4G : quand Ecolo écarte les experts trop critiques

Didier Bellens, le patron de Belgacom, aura donné un sacré coup de pied dans la fourmilière des télécoms bruxelloises. Sur la défensive, les verts tentent d’influencer les auditions du parlement.

Mathieu Colleyn
4G : quand Ecolo écarte les experts trop critiques
©Clou

Didier Bellens, le patron de Belgacom, aura donné un sacré coup de pied dans la fourmilière des télécoms bruxelloises. Suite à son coup de gueule à l’encontre de l’autorité régionale, les palabres se poursuivent dans un dossier qui met à l’épreuve les normes d’émission particulièrement restrictives des antennes de téléphonie mobile votées en 2007 en Région bruxelloise. Pour rappel, Didier Bellens avait attaqué cette ordonnance, arguant qu’elle empêchait le développement de la technologie 4G. Poussée dans le dos par la polémique, la ministre bruxelloise de l’Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo) vient d’annoncer une adaptation prochaine de la législation. Double objectif : assurer un développement suffisant du 4G tout en respectant le principe de précaution quant aux effets potentiellement néfastes des champs magnétiques émis par les antennes sur la santé des citoyens.

Dans ce dossier, la fébrilité d’Ecolo est palpable. Pour preuve, la désignation d’experts devant venir exposer la problématique au parlement bruxellois. A la veille des congés de carnaval, ce sont les groupes de la majorité au (PS, CDH Ecolo, Open VLD, CD&V, Groen) qui avaient décidé de consulter une série de spécialistes suite au coup du boutoir de Didier Bellens. Selon certains échos, un nom d’expert a suscité un refus catégorique du groupe Ecolo : celui de Willy Pirard, invité par la députée PS Olivia P’tito. Travaillant depuis de nombreuses années pour Issep, l’institut scientifique chargé par la Région wallonne de mesurer et de contrôler les émissions électromagnétiques des antennes GSM au sud du pays, Willy Pirard avait dans un premier temps accepté l’invitation bruxelloise. Avant de la décliner suite à une décision de sa hiérarchie. L’Issep œuvrant sous la tutelle de Philippe Henri, ministre Ecolo de l’Environnement en Wallonie, l’épisode fait penser à une intervention politique des verts.

La norme bruxelloise moins sévère

C’est que depuis 2009, l’expert met en garde contre les difficultés d’abord potentielles, aujourd’hui avérées, de faire respecter la norme bruxelloise. Pas plus tard que l’an dernier, il s’en expliquait au Parlement wallon, égratignant au passage les méthodes retenues par la Région bruxelloise (le compte rendu est facilement accessible sur internet). En effet, outre les normes, la méthode de contrôle diffère entre les deux régions. Ainsi en Wallonie, ce sont des valeurs extrapolées qui sont prises en compte, alors qu’en Région bruxelloise, une mesure précise en un temps donné est réalisée. Le scientifique donne des dépassements de normes d’émission enregistrés à Liège comme exemple. Dans plusieurs cas précis, l’ordonnance bruxelloise n’aurait pas permis de conclure à l’infraction, estime Willy Pirard : "L’examen en détail, révèle que, s’il y a un dépassement, l’ordonnance bruxelloise est moins sévère." Naturellement, ces éléments se discutent : peut-on dresser PV d’infraction sur base d’extrapolations ? Bruxelles n’a pas choisi cette voie pour des raisons juridiques défendables.

Reste que n’en déplaise à Ecolo, tous les avis doivent être entendus, estime-t-on dans les partis de la majorité bruxelloise. Mardi en commission du parlement régional, Ecolo n’avait pas souhaité entendre l’IBPT (Institut belge des services postaux et des télécommunications) dans le cadre des auditions qui seront prochainement organisées dans ce dossier. En cause, un rapport daté du 15 février jugé un peu trop proche des opérateurs de téléphonie. Chaque parti a finalement été invité à présenter une liste d’experts et d’organismes à auditionner. Dans l’attente de la présentation officielle du projet de réforme de la ministre Huytebroeck.