L'acier liégeois condamné à mort ?

C’était écrit. Si l’annonce du plan de licenciement massif dans la phase à froid est un choc et un drame, est-ce vraiment une surprise ? Non. ArcelorMittal avait annoncé la couleur. Est-ce une trahison d'Arcelor ? A qui la faute ? Y aura-t-il un repreneur ?

L'acier liégeois condamné à mort ?
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Une trahison d’ArcelorMittal ? Pas si sûr

C’était écrit. Si l’annonce du plan de licenciement massif dans la phase à froid est un choc et un drame, est-ce vraiment une surprise ? Non. ArcelorMittal avait annoncé la couleur. Dans les projets du groupe pour la phase à froid liégeoise, seules 5 lignes (les plus "high-tech") devaient bénéficier de nouveaux investissements. Pour le reste, la direction avait été claire dès octobre 2012 : les autres sites liégeois devaient être flexibles et leur survie allait dépendre de la demande pour les commandes Or, le marché mondial de l’acier ne s’est pas redressé miraculeusement depuis lors. Résultat : 7 lignes "à froid" sur 12 vont être définitivement arrêtées et leurs 1 300 travailleurs seront licenciés (sauf limitation de la "casse sociale" après négociations). Restent donc à Liège les 5 lignes stratégiques (qui sortent des produits à forte valeur ajoutée) et leurs 800 travailleurs. Par contre, il y aura bien "trahison" de la part de la multinationale si elle ne tient pas ses engagements à l’égard de ces sites. A savoir : y investir les millions annoncés, donner les commandes dans la zone nord-Europe en priorité à Liège, sécuriser l’approvisionnement régulier de la Principauté en bobines et plaques d’acier depuis Dunkerque. F.C.

La faute aux syndicats ? Pas seulement

Tous cou pables. C’est clair que certains excès des syndicats des métallos - on pense surtout à la FGTB Métal - ont eu un effet désastreux sur la vision de la région liégeoise de la part des très hautes sphères du groupe ArcelorMittal : séquestration de la direction, grèves à répétition, rejets des plans proposés pour les travailleurs licenciés de la phase à chaud et autres jets de bobines d’acier dans la Meuse On peut comprendre la réaction des représentants des travailleurs évidemment. Mais ont-ils bien mesuré l’impact psychologique de ces actions "viriles" de grogne sociale dans les bureaux londoniens de la multinationale ? Sans doute ont-ils sous-estimé l’irritation des financiers qui dominent ArcelorMittal face à ces comportements. Mais ce serait bien trop simple de mettre la nouvelle vague de licenciements sur le seul dos des syndicalistes. Il y a la conjoncture mondiale, bien sûr, qui plombe le marché de l’acier. En particulier en Europe. La surproduction structurelle impose des coupes sombres chez ArcelorMittal, ce n’est pas neuf. Et c’est Liège qui paie encore cette fatalité économique. Enfin, il ne faudrait pas oublier non plus, tout simplement, l’aride rationalité financière des dirigeants du groupe. Pour être numéro 1 de l’acier, il ne faut pas faire dans le sentiment. En voici encore une preuve F.C.

Un repreneur ? Ben voyons

Rêvons un peu. La situation à Liège ne prête certainement pas à rire. Mais tout de même, c’est presque amusant d’entendre toujours les mêmes déclarations émanant du monde politique et en particulier de Jean-Claude Marcourt : on ferme la phase à chaud ? Le gouvernement wallon s’insurge et dit qu’il va chercher un repreneur. On ferme une très grande partie de la phase à froid ? Idem Mais tout ça, c’est du bla-bl a : comme à Florange, le repreneur ne viendra pas. Ou, en tout cas, sûrement pas dans la conjoncture actuelle. Pourquoi ? D’abord, avant de trouver un groupe sidérurgique qui achèterait les sites liégeois, avec l’aide ou non de la Région wallonne, phase à chaud comme phase à froid, il faudrait qu’ArcelorMittal veuille vendre. Rien n’est moins sûr : le géant de l’acier n’a évidemment pas envie de permettre à un concurrent de s’installer, bien tranquillement, en plein cœur de l’Europe occidentale. Ce serait, pour Mittal, prendre un risque bien inutile si un jour la demande mondiale devait repartir à la hausse. Ensuite, on l’a dit, le marché est plombé et est saturé pour longtemps encore au niveau de l’offre d’acier. Quelle entreprise sidérurgique irait aujourd’hui dépenser ses précieux dollars en rachetant les usines liégeoises ? Réponse : aucune. D’autant plus que la demande se situe désormais, essentiellement, sur le continent asiatique. F.C.