Nollet: De l'électricité gratuite pour les Wallons

500 kWh par an. Voilà ce que Jean-Marc Nollet veut offrir aux ménages wallons dès 2014. Un système qui ferait contribuer davantage les gros consommateurs d'électricité, privilégiés du système actuel. Entretien.

Nollet: De l'électricité gratuite pour les Wallons
©C. Bortels
Frédéric Chardon et Raphaël Meulders

Une "révolution" . Jean-Marc Nollet (Ecolo) n’est pas peu fier du projet d’arrêté qu’il présentera jeudi prochain au gouvernement wallon. " Je veux faire entrer les grilles tarifaires de l’électricité dans le XXIe siècle" , affirme le ministre régional de l’Energie. "Au final, tous les ménages wallons y gagneront" , assure-t-il. Explications en primeur pour "La Libre".

Pourquoi remettez-vous en question les tarifs pratiqués en région wallonne ?

Il y a un paradoxe : plus on consomme, moins cher on paie le kilowatt-heure (kWh) électrique. C’est un non-sens environnemental. On pousse à la consommation. Ceux qui paient le plus cher leur kWh sont ceux qui consomment le moins.

Comment est-on arrivé à ce paradoxe ?

La cause est l’ampleur des frais fixes qui sont imposés par les gestionnaires de réseaux de distribution et aussi maintenant par les fournisseurs. Donc, au plus on consomme, au plus on peut étaler cet impact. Mais au moins on consomme, au plus on se le prend "en direct". Au final, un petit consommateur paie plus cher son kWh par unité. La part du budget consacré à l’énergie peut monter jusqu’à 16 % pour les petits budgets et, en dix ans, cette part n’a fait qu’augmenter.

Quel est exactement votre projet ?

Il faut un nouveau mode de tarification pour renverser la tendance, passer du dégressif au progressif. Le message au citoyen doit changer : au moins on consomme, au moins on paiera l’électricité par unité. Or, des études ont montré que les plus riches consommaient davantage. C’est linéaire. Avec ma proposition, que j’espère pouvoir mettre en application dès le 1er janvier 2014, 73 % des ménages wallons verront leur facture sensiblement diminuer. Soit tous les ménages consommant moins de 5 000 kWh par an.

Et les autres ?

Ils contribueront davantage, mais si tout le monde fait l’effort, tout le monde y gagnera. Les gens les plus aisés, les plus gros consommateurs ont tout intérêt à rentrer dans cette logique d’utilisation rationnelle de l’énergie.

Cette mesure est-elle vraiment sociale ? Un vieux réfrigérateur bon marché consomme, par exemple, beaucoup plus qu’un réfrigérateur tout neuf.

Oui, mais cela a peu d’impact sur la facture finale. Qu’est-ce qui consomme vraiment ? Les piscines, les caves à vin, l’air conditionné, Soit des produits qui ne concernent pas les classes précarisées.

Concrètement, comment ce nouveau système va-t-il se mettre en place ?

Je propose 500 kWh gratuits par an pour tout ménage wallon dès 2014. Si le gouvernement me suit, ce sera une petite révolution. Pour un ménage qui consomme peu, c’est un quart, voire un tiers de sa consommation. Soit plus de 80 euros pour certains.

500 kWh gratuits pour tout le monde ?

Oui, car cela permet d’annuler l’impact des frais fixes. L’idée, c’est d’introduire cela en douceur, mais le principe doit être là : au moins on consomme, au moins cher devra être le kWh. On veut vraiment renverser le système et aller plus loin. En 2020, on prévoit d’offrir 1 000 kWh par ménage.

Qui paie ce cadeau aux ménages wallons ?

Cette mesure est neutre pour les finances publiques. Ceux qui contribuent sont ceux qui consomment plus. Autre précision : si les gros consommateurs consomment moins, le point de neutralité, actuellement de 5 000 kW/h, se déplace automatiquement. On aura donc toujours un équilibre entre le gain et la perte. Le bénéfice pour les plus modestes sera payé par la plus grande consommation des autres. Le but est aussi d’inciter tout le monde à consommer moins.

Cette ristourne se répercutera donc directement sur la facture du consommateur ?

Oui. Les distributeurs et fournisseurs doivent intégrer une nouvelle Obligation de service public (OSP) et répercuter cette ristourne sur la facture de régularisation ou de clôture. Les fournisseurs ne perdent rien puisqu’ils se rattraperont sur les tarifs des gros consommateurs, selon des critères précis.

Mais si, à terme, le but est de diminuer la consommation d’électricité des ménages wallons, cela aura forcément un impact négatif pour les fournisseurs, non ?

Je les invite à changer de métier, à fournir de l’énergie, mais aussi des services pour diminuer la consommation, comme cela se fait dans d’autres pays d’Europe. Ils peuvent très bien en vivre. Il y a un nouveau modèle économique à créer.

Avec votre projet, il y a des intérêts qui sont mis en cause dans le secteur. Pensez-vous qu’il passera facilement la rampe ?

C’est un projet que nous avons construit avec différents acteurs sociaux, syndicalistes et environnementaux. Pas avec les fournisseurs, même s’ils sont au courant que nous planchons sur ce type de réforme : l’idée était dans l’accord de gouvernement wallon. Il est évident qu’on va devoir faire face à certaines formes de conservatisme, notamment de la part de ceux qui ne vivent pour l’instant que de la vente de l’énergie. Il faut qu’ils changent de philosophie. Moi, mon rôle est de faire entrer les grilles tarifaires dans le XXIe siècle. Il est temps. C’est un changement de paradigme.

Pourquoi ne pas faire le même type de réforme pour le gaz ?

D’après la Cwape (le régulateur wallon de l’énergie), ce qu’on observe socialement pour l’électricité n’est pas vrai pour le gaz. A cause de la situation en matière d’isolation, les plus précarisés consomment plus. Donc, il faut d’abord renforcer notre travail sur l’isolation, avant de pouvoir le faire pour le gaz. La philosophie est bonne, mais c’est trop tôt pour pouvoir le faire. Dans le même ordre d’idée, le chauffage électrique et les pompes à chaleur ne rentrent pas dans notre projet d’arrêté.

Test-Achats n'a pas été consulté

Jean-Philippe Ducart, porte-parole de Test-Achats, a réagi sur Twitter à la suite de cet entretien avec Jean-Marc Nollet. Il signale que Test-Achats n'a pas été consulté sur la question, et que ce projet est donc loin d'être acquis.


Sur le même sujet