L’emploi sacrifié au Grand-Duché

En décembre, la KBL annonçait 150 licenciements, sur un total de 1 134, dans le cadre d’une deuxième restructuration. La semaine dernière, de nouveaux licenciements ont été annoncés. C’est d’abord Clearstream qui, à l’occasion de la publication de ses résultats annuels, a indiqué que la maison mère "Deutsche Börse" a annoncé un plan de maîtrise des coûts qui passe par 250 suppressions de postes à Francfort et à Luxembourg.

Marc Vandermeir

désastre

En décembre, la KBL annonçait 150 licenciements, sur un total de 1 134, dans le cadre d’une deuxième restructuration. La semaine dernière, de nouveaux licenciements ont été annoncés. C’est d’abord Clearstream qui, à l’occasion de la publication de ses résultats annuels, a indiqué que la maison mère "Deutsche Börse" a annoncé un plan de maîtrise des coûts qui passe par 250 suppressions de postes à Francfort et à Luxembourg.

Dans le cadre de ce plan, Clearstream Luxembourg, qui emploie 950 personnes, se prépare à la suppression de 125 postes, dont 100 salariés et 25 cadres. L’entreprise de marché annonce son intention de recourir exclusivement à des départs volontaires et à des "mesures socialement responsables" pour appliquer ce plan. Le "package" proposé aux salariés sur le départ doit cependant encore faire l’objet de négociations avec les syndicats.

Il y a quelques jours, les mauvaises nouvelles sont venues de Belval, où celle qui était encore Dexia-BIL a fait construire un très imposant et ultra-moderne bâtiment sur un ancien site de l’Arbed (devenue Arcelor-Mittal). Là RBC Investor Services, ex-filiale commune de Dexia et de la Banque Royale du Canada, entièrement cédée à cette dernière en juillet 2012, indiquait que 288 emplois allaient être supprimés dans le cadre d’un plan (international) de réduction des coûts. L’entreprise emploie 5 500 personnes dans le monde, dont environ 1 500 à Belval.

La direction a indiqué aux syndicats vouloir poursuivre sa politique d’outsourcing vers la Malaisie, où de nombreux emplois ont déjà été délocalisés depuis 2009 dans le cadre d’un "réalignement stratégique". Et nos confrères de L’Essentiel révélaient que 200 cadres de la BIL (Banque Internationale à Luxembourg, ex-Dexia-BIL) allaient se voir retirer une série d’avantages.

L’objectif, pour l’actionnaire qatari qui détient 90 % des parts de l’institution, est aussi de réduire les coûts salariaux. Dès lors, ces 200 cadres vont devoir oublier des avantages en nature, comme leur voiture de fonction, et certains bonus. Par contre, ces cadres ne passeront pas sous le régime de la convention collective, contrairement à ce qu’a indiqué notre confrère pour l’excellente raison que cela obligerait alors à payer à ces cadres leurs heures supplémentaires, qui sont nombreuses.

Ce ne serait que partie remise à la BIL

Le recours à ce curieux stratagème tient au fait que l’actionnaire qatari s’était engagé, en entrant dans l’institution, à ne pas procéder à des licenciements collectifs en 2013. Cette promesse avait probablement été concédée à l’Etat, qui a repris les 10 % restants de l’ex-Dexia. Sans cela, il y a fort à parier que la BIL aurait subi le sort qu’a connu la KBL, aux mains des seuls Qataris. Mais d’excellentes sources pointent que ce n’est en réalité que partie remise et que le pire est à venir.

Ces restructurations confirment ce qui se murmure depuis des mois au Grand-Duché du côté des responsables et directeurs des ressources humaines des institutions bancaires : "2013 et 2014 devraient être des années noires".

D’abord parce que "tout le back office va, partout, être délocalisé", mais aussi parce que "c’est seulement maintenant que la crise va commencer à faire sentir ici ses plus forts effets, avec les restructurations que cela implique".

Il faut encore souligner que ces licenciements ne seront pas sans impact en Belgique, particulièrement en Sud-Luxembourg belge, puisque beaucoup frappent des travailleurs transfrontaliers belges. Car toute cette région belge vit de l’essor - à mettre au passé - grand-ducal. On y concède d’ailleurs que, "si le Grand-Duché s’enrhume, la province prend une bronchite". Or le Grand-Duché a bien plus qu’un rhume, avec notamment ses principaux employeurs que sont le Groupe Luxair et Cargolux frappés de plein fouet. Sans parler d’Arcelor-Mittal. Un important responsable politique nous confiait ainsi il y a peu, sous couvert d’anonymat, que "Le pays n’est pas loin, finalement, d’être dans la même situation désastreuse que lors du séisme de l’industrie métallurgique", début des années 80.