Le patronat wallon flingue les certificats verts

"Quand je regarde ce système des certificats verts, je me demande si on n’a pas mis du LSD dans mon eau."

Frédéric Chardon
Le patronat wallon flingue les certificats verts
©Alexis Haulot

Le système des certificats verts en Wallonie pousse à bout les patrons wallons. Le surcoût exponentiel qu’ils engendrent sur la facture énergétique pour les entreprises menace carrément la survie de certaines d’entre elles, s’alarme l’Union wallonne des entreprises (UWE).

D’abord, un bref rappel : vu le surcoût de la production d’énergie renouvelable, on octroie des certificats verts aux producteurs de ce type d’énergie en fonction des économies de CO2 qu’elles permettent et on impose aux fournisseurs d’électricité d’acheter un certain quota de certificats verts.

Mais, problème : l’offre de certificats verts étant trop importante, surtout en raison des politiques de soutien au photovoltaïque chez les particuliers, les prix baissent. Et Les certificats se négociant parfois à moins de 60 euros, tout le monde se tourne vers Elia (gestionnaire du réseau de transport d’électricité en Belgique) pour le rachat garanti à 65 euros Et Elia doit transférer ces coûts vers les consommateurs. Explication.

"Il faut une réforme copernicienne du système des certificats verts, réagit André Lebrun, directeur du département Environnement à l’UWE. La semaine dernière, la Creg (l’autorité de régulation fédérale des marchés du gaz et de l’électricité) a autorisé Elia à augmenter ses tarifs de manière significative. Pourquoi ? Elia a l’obligation de racheter les certificats verts en surplus sur le marché à un prix de 65 euros. Or il y a actuellement un fort déséquilibre du marché, en Wallonie, où le prix des certificats s’est effondré. Du coup, les certificats verts à racheter à 65 euros arrivent en masse chez Elia qui doit évidemment répercuter ce surcoût vers les consommateurs "

Surcoût multiplié par 12

En effet, rappelle l’UWE, Elia est passée en Wallonie de 1,118 euro du mégawatt dans la majoration des factures des consommateurs à 13,81 euros du mégawatt et ce, pour financer le rachat au prix garanti de 65 euros. "Ce surcoût a donc été multiplié par 12 en un an ! Pour les ménages, c’est un surcoût sur facture de 50 euros par an, ce qui peut être beaucoup pour certaines familles. Mais pour les entreprises, la facture d’énergie va augmenter en moyenne de 140 000 euros par an. Pour certaines entreprises, ça peut monter jusqu’à 2,5 millions d’euros. Tous les secteurs sont touchés : la fabrication métallique, l’agroalimentaire, les scieries, les cimenteries, le textile, la chimie La maîtrise des coûts de l’énergie est pourtant un élément fondamental de la politique industrielle", dénonce André Lebrun.

Médaille d’or wallonne...

Vincent Reuter, l’administrateur délégué de l’UWE, est encore plus dur : "En Belgique, on est déjà les champions du coût salarial et voilà que la Wallonie se décerne toute seule une deuxième médaille d’or, celle des coûts énergétiques Si ça continue comme cela, le plan wallon Horizon 2022, on pourra en faire des papillotes ! Quand je regarde ce système des certificats verts, je me demande si on n’a pas mis du LSD dans mon eau "

Que faire alors ? "A très court terme, explique André Lebrun, il faut limiter l’impact de ces surcoûts sur les entreprises en gelant l’augmentation du tarif. C’est une question de survie pour certaines d’entre elles, en attendant la réforme structurelle du marché des certificats verts. A ce sujet, il faut jouer sur l’offre, en soutenant d’autres filières dans l’énergie renouvelable que le photovoltaïque ou l’éolien uniquement."