Télécoms: "Vers un réseau paneuropéen"

L' "union sacrée" des télécoms européens est-elle la solution face à la crise ?

Télécoms: "Vers un réseau paneuropéen"
©Bernard Demoulin
Laurent Lambrecht

Les grands opérateurs télécoms européens envisageraient la création d’un réseau paneuropéen afin de réunir des marchés nationaux très éclatés. C’est en tout cas ce qu’a annoncé le "Financial Times" dans son édition de mercredi, précisant que le Commissaire européen Joaquín Almunia avait rencontré les représentants du secteur fin de l’année passée à ce sujet. Ce jeudi, le porte-parole de la Commission européenne, Antoine Colombani, a précisé que Joaquín Almunia n’avait jamais "supporté, initié ou suggéré aucun plan visant à rassembler les infrastructures de plusieurs opérateurs".

Selon Jean-Michel Salvador, analyste du secteur télécoms chez AlphaValue, il est inévitable qu’un réseau européen se mette en place dans les prochaines années. Dans les marchés matures, les recettes des opérateurs ont tendance à stagner tandis que les investissements dans les infrastructures comme la 4G sont très lourds. "Au Royaume-Uni, Telefonica et Vodaphone ont déjà fusionné leur réseau 4G pour réduire leurs frais", explique Jean-Michel Salvador.

Une trentaine d’opérateurs en Europe

Au sein de chaque pays, les coûts des communications mobiles ont déjà été diminués par la réduction des frais que se facturent les opérateurs entre eux, sous l’impulsion de décisions communautaires. Selon Jean-Michel Salvador, la Commission européenne aimerait maintenant que les communications entre les pays européens suivent le même chemin. Problème, selon l’analyste, le marché européen des télécoms est beaucoup trop éclaté. "Aux Etats-Unis, comme en Chine, il n’y a que deux ou trois opérateurs mobiles pour l’ensemble du pays, note Jean-Michel Salvador. En Europe, ils sont une trentaine à se partager le marché. Comme ce sont des sociétés cotées, on pourrait imaginer de séparer l’activité commerciale et de réseau et de les coter séparément". Les opérateurs plaideraient pour que les instances européennes se montrent ouvertes à des fusions dans le secteur.

Gardienne de la concurrence, la Commission a répété hier, via son porte-parole, que c’était de sa responsabilité de s’assurer que les fusions entre opérateurs ne nuiraient pas à la compétition au sein du secteur.

Selon Jean-Michel Salvador, il faudrait compter entre dix ou quinze opérateurs maximum pour qu’un véritable réseau européen se mette en place. "La Commission veut que les opérateurs diminuent les coûts des communications entre pays européens, tout en continuant à moderniser les réseaux, explique l’analyste. Ce n’est pas possible avec une telle concurrence. Les Etats-Unis, qui avaient un retard sur nous du point de vue de la qualité des infrastructures, viennent d’ailleurs de nous dépasser". Des discussions entre les autorités européennes et les opérateurs seraient donc en cours actuellement. "Mais c’est un sujet délicat, estime l’analyste. On est sur un marché libéralisé et la Commission ne peut pas ordonner, ni limiter, ni favoriser des fusions. Tout au plus, elle peut ne pas mettre trop de bâtons dans les roues".

Sur le même sujet