’emploi avec un niveau de formation insuffisant à Bruxelles". "J’invite toutes les Régions à travailler ensemble sur cette problématique car elles sont concernées, conclut le ministre . La Flandre fait face à un vieillissement de sa population et va manquer de main-d’œuvre : il faut qu’elle puisse trouver ces travailleurs en Wallonie et à Bruxelles, plutôt que d’aller les chercher à l’étranger."

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