Prises de bec sur fond d’aide au secteur aérien

Voici un "coup de pouce" qui fait beaucoup plus de bruit que prévu. L’idée vient à la base de Melchior Wathelet, le secrétaire d’Etat en charge de la Mobilité.

Raphaël Meulders

Voici un "coup de pouce" qui fait beaucoup plus de bruit que prévu. L’idée vient à la base de Melchior Wathelet, le secrétaire d’Etat en charge de la Mobilité (CDH). Au départ, ce dernier voulait une enveloppe de 30 millions d’euros pour aider un secteur aérien belge en mauvaise passe, à l’image de sa plus grosse compagnie Brussels Airlines.

Le "kern" (comité ministériel restreint) a finalement opté, ce mercredi, pour une aide de 20 millions d’euros par an. "Il fallait rester réaliste" , fait-on savoir auprès du cabinet du secrétaire d’Etat.

Cette aide, "en toute légalité par rapport aux règles de concurrence en Europe", se traduit surtout par un appui financier à la formation des pilotes et par une exonération partielle des charges sociales du personnel des compagnies belges (Brussels Airlines, Thomas Cook, Jetairfly). "Nous voulons mettre fin à une concurrence déloyale existant avec certaines compagnies", fait-on savoir auprès du cabinet Wathelet, en rappelant que le secteur aérien est "particulier".

Particulier, oui, car les compagnies aériennes payent leurs cotisations sociales et leurs impôts pour le personnel dans le pays où se trouve leur siège et non dans celui où travaillent leurs employés. Plusieurs compagnies low-cost sont entrées dans cette brèche européenne : Ryanair bénéficie ainsi du régime fiscal et social irlandais, nettement plus avantageux pour les entreprises. Ce système est totalement légal, du moins jusqu’en 2020, date à laquelle il prendra fin en Europe. Le "coup de pouce" de l’Etat belge s’arrêtera donc automatiquement à cette date.

Mais ce système profiterait aussi à l’aéroport de Charleroi, base importante de Ryanair, qui exercerait une "concurrence déloyale" par rapport à Brussels Airport, d’après les propos du vice-Premier ministre Open-VLD Alexander De Croo. "La jalousie est mauvaise conseillère" , a promptement réagi le ministre wallon André Antoine (CDH) qui regrette "qu’une fois de plus un amalgame soit fait entre la réussite des aéroports wallons et les difficultés financières de Brussels Airlines" .

Selon lui, la structure des coûts de l’aéroport de Charleroi est "nettement meilleure" que celle de l’aéroport de Bruxelles-National. "Et cela ne relève pas d’aides ou de concurrence déloyales mais au contraire d’une structure des coûts parfaitement maîtrisée dans le chef de l’aéroport wallon [ ]", poursuit le ministre dans un communiqué. Il rappelle aussi avoir invité Brussels Airlines à développer des activités au départ des aéroports wallons, "sans que cette offre ait été étudiée". La Wallonie a été "loyale" envers la compagnie belge, rappelle enfin le ministre, "en prenant des parts dans Brussels Airlines, contrairement à la Région flamande à l’époque" .

Bref, le communautaire s’est invité dans ce dossier rendu déjà houleux par les relations tendues entre Ryanair et Brussels Airlines. La compagnie irlandaise avait ainsi prestement demandé, mardi, au gouvernement Di Rupo de rejeter les "tentatives pathétiques de Brussels Airlines d’obtenir des subsides pour ses coûts élevés de main-d’œuvre" .

Car cette aide du gouvernement bénéficie principalement à Brussels Airlines, qui représente à elle seule 66 % du secteur aérien belge. La compagnie, qui était à l’origine de cette demande à l’Etat, devrait ainsi bénéficier de près de 13,5 millions d’euros de cette enveloppe. soit moins que les 20 millions attendus par la direction.

Comment va se mettre en place cette aide ? La première mesure permettra de rémunérer les pilotes qui, à l’heure actuelle, forment leurs collègues gratuitement. La DGTA (direction générale Transport aérien) serait chargée de payer ses formations et non plus les compagnies.

Autre idée, lorsqu’un pilote attend entre deux vols à l’étranger, il pourrait être exempté de charges sociales, en faisant passer ces heures en indemnités d’attente. Enfin, le gouvernement prévoit de réduire le précompte professionnel du personnel en "optimalisant" les packages salariaux ou en se basant sur les systèmes de "shift" de nuit du secteur de l’assemblage automobile. Toutes les modalités de ces mesures devront toutefois être validées par les ministres Vanackere (Finances) et Onkelinx (Social). L’objectif est bien que ces nouvelles dispositions entrent en vigueur dès 2013.